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   VIES DE CHIEN (44)

Jeudi 28 Juin 2012

                                               
Les humains ont souvent des mœurs étranges qui nous font rire nous autres chiens.                   Chez nous, les dieux restent dans leur domaine et nous dans le nôtre. Pas de prières, ni de génuflexions, ni de prosternations, ni de suppliques qui leur soient adressées.


Nous les ignorons royalement car nous savons très bien qu’ils se soucient aussi peu de nous qu’une mouche tombée dans un verre de lait. Et puis, l’eussions nous voulu que nous eussions été incapables de nous prosterner le front contre terre ou de faire le signe de la croix ou quelque autre de ces bizarreries qui font partie de ces innombrables rites dont les être humains ont seuls le secret.


  Cependant, la foi inébranlable de Yacine n’en avait pas pour autant fait d’elle une de ces intégristes qui se voilent de la tête aux pieds même en période de canicule et refusent de parler aux hommes. Heureusement pour moi d’ailleurs car il est certain que dans ce cas, jamais au plus grand jamais, elle ne m’eût laissé poser mes pattes de chien dans sa maison.  Yacine n’ignorait non plus pas que son mari ne priait que pour la forme, lorsque les circonstances l’y contraignaient : par exemple pendant les fêtes de la korité et de la tabaski où il était bien obligé d’aller à la mosquée comme tout le monde. En fait mon maître avait, comme nombre d’étudiants africains en France, perdu la foi au cours de son séjour parisien et était devenu un parfait agnostique.

Comme tel, Yacine n’aurait normalement jamais dû l’épouser. Mais les sentiments avaient eu le dessus sur la foi et l’amour avait vaincu la croyance. Elle s’était donc mariée avec Jacques en se promettant de prier pour lui afin que Dieu le ramenât sur le droit chemin, mais il semblait bien que ce fût une mission impossible car mon maître était lui aussi solidement ancré dans ses convictions. D’ailleurs, elle et son mari s’était établi une sorte de modus vivendi, un accord tacite qui faisait qu’ils n’abordaient jamais certaines  questions. L’irréligiosité de Jacques était la seule ombre au bonheur conjugal de Yacine qui sans cela eût été parfait, mais en bonne croyante, elle se disait que c’était sans doute une épreuve que Dieu lui faisait subir pour l’éprouver et elle s’accommodait de cette situation dont elle ne s’était jamais ouverte à personne.            

                                                                                                                      Après la promenade avec les jumeaux donc, un délicieux repas m’attendait dans mon écuelle de fer blanc que Salimata déposait juste devant ma niche. Je dévorais avec appétit mon repas, sans en laisser la plus petite miette, puis je lapais l’eau fraîche qui m’était également servie dans une autre écuelle. Repu, j’attendais ensuite le coup de sifflet de mon maître pour me ruer vers les escaliers dont j’escaladais vélocement la vingtaine de marches en un temps record. Arrivé à l’étage, j’entrais dans le salon sans me faire annoncer et je m’installais sur la moquette épaisse à côté de mon maître, lui-même confortablement assis dans un grand fauteuil en maroquin rouge, le même que celui où avait l’habitude de se reposer sa défunte mère.

Alors il passait son bras au dessus du fauteuil et me caressait la tête, me faisant éprouver de doux frissons qui parcouraient mon échine et se propageaient jusqu’à l’extrémité de ma queue. Nous regardions tous deux la télévision qui, à cette heure là, diffusait un téléfilm brésilien très prisé par Yacine et Salimata mais que mon maître, lui, ne suivait que d’un œil distrait. Ce n’était pas, comme on dit, pas sa « tasse de thé » (à suivre…)                                                                                                                                                        


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