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 VIES DE CHIEN (31)

Mardi 27 Mars 2012

Ensuite, elle allait se mettre à genoux en face de la statue de la vierge Marie qui se dressait au bout de la nef latérale et là, les yeux fermés, les mains jointes, elle se figeait dans une attitude d’imploration pendant que des larmes coulaient doucement sur son visage dont la souffrance n’avait pas altéré la beauté. Assise sur un banc, derrière Liza, tante Marie priait elle aussi avec toute la ferveur contenue dans son cœur. Lorsqu’elle avait fini de se recueillir, Liza se levait et allumait un cierge aux pieds de la vierge puis elle et la vieille Marie sortaient ensemble de la cathédrale, non sans avoir d’abord trempé le doigt dans le bénitier et fait le signe de la croix. Marchant côte à cote à petits pas, perdues dans leurs pensées, les deux femmes regagnaient alors leur maison qui se trouvait à cinq ou six rues plus loin.                                    

Les années passèrent. La mort de Malick n’avait pas distendu les liens entre Liza et sa belle-famille. Bien au contraire, ils s’étaient même renforcés et Liza avait pris l’habitude d’aller rendre visite au moins une fois par semaine à la parentèle de son défunt mari. Quant à son fils qui était devenu un mignon petit garçon, espiègle comme tous ceux de son âge, il allait régulièrement passer la journée chez son grand-père paternel lorsqu’il n’avait pas classe.                          


     Il s’y amusait bien, gambadant à sa guise dans la grande cour et se délectant des fruits du sapotillier qui y poussait, à la grande joie du vieux Birama, son grand-père, de sa tante Aïssatou et de mère Soda qui l’appelait affectueusement « mon petit mari ». C’est aussi là que le petit Jacques Habib apprenait le Coran par cœur sous la férule d’un maître coranique rémunéré par Liza. Celle-ci   se conformait ainsi au vœu de Malick qui lui avait fait cette ultime recommandation dans une de ses lettres envoyées d’Indochine. Cela n’empêchait pas l’enfant d’accompagner sa mère à la messe du dimanche lorsque l’envie lui en prenait, ni d’assister au cours de catéchisme à l’école Saint-joseph de Cluny où l’avait inscrit sa mère. Le petit garçon aimait aussi aller tenir compagnie à son homonyme, tonton Jacques, veuf depuis bien longtemps et qui vivait tout seul dans sa coquette villa de la corniche où il s’était retiré depuis sa retraite d’inspecteur du trésor public. Tonton Jacques, qui l’adorait, se faisait alors un plaisir d’apprendre les « bonne manières » à son petit-neveu qu’il ne laissait jamais repartir sans lui avoir d’abord fourré dans les mains un livre de sa riche bibliothèque. Mais il ne lui en prêtait un autre qu’à la condition que le petit garçon ait lu celui qui était en sa possession et lui en ait fait un bref résumé. Ce dernier se prêtait volontiers à ce jeu et dévorait de la sorte tous les livres que lui prêtait son homonyme et grand-oncle.              


            C’est ainsi que mon maître avait pris l’habitude de lire et ne s’en était plus jamais départi. Des années plus tard, alors qu’il était encore élève au lycée, il avait hérité de la bibliothèque de tonton Jacques qui la lui avait léguée par voie   Jacques Habib, mon maître, avait donc grandi à l’ombre tutélaire d’une mère aimante mais silencieuse et dans le souvenir d’un père, parti trop rapidement, dont le portrait en fringant officier de l’armée coloniale française trônait dans le luxueux salon de la maison maternelle.                                                                                                            Il reçut de Liza une éducation très stricte et grandit dans une ambiance calme, presque feutrée, entre sa grand-mère grabataire mais encore lucide, la vieille tante Marie, toujours active et dévouée malgré son grand âge, et sa propre mère. (à suivre…)                                                                                                                                                                                      


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