VIES DE CHIEN (8)

Mercredi 19 Octobre 2011 - 10:49

J’étais donc prêt à subir un lynchage en règle après ce que je m’étais risqué à faire mais, ô surprise, je me sentis au contraire enveloppé dans un tissu soyeux et soulevé de terre par deux bras vigoureux qui me déposèrent ensuite sur un coussin moelleux à l’intérieur de la voiture.

Puis le mystérieux chauffeur claqua la portière derrière moi, se remit au volant et démarra sans autre forme de procès. Nous roulâmes environ une demi-heure durant laquelle mon étrange sauveur n’arrêta pas de siffloter des airs qui, sans que je susse pourquoi, m’emplissaient d’une douce mélancolie. Bien que je ne fusse pas tout à fait rassuré, ne sachant pas quelle serait la suite des événements, j’étais néanmoins certain qu’il ne pouvait pas m’arriver de choses pires que celles que j’avais endurées avant ma tentative de suicide. Je me disais qu’au fond même si mon « sauveur » était un mangeur de chien, je me sentirais bien mieux dans son estomac que dans la maison de mes tortionnaires.

En un moment donné, je sentis que nous étions en train de traverser le pont Faidherbe (drôle de nom pour un pont en métal) qui relie le quartier de Sor à l’île de Ndar que l’on appelle également Saint-Louis, et trois ou quatre virages plus tard, la voiture s’immobilisa en face d’une grande maison à étage surplombée par un joli balcon en fer forgé donnant sur la rue. Je ne savais pas exactement où je me trouvais car je n’avais pas eu souvent l’occasion d’aller sur l’île de Ndar. Je ne réalisais non plus pas ce qui m’arrivait mais une chose au moins était sûre : j’étais sauvé des griffes des trois sorcières du quartier de Ndioloffène et ça, c’était un véritable miracle !

La suite, vous la connaissez…
La demeure de mon maître était un très beau bâtiment à deux étages situé au quartier Sud (ou « Sindooné » dans le jargon local) de l’île de Ndar. Il vivait là avec son épouse, Yacine, et leurs trois enfants : les jumeaux Assane et Ousseynou et leur sœur cadette Salimata, jeune liane très élancée, qui allait sur ses quinze ans au moment où je débarquai dans leur foyer. Les jumeaux, de deux ans plus âgés que Salimata, préparaient tous les deux l’examen du Baccalauréat et travaillaient donc d’arrache pied pour le décrocher haut la main comme le souhaitaient leurs parents.

En plus d’être belle, la maison de mon maître était également très spacieuse. Au rez-de- chaussée auquel on accédait après avoir longé un petit couloir en clair-obscur, il y avait trois chambres et un cabinet de toilettes, agencés en demi-cercle autour d’une charmante véranda ornée de pots de fleurs où poussaient une variété de plantes vertes. La véranda était à ciel ouvert, si bien qu’il y avait de la lumière en permanence mais aussi une bonne ventilation qui la rendait toujours fraîche. L’atmosphère y était des plus agréables et l’on avait plaisir à s’y prélasser dans le hamac multicolore suspendu dans un angle. C’est là que, le lendemain de mon arrivée dans sa maison, mon maître me fit installer une niche des plus confortables que je pouvais quitter à ma guise pour aller prendre un bon bain de soleil au milieu de la véranda. Si le paradis des chiens existe c’est bien à ce lieu qu’il doit ressembler et je suis certain que plus d’un chien au monde eût aimé y vivre et se la couler douce comme j’eus moi-même à le faire tout le temps que je suis resté dans cette maison bénie. (à suivre)



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