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VIES DE CHIEN (63)

Mardi 13 Novembre 2012 - 21:04


Ce n’est qu’au tout dernier moment qu’il leur fit l’accolade et les serra très fort dans ses bras, avec toute la chaleur paternelle, en leur adressant des mots d’encouragement. Moi-même ne pouvant plus contenir mon émotion, je me mis à aboyer bruyamment et sautai sur les jumeaux qui m’embrassèrent et me caressèrent à tour de rôle. « Au revoir Nestor, dit Ousseynou, veille bien sur toute la famille ! » « Et sois bien sage aussi !... » renchérit Assane en riant. Faisait-il allusion à Bibi ?... Si j’en avais eu la faculté j’aurais, c’est certain, éclaté en sanglots et versé des torrents de larmes ! Mais voilà : je n’étais qu’un chien et un chien, c’est bien connu, ça ne sait pas pleurer. Tout juste aboyer ou hurler à la mort.


Au cours de l’année qui avait suivi le départ des jumeaux pour l’Europe, l’atmosphère de la maison familiale avait sensiblement changé. Un calme silencieux s’y était installé au fil des jours, des semaines puis des mois et l’on sentait bien l’absence des deux jeunes farceurs, infatigables boute-en-train qui égayaient la maison et y mettaient de l’ambiance à longueur de journée. Ils me manquaient beaucoup, mais sûrement davantage à leur mère et à leur petite sœur qu’ils passaient leur temps à faire rire, les maintenant dans une bonne humeur permanente. Depuis que ses deux grands frères avaient disparu de son horizon, Salimata s’était transformée en véritable « bûcheuse » et passait son temps à étudier, sans doute pour ne pas céder à la mélancolie qui la taraudait parfois au souvenir des jumeaux.

Quant à Yacine, toujours emmitouflée dans un châle, ses doigts étaient en permanence accrochés aux perles de son chapelet qu’ils égrenaient sans relâche pendant qu’elle marmonnait prières et oraisons jaculatoires. En la voyant ainsi, l’on avait l’impression d’être en face d’une sainte qui avait renoncé aux plaisirs terrestres pour se consacrer entièrement à la religion. Elle et mon maître n’étaient plus très souvent en tête à tête et leurs conversations étaient plutôt brèves, bien qu’aucun nuage ne planât sur leur vie conjugale. Ils n’avaient plus tout à fait les mêmes centres d’intérêt, et cela bien avant même le départ des jumeaux, mais par bonheur cela ne nuisait pas à l’équilibre de leur couple comme cela est souvent le cas chez les conjoints qui, après de longues années de mariage, en arrivent à ne plus avoir les mêmes conceptions de la vie ni partager les mêmes goûts et entrent alors dans une relation conflictuelle voire orageuse.

A moitié agnostique, mon maître trouvait son bonheur dans l’art qui était en même temps un exutoire idéal à un irrépressible besoin de spiritualité latent dans sa conscience mais que la religion et ses rites ne pouvaient en aucune façon satisfaire. Lui et son épouse s’étaient donc accoutumés à cette sorte de monotonie douceâtre, teintée de nostalgie, qui s’installe inéluctablement dans la vie des couples ayant longtemps vécu ensemble. A la place de l’amour intense qui durant une période leur vie avait fait vibrer toutes les fibres de leur être s’était installé une sorte d’indulgente et douce affection qui malgré tout parvenait à combler les besoins de leur cœur. Il arrivait parfois que mon maître jouât de la guitare dans sa chambrette pendant que Yacine, assise au salon et plongée dans ses méditations, égrenait doucement son chapelet aux perles transparentes. Je voyais alors se dessiner sur son joli visage aux traits fins un très léger sourire. ( à suivre…)




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