Des Podorois à la merci des "cercueils" roulants.

PROBLEMES DE TRANSPORT, VETUSTE DU PARC AUTOMOBILE, PREDOMINANCES DES PISTES…

Jeudi 7 Août 2014 - 16:12


S’il y a un secteur vraiment très mal en point à Podor, c’est bien celui du transport. Aussi bien à l’intérieur du territoire communal qu’à l’échelle départementale. En plus de l’accès difficile des localités très enclavées, notamment l’île à Morphyl, avec des pistes parfois impraticables, par endroit, si ce ne sont de vieilles voitures destinées à la casse qui sont recyclées pour le transport public de voyageurs, ce sont des charrettes qui assurent la navette à l’intérieur ou entre les localités intérieures de ce vaste département de la région de Saint-Louis et la route nationale à travers des sentiers sablonneux par ci, des pistes latéritiques par-là.

«A certaines heures on ne peut pas accéder à Podor à partir de Tarédji, faute de véhicules de transport en commun. Nos vieux véhicules qui ont des problèmes de lumière ne peuvent pas rouler à certaines heures de la nuit. C’est vraiment risqué que de s’y aventurer, vu l’état des routes et les nombreux virages souvent dangereux que compte le tronçon». Ce témoignage de Médoune Ndiaye, Président départemental du Regroupement des chauffeurs de Podor, en dit long sur l’enclavement, les problèmes de mobilité des personnes et des biens, l’accessibilité, bref les difficultés du secteur du transport en général dans ce département vaste de la Région de Saint-Louis.

Un tour au niveau de la gare routière de Podor permet d’en avoir le cœur net. Ici, mis à part l’infrastructure, les quelques commerces et le bureau du regroupement et la station d’essence à l’entrée, etc. on a comme l’impression d’être dans un «cimetière» pour voitures à la vue des quelques automobiles stationnées ça et là et préposés au transport en commun de voyageurs. Minicars, taxis brousses («sept places»), taxis «clandos», des sortes de vieux pick-up à une ou double cabine aménagés avec deux bancs secs posés à l’arrière pour le transport des passagers se disputent les voyageurs avec un léger avantage pour les «sept places» surtout en partance pour Ndioum, soit 45 km de là.

DES «TOMBEAUX OUVERTS» POUR LE TRANSPORT EN COMMUN

A l’intérieur de certains de ces moyens de locomotion, non seulement il faut prêter attention où poser les pieds, mais aussi et surtout il est interdit de regarder par le bas, à cause des nombreuses ouvertures qui laissent entrevoir la chaussée et les roues du véhicule qui roule. Quid des pannes fréquentes qui peuvent survenir à tout moment du trajet ? Heureusement, ces «tombeaux ouverts» n’assurent pour l’essentiel, que la liaison Podor Tarédji sur la nationale n°2. Ce qui fait qu’à bord, on n’est jamais sûr d’arriver à bon port sans ennuis… techniques, même si les populations locales, à force d’emprunter ces véhicules tout le temps ne vivent plus l’angoisse et le stress que ressent l’étranger. «Quand je parle d’insécurité, c’est surtout lié à la vétusté des véhicules, du parc», renchérit le Président départemental du Regroupement des chauffeurs de Podor.

Selon Médoune Ndiaye, l’axe Podor Tarédji est le plus accessible. A l’en croire, «pour les lignes Ile à Morphyl, Nianda, Doué, Gawlo, Diatar, etc., il n’y a qu’une seule rotation, par jour. Si on la rate, on est obligé d’attendre le lendemain (avant 13h)». Et de préciser que même pour aller à Ndioum, situé à quelque 45 km du chef lieu de département, «une seule rotation est assurée par jour et très tôt le matin. Une fois ce véhicule raté, l’on est obligé de procéder par étape: prendre un véhicule jusqu’au croisement de Tarédji, avec tout le temps qu’il faut pour le remplir, puis un autre à destination de Ndioum à partir de la route nationale (Tarédji)». Ce village carrefour est distant de 20 Km de Podor et de 25 km environ de Ndioum qui est un peu mieux loti en matière de transport parce qu’étant la principale ville carrefour entre Richard Toll et Ourossogui.

