VIES DE CHIEN (9)

Mercredi 26 Octobre 2011 - 16:59

Dans le prolongement du couloir une sorte de corridor bifurquant sur la droite permettait d’accéder à l’étage par un escalier pas trop étroit, d’une vingtaine de marches ou plus. De là l’on entrait dans un salon cossu au plafond haut, séparé d’une grande salle à manger rectangulaire par une longue tenture incarnate qui semblait de velours. Au beau milieu de cette salle à manger aux murs bleu ciel trônait une longue table ovale en bois rouge, polie et vernie, entourée de chaises style Louis XIV en bois d’ébène : deux aux extrémités et trois latéralement.

La table à manger était elle-même recouverte d’une nappe aux somptueux motifs floraux. Jouxtant le salon-salle à manger, la chambre à coucher de mon maître et de son épouse. En contraste avec le salon richement décoré, cette chambre conjugale était plutôt simple mais tout de même ornée avec un goût sûr (sans nul doute par la maîtresse des lieux) qui faisait se dégager d’elle un charme irrésistible. Ensuite venait la chambre de Salimata, avec son petit lit en bois d’acajou, son armoire sa commode et sa table de travail et, juste en face d’elle une cuisine bien équipée et des plus fonctionnelles. Les jumeaux, frères aînés de Salimata, occupaient quant à eux deux chambres voisines au rez-de –chaussée, la troisième étant réservée aux hôtes de la famille.

C’est avec eux que j’allais désormais partager le patio. Lorsqu’elle avait vu son mari gravir les marches de l’escalier, tenant dans ses bras un chien efflanqué et plutôt sale, Yacine avait poussé un cri de surprise un peu effrayé : Mon Dieu ! Badou !...mais où est-ce que tu as ramassé ce chien si maigre ?! Mon maître avait d’abord répondu par un petit rire malicieux avant de lui expliquer les circonstances dans lesquelles il m’avait recueilli. « C’est tout de même bizarre mais tous ces temps-ci j’étais en train de me dire qu’il nous fallait un chien à la maison et voilà que je trouve celui-ci presque sous les roues de ma voiture ! Tu sais, il s’en est fallu d’un cheveu pour que je l’écrase et si je n’avais pas réussi à freiner à temps, c’était la catastrophe !...»
A ces mots, Yacine poussa un petit cri de frayeur et posa la main sur sa bouche, les yeux écarquillés.

« Oh mon Dieu ! Mais que faisait-il là, couché au milieu de la route à pareille heure ?... » « C’est bien la question que je me pose encore, répondit mon maître d’un ton dubitatif, c’est étrange, mais c’est comme s’il cherchait à se faire écraser volontairement… » « Tu veux dire qu’il voulait se …suicider ? » « Oui, c’est exactement cela !...» « Voyons Badou, tu n’y penses pas ! C’est impossible ! Le suicide est un acte réfléchi, prémédité, volontaire, il n’y a que les hommes qui se suicident, pas les animaux, les animaux ne tiennent pas de raisonnements…» « Mmm…Je n’en suis pas si sûr… » avait conclu mon maître d’un air songeur tout en me scrutant de son regard pénétrant.
« Bon… » dit-il pour clore cette discussion aux allures métaphysiques (mot que j’apprendrais également au cours des lectures à haute voix de que faisait mon maître) «suicide ou pas suicide, je vais tout de suite lui faire prendre un bon bain désinfectant et lui donner à manger car j’ai l’impression qu’il en a bien besoin »

Le bain « miraculeux » avait eu lieu dans le petit bassin carrelé qui se trouvait dans le patio. Plus qu’un simple bain, ce fut pour moi un baptême, prélude à une nouvelle vie. ( à suivre…)

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