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VIES DE CHIEN (73)

Mercredi 23 Janvier 2013 - 20:29


A la fin de la saison des pluies, Ndar est parfois presque méconnaissable tant son environnement et sa physionomie habituels ont changé. La nature, sèche et austère pendant les huit ou neuf mois de saison sèche est devenue toute pimpante, verdoyante et tous les arbres sont en fleurs, les oiseaux ivres de bonheur volètent dans tous les sens en poussant de joyeux gazouillis. Nombreuses sont les rues et ruelles de l’île ravinées par les eaux de pluie qui ont fini de ronger le mince revêtement de goudron qui recouvrait certaines d’entre elles, laissant alors affleurer la couche de sable originelle.

Quant aux faubourgs de Soor ou de la langue de barbarie, submergés par les eaux, ils font en maints endroits penser à des zones marécageuses ou lacustres, si peu épargnés ont-ils été par les pluies diluviennes de l’hivernage combinées aux crues du fleuve. C’est l’époque où l’atmosphère devient étouffante, un peu malsaine aussi à cause de la chaleur d’étuve qui règne partout et du harcèlement incessant des myriades de moustiques qui infestent tous ces quartiers suburbains devenus pour un temps insalubres. Au cours des cinq hivernages que j’ai passés chez mon maître, j’ai pu voir les vieilles bâtisses de Sindooné gémir sous les trombes d’eau de pluie qui s’abattaient sans pitié et sans répit sur elles, sans égard aussi pour leur vétusté. J’ai pu voir également les ruelles du quartier se transformer en véritables canaux où il eût été facile de circuler en pirogue comme à Venise en gondole et j’ai alors compris pourquoi nombre de poètes Ndariens aimaient à faire des comparaisons imagées entre la cité des doges et la leur.

Beaucoup de cours intérieures des vieilles maisons portugaises se transformaient en piscines où barbotaient des familles entières de canards plus heureux que des rois et souhaitant certainement que jamais ne prenne fin la saison des pluies. Bibi, la favorite de mon harem et moi-même nous voyions beaucoup moins souvent que d’habitude car « roukhou djinné », notre nid d’amour, n’était plus qu’un immonde marécage, envahi par la gadoue et les eaux putrides dans lesquelles proliféraient de douteux animalcules et où des colonies de crapauds coassaient nuit et jour. Pour nous livrer à nos ébats, Bibi et moi étions obligés d’aller très loin, bien au-delà de Sindooné, ce qui n’était pas pour plaire spécialement à ma favorite dont la nature casanière ne l’incitait guère à dépasser les limites de son quartier.

Pour ne pas lui causer du déplaisir outre mesure, je préférais donc en cette période là, fricoter avec d’autres chiennes qui elles ne voyaient aucun inconvénient à se faire sauter à Niafoulène, pourvu seulement qu’elles y trouvassent leur compte, ce qui allait bien évidemment de soi avec moi. Durant ces mois d’hivernage, mon maître se retrouvait lui aussi bien douché, non pas d’eau de pluie, mais plutôt de … travail, car avec la saison des pluies, le réseau électrique était souvent perturbé et la distribution du courant devenait des plus problématiques. Les coupures d’électricité devenues récurrentes se succédaient à une cadence insupportable pour les populations de Ndar et d’ailleurs qui ne cessaient de râler contre la SONADEL.

Faisant de son mieux pour atténuer les désagréments consécutifs aux coupures de courant, mon maître passait donc le plus clair de son temps entre son bureau et la centrale électrique de Ndiawsir, galvanisant ses troupes de techniciens et d’ouvriers toujours à pied d’œuvre. Il était au four et au moulin et se démenait comme un beau diable pour assurer le minimum de couverture électrique aux abonnés de la SONADEL. (à suivre…)



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