LES HORAIRES SAUVENT LA FACE, EN ATTENDANT LE RENOUVELLEMENT DU PARC

L’alternative, pour ne pas recourir à ces voitures, c’est d’engager des taxis «clandos» moyennant au minimum 5000 F Cfa la course Podor Tarédji, les mototaxis en nombre encore limité ou choisir de faire de «l’auto stop». Et, en cas d’événement, «nous sommes obligés de louer des voitures ailleurs pour le transport des passagers désireux de se déplacer», informe le Président départemental du Regroupement des chauffeurs de Podor. Et de relever que pour les longues distances, notamment Podor-Dakar (487 km), des bus de 60 places, pardon des horaires, sont là pour soulager les populations. Les départs pour la capitale sont calés sur trois jours de la semaine (tous les mardi, jeudi et dimanche). C’est pourquoi, pour inverser la donne, Médoune Ndiaye en appelle à l’élargissement du programme de renouvellement automobile à Podor. «Les difficultés sont nombreuses et le transport nécessite des moyens. Imaginez, il n’y a qu’un seul taxi urbain pour toute la ville. Pour la sécurité des usagers, des voyageurs, nous sollicitons des autorités étatiques le renouvellement du parc automobile local. Le programme de renouvellement du parc automobile doit être élargi aux localités situées à l’intérieur du pays comme Podor», souhaite-t-il. Pour cela, «l’Etat doit prendre des engagements ou nous garantir auprès des banques pour des prêts. Nous voulons un partenariat pour des prêts remboursables, qu’il s’agisse de l’acquisition de véhicules de 14 places ou de 25 places, tout est bon pour nous ici à Podor», confie Médoune Ndiaye.

La construction de la nationale n°2 doit intégrer Podor


En attendant une oreille attentive à cette sollicitation, il faut régler le problème des infrastructures. D’ailleurs, les travaux de construction de la route nationale n°2 entre Saint-Louis et Ndioum avancent à grands pas. Mais Podor, la capitale départementale située à seulement 20 Km (de la nationale, de Tarédji) n’est pas pris en compte dans le projet. «Nous voulons que le projet de construction de la route nationale intègre Podor. Nous avons comme l’impression que ne nous ne sommes pas concernés par ce qui se fait. Seuls des travaux d’envergure de ce genre pourront permettre de réduire les nombreux virages dangereux pour éviter les accidents et dangers encourus sur cette route», lance-t-il tout en saluant la construction en cours du pont entre Ndioum et Ndioum Walo qui va contribuer à désenclaver l’Ile à Morphyl en plus du célébre pont de Médina Ndiathbé.

Au niveau local, la gare routière nécessite des réaménagements pour un meilleur accueil des usagers. «Notre gare routière n’a rien à voir avec les autres. Il n’y a pas de hangar ni pour les chauffeurs encore moins pour les clients. Il n’y pas de parking. Il n’y a pas d’électricité, les toilettes sont défectueuses. Notre ambition c’est d’œuvrer à ce que la gare routière réponde aux normes, avec la construction de hangar, toilettes, le renouvellement du parc automobile, pour le respect des clients», souligne le Président départemental du Regroupement des chauffeurs de Podor dont le bureau compte 12 membres.

Il n’a pas manqué de saluer l’esprit d’ouverture des agents de la circulation. «Les agents de sécurité qui régulent la circulation (les gendarmes) font leur travail. Mais il faut de la tolérance. Ils sont très tolérants, sinon aucun de nos véhicules n’est apte à rouler, à plus forte raison, transporter des passagers».

PODOR: MOBILITE URBAINE - LE DIKTAT DES CALECHES

Podor, ville historique reste encore collé à la tradition. Le voyageur qui débarque dans cette capitale du département du même nom situé au cœur du Fouta Toro peut constater la prédominance des voitures à traction animale dans le secteur du transport urbain. Dans la ville, la mobilité urbaine est assurée par des charrettes et calèches (voitures). Ces «voitures» à traction animale prennent jusqu’à 4 personnes en même temps et n’ont souvent pas de trajet ou ligne fixe pour la majorité. Elles sont à la disposition et au gré des clients à bord qui paient chacun 100 F Cfa pour le déplacement. En cas de course (personnelle) le client doit débourser jusqu’à 300 F Cfa au moins selon la ligne ou le quartier.

