Reddition des comptes : le magistrat Ousmane Kane dénonce un « échec » judiciaire

Vendredi 8 Mai 2026 12:30

La reddition des comptes, pilier central du programme de Bassirou Diomaye Faye et d'Ousmane Sonko, traverse une zone de fortes turbulences juridiques. Si les nouvelles autorités ont affiché leur détermination à auditer la gestion des deniers publics de l'ère Macky Sall, la méthode employée est aujourd'hui vivement contestée par des experts du droit. Près d'une dizaine d'interpellations ont déjà eu lieu, permettant selon le pouvoir de récupérer plusieurs milliards de FCFA, mais les revers judiciaires se multiplient devant les tribunaux.  


Magistrat à la retraite et ancien président de la Cour d’appel de Kaolack, Ousmane Kane dresse un bilan sans concession de cette initiative qu'il qualifie d'« échec » marqué par des « déconvenues ». Selon lui, l'objectif politique a pris le dessus sur le respect des normes d'un procès juste et équitable. Il estime que les autorités ont commis l'erreur de viser des personnalités spécifiques de l'ancien régime plutôt que de se concentrer sur des faits matériels précis.  


Le magistrat souligne également une méprise grave de la part du pouvoir politique : celle d'avoir cru qu'un simple rapport compromettant suffisait à justifier une détention prolongée. À ses yeux, la rapidité avec laquelle cet échec est survenu s'explique par le professionnalisme des juges sénégalais qui refusent de céder aux pressions politiques. Cette confrontation entre la "demande sociale" de justice et la rigueur de la loi se traduit par une vague de remises en liberté de hauts dignitaires.  


Les exemples les plus récents illustrent cette fragilité des dossiers d'accusation. L'ancien ministre Moustapha Diop a bénéficié d'une liberté provisoire le 6 mai 2026. Plus emblématique encore, la Cour suprême a confirmé le 28 avril 2026 la mise en liberté provisoire sous contrôle judiciaire de Farba Ngom, député-maire des Agnam, après plus d'un an de détention. Poursuivis pour détournements présumés, ces responsables retrouvent la liberté, mettant en lumière les insuffisances de la stratégie de reddition des comptes telle qu'elle a été amorcée.  


MS/NDARINFO
 
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