Vies de chien (33)

Mardi 10 Avril 2012 - 20:01

Pour elle, ce n’était qu’une épreuve de plus sur ce qu’elle considérait comme son « chemin de croix » et elle ne cessait de prier pour la réussite et le retour de son enfant, chair de sa chair et fruit d’un authentique amour, qui était devenu sa seule raison de vivre. Jacques Habib passa huit années en France sans revenir une seule fois au pays. Mais Au cours de ces huit longues années, jamais il ne s’écoula une semaine sans qu’il n’écrivît ou ne téléphonât à sa mère qui ne manqua ainsi jamais de ses nouvelles tout le temps que dura son séjour dans l’hexagone.

Jacques sut se montrer un étudiant sérieux et travailleur et il réussit à ne pas tomber, comme nombre de ses camarades boursiers, dans le piège de la vie facile et les mirages qu’offrait Paris la ville des mille et un plaisirs. Il privilégia les études aux sorties nocturnes dans les boîtes de nuit qu’écumaient alors les étudiants africains, éblouis par le clinquant de ces paradis artificiels comme des lucioles par des néons électriques. Bien sûr, comme tout jeune homme de son âge, il eut des liaisons amoureuses par ci par là avec de jeunes étudiantes de la même faculté que lui, mais il fut assez sage pour que cela n’allât jamais trop loin ou ne dépassât le stade de simple flirt.

Le chant des sirènes n’eut pas d’effet sur lui car toute son énergie, toute sa volonté étaient tendues vers un seul but : terminer ses études avec succès et rentrer au Sénégal où l’attendait sa chère mère. Une fois pourtant, il eut d’énormes difficultés à se séparer d’une Nicole, une grande alsacienne blonde comme les blés, aux yeux bleus, qui était tombé follement amoureuse de lui. Jacques dut déployer des trésors de tact et de diplomatie mais aussi faire preuve de fermeté pour parvenir à faire lâcher prise à la fille. Lui-même sortit très éprouvé de cette épreuve car il aimait aussi Nicole et il eut très mal de la voir souffrir le martyr après qu’il eût décidé de se séparer d’elle. Mais cela était devenu nécessaire pour éviter d’en arriver au point de non retour qui eût peut-être signifié pour lui l’obligation de rester en France et de causer un chagrin mortel à sa mère.

D’autre part Nicole n’était pas prête à le suivre au Sénégal et c’était donc l’impasse pour tous les deux. Jacques termina donc ses études et décrocha tous ses diplômes avec brio. Puis ce fut le retour au pays où il fut aussitôt recruté comme technicien supérieur au ministère de l’énergie et de l’hydraulique. Dans un premier temps, il fut affecté à Dakar, à la centrale du cap des biches, où son sérieux, sa rigueur dans le travail et sa compétence indiscutable ne tardèrent pas à lui attirer la sympathie de la hiérarchie et l’admiration des subalternes. Jacques travailla deux dans la capitale, mais chaque week-end il se rendait à Saint-Louis au chevet de sa mère, de sa grand-mère et de tante Marie qui avaient toutes deux bien vieilli. Il en fut ainsi jusqu’au moment où les parques tranchèrent le fil de la vie de sa grand-mère d’abord, puis de tante Marie.

Les deux vieilles femmes étaient mortes à quelques mois d’intervalle, comme si elles s’étaient donné le mot pour quitter ce bas monde presque en même temps, laissant Liza toute seule dans la grande maison familiale. Cette situation n’enchantait guère Jacques qui ne pouvait se résoudre à laisser sa mère vivre dans une solitude totale. Aussi fit-il des mains et des pieds pour se faire muter à Saint-Louis pour remédier à cet état de fait peu réjouissant. Il n’eut pas trop de difficultés à obtenir gain de cause même si, à la centrale du cap des biches, l’on considérait son départ comme une grosse perte à laquelle il ne serait pas aisé de pallier

(à suivre…)

Notez


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Merci d'éviter les injures, les insultes et les attaques personnelles. Soyons courtois et respectueux et posons un dialogue positif, franc et fructueux. Les commentaires injurieux seront automatiquement bloqués. Merci d'éviter les trafics d'identité. Les messages des faiseurs de fraude sont immédiatement supprimés.
Ndarinfo milite en faveur d'un débat citoyen constructif.
Vos cartouches d’encre à moindre coût à Saint-Louis chez Home Services !
Suivez l'actualité en temps réel
Facebook
Twitter
Instagram
YouTube
Rss


Les Infos dans votre boite Mail. Inscrivez-vous !

ACTU PEOPLE

Noyena !

Qui n'ose pas ne pas connaitre l'incontournable, le sympathique, l'élégant, le mécène du sportif...

LERAL.NET