VIES DE CHIEN (43)

Mercredi 20 Juin 2012 - 01:00

Ma quatrième vie de chien avait donc commencé sous d’heureux auspices et il semblait bien qu’il en serait ainsi pour les suivantes dont je ne pouvais bien sûr pas savoir d’avance ce qu’elles me réservaient. Certes j’étais un chien hors du commun, qui comprenait le langage humain, mais je n’étais pas un devin et je n’avais pas le don de prévoir l’avenir. Il paraît que nos cousins, les chacals du pays dogon, au Mali, sont des devins hors pair et que leurs prédictions sont quasi infaillibles. Ils les transmettent à leurs homologues humains qui lisent les traces de leurs pas sur le sable et en interprètent ensuite le sens. Si en pays Dogon les chacals et sans doute aussi leurs cousins les chiens sont très respectés, ce n’est malheureusement pas le cas chez certains autres peuplades humaines certainement moins intelligentes que ces braves Dogons !

Par exemple, il paraît que chez les Ouïgours, ô stupide cruauté, les devins tuent les chiens pour extraire leurs viscères dans lesquelles ils peuvent prétendument lire l’avenir. Bon, je ne vais pas me mettre à épiloguer encore sur les préjugés insensés des hommes au sujet de la race canine, bien que certains d’entre eux reconnaissent nos mérites, allant même jusqu’à nous considérer comme leurs lointains ancêtres ou comme leurs guides dans la nuit de la mort après avoir été leurs compagnons dans le jour de la vie. Pour ma part, je menais chez mon maître une vie à laquelle n’oseraient même pas rêver les chiens les mieux traités de Ndar. J’étais heureux au-delà de tout ce que peut imaginer un chien domestique.

Totalement libre de mes mouvements, je n’étais presque jamais attaché et je créchais dans une niche très spacieuse que mon maître avait fait construire pour moi dans la cour du rez-de-chaussée, près de la chambre des jumeaux. Tous les soirs, ces derniers m’emmenaient me promener dans les ruelles de sindoné et puisque je n’étais pas tenu en laisse, je pouvais bondir, gambader comme bon me semblait, m’ébrouer joyeusement et librement dans tous les sens, au grand plaisir de mes accompagnateurs qui riaient aux éclats de mes facéties. Je faisais aussi la joie des gamins du quartier qui suivaient avec amusement mais un tantinet craintifs, mes acrobaties et cabrioles aériennes que j’exécutais sous leurs regards médusés après avoir piqué de folles pointes de sprint.

En général nos randonnées ne dépassaient jamais les limites de sindoné et nous arrêtions soit à la « frontière » avec le quartier de « loodo » vers le nord, soit au bord du fleuve tout à fait à la pointe sud, là où les deux bras du fleuve se rejoignent après avoir amoureusement enlacé l’île des deux côtés, à l’Ouest et à l’Est. Nous rentrions toujours avant le crépuscule car les jumeaux devaient apprendre leurs leçons et préparer leurs cours du lendemain.


Leur mère exigeait également d’eux qu’ils s’acquittassent de la prière de « timiss » que l’un et l’autre dirigeait à tour de rôle. Elle-même et sa fille se mettaient derrière les jumeaux pour faire leur prière ainsi que l’ordonne le dogme musulman. Contrairement à son mari qui, lui, était un libre penseur, Yacine observait scrupuleusement les cinq prières islamiques qu’elle accomplissait dans un recueillement profond qui me laissait pantois. Je me demandais chaque fois comment elle parvenait à se plonger dans un tel état de concentration, de recueillement, au point que pas un muscle de son visage ne tressaillait, pas un battement de cils ne venait soulever ses paupières pendant tout le temps qu’elle s’adressait en silence à son Dieu qui semblait muet et aussi invisible que l’air (à suivre…)

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