Vies de chien (5)

Mardi 27 Septembre 2011 - 20:20

Il faut dire que, contrairement à mon maître, homme raffiné et d’une vaste culture, ses prédécesseurs étaient de vrais ignares, ma dernière propriétaire surtout (celle qui m’avait donné le nom de Kouty), femme vulgaire et sans moralité qui vendait des fripes au marché de Sor. Awa G… (C’était son nom), ne savait ni lire, ni écrire, n’ayant jamais posé ses grosses fesses sur un banc d’école car son père, charretier de son état, jugeant que c’était un lieu de dévergondage avait préféré l’envoyer à l’école coranique où, malheureusement pour la pauvre petite, le maître, un parfait satyre, avait vite fait de la déflorer et d’en faire son « épouse » avant que ne fût beaucoup plus tard découvert le pot aux roses.

Divorcée pour la énième fois, Awa G…vivait avec ses deux grandes filles célibataires, véritables harpies, dépigmentées de la tête aux pieds et, comme leur mère, d’une moralité plus que douteuse. Aïda, l’aînée se faisait entretenir par un chauffeur de taxi qui, on ne sait trop pour qu’elle raison, l’aimait à la folie. Mais la fille refusait obstinément d’épouser le malheureux prétendant qui s’efforçait pourtant de satisfaire ses moindres désirs et caprices. Les sempiternelles demandes en mariage du taximan étaient, sans coup férir, sanctionnées par d’abruptes fins de non recevoir, ce qui ne l’empêchait pas de revenir à chaque fois à la charge. Sa passion pour Aïda était à la fois pathétique et grotesque et cette dernière, consciente de le tenir sous sa coupe, profitait au maximum de sa naïveté.

Quant à Coumba, la cadette, libre de tout engagement, elle s’adonnait librement à la prostitution et sortait tous les soirs pour aller à la pêche au sexe dans les bars et tavernes du quartier où elle avait fini par acquérir une réputation plus que sulfureuse.

Il ne se passait de jour sans que les deux sœurs ne se crêpassent le chignon avec la dernière férocité, ne craignant nullement de provoquer les potins et commentaires malveillants des gens du quartier qui les évitaient comme la peste. Il ne serait évidemment venu à l’esprit de personne d’intervenir pour essayer de séparer les deux tigresses et la seule personne qui s’était une fois hasardée à le faire, l’imam de la mosquée lui-même, s’en était sorti la tête ensanglantée, la bouche édentée, les habits déchirés, blessé jusqu’au plus profond de son amour-propre. Ce scandale sans précédent avait fini de faire d’Awa G… et ses filles des marginales craintes de tous les habitants du quartier qui ne parlaient d’elles qu’à voix basse, en prenant d’infinies précautions. Avec tout cela, la maison d’Awa G… d’où fusaient en permanence cris, injures, obscénités en tous genres, imprécations, ricanements sardoniques, chansons grivoises à faire rougir les plus vilaines sorcières, ressemblait à repaire de succubes, un cloaque infernal où ne se pouvaient trouver ni la paix, ni la joie, ni la sérénité.

J’ai vécu les pires moments de ma vie dans cette maison ou plutôt, dans cette antichambre de l’enfer ! J’y étais le souffre-douleur tout désigné des trois diablesses qui déversaient leur bile sur moi (et Dieu sait si elles en avaient emmagasiné dans leurs entrailles !) et m’abreuvaient de coups et d’injures pour un oui et pour un non. Aujourd’hui encore, il m’arrive de me demander comment j’ai pu sortir vivant de cette chiennerie !



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