A partir de 13 ou 14h, c’est la pause, la forte canicule oblige. C’est le moment aussi de donner à manger et à boire aux chevaux qui tirent ces voitures. A côté de ces «voitures», des charrettes tirées par des ânes prennent aussi des clients. En plus du transport de bagages et marchandise, elles assurent aussi la navette entre les différents quartiers et le marché central de Podor, la gare routière, le centre de santé ou le quai, c’est selon, à l’image des calèches.

UN SEUL TAXI POUR TOUT PODOR

Le fait marquant c’est qu’il n’y a qu’un seul taxi urbain pour toute la ville. «Podor taxi» a été lancé la veille de l’ouverture de la campagne électorale pour les élections départementales et municipales du 29 juin 2014. Ce projet, à l’initiative de «Lamtoro transport» de Mansour Sall, Premier adjoint au maire, dans l’équipe sortante, est en phase d’essai. Une ligne téléphonique est affichée au niveau des portières pour les déplacements. Le taxi peut aussi être arrêté en cours de route, en pleine circulation, s’il ne transporte aucun passager, moyennant 500 F Cfa, la course. Néanmoins, d’autres moyens de transport existent également dans le territoire communal, notamment les mototaxis qui ne sont pas encore très nombreux et les taxis «clandos».

PODOR-TRAVERSEE A LA FRONTIERE SENEGAL-MAURITANIE - LE REGNE DES PIROGUES A PAGAIE

En attendant l’acquisition d’un bac pour l’amélioration de la mobilité des personnes et des biens entre le Sénégal et la Mauritanie, au niveau du point de passage de Podor, les voyageurs doivent se contenter de pirogues pour rejoindre la rive gauche du Fleuve Sénégal et vice-versa. Peu importe les risques et problèmes de sécurité qu’elles peuvent engendrer, ces petites embarcations non motorisées prennent jusqu’à dix personnes par rotation, le piroguier non compris, sous le contrôle d’un agent de la police des frontières.

17h30 au quai de Podor. Une dizaine de passagers sont assis par deux ou trois sur les banquettes aménagées dans une embarcation à destination de la rive gauche du Fleuve Sénégal. Ils tournent le dos à un jeune garçon qui multiplie le même geste pour faire avancer le moyen de transport fluvial à l’aide d’un bâton d’environ 2 mètres dont le bout aplati est plongé dans l’eau. Plusieurs autres pirogues sans moteur attendent leur tour d’embarquer des clients en partance pour Luxeïba, la localité mauritanienne, chef lieu d’arrondissement situé dans la région du Baknar et frontalier à Podor.
A côté, des femmes font le linge. D’autres, ayant déjà terminé, se lavent ou lavent leurs enfants sur la berge. Des jeunes filles et garçons peuvent avancer un plus en profondeur pour se baigner. Le tout sous le regard de dizaines voire centaines d’autres personnes qui tuent le temps aux abords, sous l’ombre des arbres, le long de l’espace aménagé en face des bâtiments qui servaient de comptoir commercial de Podor à l’époque coloniale.

A l’opposé, en face du CDEPS de Podor en ruine, un agent de sécurité, assis sur une chaise, sous un petit arbre incliné et dont les branches jonchent le sol, des dossiers sous classeurs et cachet soigneusement posés sur les cuisses, attire l’attention du fait de l’attroupement autour de lui. C’est un agent de police des frontières qui contrôle ainsi les mouvements de personnes entre les deux pays. Nous sommes à un des nombreux points de passage entre le Sénégal et la Mauritanie situé à l’intérieur de la commune de Podor que des centaines de personnes traversent quotidiennement en pirogue en provenance des deux pays.

CARNET DE SANTE OBLIGATOIRE POUR LA TRAVERSEE


Il est là tôt le matin jusqu’à 13h, heure de pause, avant de retourner à son poste entre 16 et 18h. Son rôle, c’est aussi d’apposer son visa sur les papiers, les autorisations de sortie délivrées à la préfecture, après vérification de la conformité de tous les documents de voyage qui lui sont soumis par des voyageurs, notamment des Sénégalais, en partance pour la Mauritanie. Cartes nationales d’identité, extraits de naissance, autorisations parentales pour les mineurs accompagnés de personnes autres que leurs parents, carnets de santé, etc. tout est passé au crible. En cas de manquement, le voyageur est prié d’apporter le complément de dossier ou d’aller le chercher.
Parfois, certains accompagnateurs de mineurs sont contraints de retarder ou reporter leur voyage faute d’autorisation dûment signée par les parents de l’enfant ou de photocopie de la carte d’identité du signataire. «Tous ces documents demandés sont régis par une convention en les deux pays. Au niveau de ce point de passage, les carnets de santé sont obligatoires, conformément à la convention entre le Sénégal et la Mauritanie)», informe l’agent.

