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VIES DE CHIEN (71)

Mercredi 9 Janvier 2013 - 01:55


A Ndar, comme en beaucoup d’autres endroits de la terre, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Même si la ville donne l’impression d’être endormie à cause de la nonchalance avec laquelle s’y déroule la vie, même si le temps semble y avoir suspendu son vol et que d’elle se dégage une atmosphère de monotonie répétitive, il s’y passe autant de choses que dans n’importe quelle autre ville du monde.

Mais la différence avec d’autres cités réside peut-être dans le fait que les mouvements souterrains qui l’animent sont beaucoup moins perceptibles qu’ailleurs, le passé historique relativement ancien de Ndar l’ayant recouverte d’assez consistantes couches de temps dont l’épaisseur a comme alourdi, figé un présent qui cherche néanmoins à s’affranchir de cette léthargie pour enfin pouvoir se conjuguer au futur. Au contraire de bons nombre de ses amis, plutôt pessimistes quant à l’avenir de Ndar, mon maître était, lui, convaincu que cette ancienne capitale d’empire colonial tombée en décadence après une glorieuse période historique était néanmoins promise à des lendemains qui chantent. Amoureux fou de sa ville natale, il était cependant le premier à reconnaître qu’elle avait pris un sacré coup de vieux et qu’elle avait sérieusement besoin d’être relookée.

Et en effet force était de reconnaître que Ndar ressemblait davantage à une vieille coquette défraîchie, voire à « l’antique catin » du poète, qu’à une belle nymphe coquette et désirable. Il faut dire qu’aucun des édiles qui s’étaient succédés à la tête de la vieille commune centenaire depuis le départ « définitif » des toubabs n’avait réussi à faire de Ndar une cité où il ferait bon vivre, ou en tout cas beaucoup mieux qu’en l’état où elle se trouvait alors avec ses rues sales et poussiéreuses, les berges du fleuve où s’amoncelaient des montagnes d’ordures, ses quartiers mal éclairés et malfamés et, peut-être le pire de tout, cette pollution sonore tous azimuts qui perturbait en permanence sa légendaire quiétude et un silence dont la qualité eût sans cela été l’une des meilleures au monde.

La première fois qu’il avait lu la nouvelle de l’écrivain Boris Joob intitulée « revenir à Ndar-Gééj », mon maître l’avait appréciée pour ses qualités littéraires mais aussi pour son côté décapant et il s’était empressé d’en faire des dizaines de copies qu’il avait distribuées à tous ses amis.

Le texte de Joob lui avait paru très pertinent et correspondait bien à l’idée que lui-même se faisait du Ndar contemporain. Mais en dépit de tous les griefs justifiés ou non que l’on pouvait faire à sa ville natale, mon maître continuait d’aimer d’un amour éperdu sa «belle sirène endormie » comme il la nommait lui-même dans l’un de ces poèmes bucoliques qu’il lui arrivait de griffonner durant ses moments d’inspiration. Pour lui, Ndar restait malgré tout une ville magique, un des ces lieux rares où la poésie a pris le dessus sur la frénésie, où chacun peut expérimenter à sa guise son propre art de vivre pour peu que soient résolus les problèmes vitaux du manger et du boire, où l’on peut jouir à satiété de ce petit quelque chose d’indéfinissable, proche du farniente des italiens, qui fait que Ndar est Ndar et qui fait dire aussi à certains illuminés atteints de ce que mon maître appelait avec humour la « Ndarolâtrie », que « Ndar recèle une fenêtre ouverte sur la paradis ».

En fait, sans avoir eu besoin de cultiver cette sorte de « sixième sens spirituel » que bon nombre de pseudos soufis Ndariens, adeptes d’un mysticisme inclassable, prétendaient posséder, mon maître avait au fil des ans développé une sensibilité hautement poétique. (à suivre…)

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