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VIES DE CHIEN (74)

Mercredi 30 Janvier 2013 - 20:54


Il fallait limiter les dégâts à tout prix pour éviter que les populations, excédées, ne se missent à manifester intempestivement. Obnubilé par cette idée, mon maître avait à peine le temps de manger et se reposait très peu, si bien qu’à la fin de la saison des pluies il était à la limite de l’épuisement et avait perdu au moins une demi-douzaine de kilos de son poids normal. Lorsque les pluies avaient presque totalement cessé et que la situation était à la longue maîtrisée, il en profitait pour prendre un congé bien mérité et se refaire une santé.

« Tu n’as pas bonne mine du tout mon chéri, il est grand temps que tu prennes des vacances… » disait Yacine, heureuse que le moment soit enfin venu pour son mari de sortir de la spirale infernale des coupures d’électricité qui avaient empoisonné son existence durant de longs mois.

En fait de vacances, mon maître ne partageait pas l’opinion de la majorité des gens qui pensent qu’elles sont faites surtout pour voyager, changer d’air et recharger ses batteries grâce au dépaysement que cela peut procurer. Lui préférait passer ses vacances à Ndar où, affirmait-il, il avait à portée de la main tout ce qu’il lui fallait pour se délasser, gommer le stress et chasser l’énorme fatigue qui s’était accumulée dans son organisme au cours des trois ou quatre mois qui venaient de s’écouler. Ses congés coïncidaient toujours avec cette période de l’année où le climat de Ndar connaît des changements notables. C’est le moment où le courant des Canaries se met à descendre le long de la côte atlantique, côtoyant la langue de barbarie soumise à la fraîcheur des vents du nord. Le fameux « froid » de Ndar, si redouté des Baol-Baol, Saloum-Saloum, Ndiambour-Ndiambour et autres populations de l’hinterland, commence alors à s’installer progressivement, chassant l’étouffante chaleur de l’hivernage qui avait jusque là régné en maîtresse.

Ce qui me frappait le plus durant cette période de transition, c’était les incessantes métamorphoses du fleuve qui, d’un jour à l’autre, changeait de couleur, passant du jaune terreux au brun clair puis au bleu turquoise et au vert émeraude. Je ne me lassais jamais de regarder ses eaux tantôt calmes, tantôt agitées, et je ne cessais de m’étonner de le voir se transformer, pareil à un gigantesque caméléon fluide et mouvant. C’était un spectacle à nul autre pareil et aujourd’hui encore je continue de m’en régaler lorsqu’arrive la fin de l’hivernage. Les seules distractions que je connaissais à mon maître en ce temps là, c’était les longues promenades dans les rues de l’île et dans les quartiers de Soor et de la langue de barbarie, mais aussi et surtout les séances de lecture qui pouvaient durer des heures voire des journées entières. Sevré de littérature pendant les longs mois surchargés de travail de la saison des pluies, mon maître profitait du répit que lui offraient ses congés pour, comme il aimait à le dire, paraphrasant Proust, « aller à la recherche du temps perdu ».

Et en effet, il mettait les bouchées doubles, dévorant avec un égal appétit les bouquins qu’il achetait à l’ « Agneau carnivore », une superbe librairie tenue par un expatrié français originaire d’Avignon, tombé amoureux fou de Saint-Louis au cours de l’un de ses voyages et qui avait fini par s’y installer et y prendre femme. Mon maître s’était d’ailleurs lié d’amitié avec cet homme, au demeurant fort sympathique, et passait souvent discuter avec lui à la librairie d’où il ne ressortait jamais sans avoir acheté un nouveau livre. Ainsi, au fil des jours, les volumes de papier s’accumulaient sur la table de chevet de mon maître. ( à suivre)



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