100 F CFA POUR SE RENDRE EN MAURITANIE

Ici, les pirogues assurent la traversée moyennant 100 F Cfa par personne. Le nombre de rotation journalière dépend de la fréquence des clients. Toutefois, compte tenu de la forte chaleur en cette période et des exigences de marché, il y a plus de navettes les matins et les soirs vers 18h. Les piroguiers assurent la traversée du Fleuve Sénégal dans cette partie du Fouta à l’aide de pagaies. «Vous voyez, grand. Nous transportons tout ce beau monde (une dizaine de passagers par voyage) jusqu’à l’autre rive moyennant 100 F Cfa par client. Nous sommes très fatigués. Nos pirogues n’étant pas motorisées, nous avons recours aux pagaies pour les conduire jusqu’à l’autre rive. Ce n’est pas facile, ça demande beaucoup d’effort même si la distance n’est pas longue», lance Abou Ka, un piroguier.

Tout en «espérant» une amélioration de leurs conditions de travail avec l’acquisition de pirogues motorisées, le jeune homme affiche un certain enthousiasme et est fier de son travail, d’être utile à sa communauté. En attestent, ces pirogues qui facilitent le commerce entre les populations, pour l’essentiel appartenant aux mêmes communautés mais vivant dans deux pays distincts séparés par un cours d’eau. En effet, très tôt le matin, des Mauritaniens viennent écouler leurs produits au marché de Podor pour ne rentrer qu’en fin de matinée ou le soir.

De même, plus besoin de se déplacer jusqu’à Dakar ou Nouakchott pour se ravitailler en certaines marchandises. Alors les populations de la rive gauche achètent directement du ciment et autres produits à Podor, des commerçants locaux préfèrent le sucre (dont le kg coûte 400 à 450 F Cfa à Podor) et certaines denrées de ce pays limitrophe, parce que plus accessibles et moins chers. Le convoiement de toutes ces marchandises entre les deux pays se fait à l’aide de pirogues, en attendant la satisfaction du vœu des populations: l’acquisition d’un bac.

MISE EN CIRCULATION D’UN BAC A PODOR - IL FAUT L’ACCORD DE LA MAURITANIE

Durant la campagne pour les locales du 29 juin dernier, les deux candidats alors en lice pour la conquête de la mairie de Podor (Mamadou Racine Sy et Me Aïssata Tall Sall) avaient tous intégré dans le volet infrastructures et transports de leur programme l’acquisition d’un bac pour la sécurité et la fluidité de la mobilité au niveau de cet important point de passage entre nos pays à défaut de l’érection d’un pont sur le fleuve. D’ailleurs, la mairesse réélue de la commune soutenait: «Podor est une ville frontalière, nous avons une longue frontière avec la Mauritanie. Et, ici à Podor, nous avons un point de passage que les populations traversent en pirogue. Nous avons pensé que s’il n’est pas possible d’ériger un pont, et ça c’est du ressort des deux Etats, il est possible de négocier un bac qui va assurer la traversée». Me Aïssata Tall Sall est confortée dans son projet par le fait qu’avec la mise en circulation d’un ferry il y a un gain de temps énorme pour les passagers compte tenu du bon état de la route Luxeïba-Nouakchott, en Mauritanie. «Nous avons constaté que de l’autre côté de la ville, c’est-à-dire du côté mauritanien, grâce à un programme chinois, la route quitte Nouakchott jusqu’au bord du fleuve à Podor. Si le bac est là, la traversée allait être raccourcie et le passager allait gagner en temps pour rallier la route nationale».

Seulement, reconnaissait-elle, ce projet d’acquisition de d’un bac n’est pas aussi simple que les gens peuvent le croire puisqu’il faut d’abord le consentement des deux Etats souverains. «Encore une fois, pour ce qui est du bac, il ne suffit pas que le Sénégal le veuille, il faut que la Mauritanie aussi soit d’accord», a-t-elle indiqué dans le troisième pôle appelé «Pôle de développement», de son projet de ville décliné en cinq pôles et qui couvre les infrastructures en général.

Sudonline

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