Saint-Louis : Un essai critique appelle à réinventer et décoloniser les musées africains

Vendredi 5 Juin 2026

Le conservateur de musée au CRDS/UGB, Alioune Samb, a procédé ce jeudi à la présentation et à la dédicace officielle de son nouvel ouvrage intitulé « Le pillage ne devient pas patrimoine parce qu’il a bien vieilli ».


Le conservateur de musée au Centre de Recherches et de Documentation du Sénégal de l’Université Gaston Berger (CRDS/UGB), Alioune Samb, a présenté ce jeudi à Saint-Louis son nouvel ouvrage intitulé « Le pillage ne devient pas patrimoine parce qu’il a bien vieilli ».


Cette parution jette un pavé dans la mare du monde muséal en proposant une réflexion approfondie sur la préservation, la mémoire et les questions brûlantes liées à la restitution des œuvres d'art.
 

L’essai passe au crible les conventions occidentales de conservation pour dénoncer une idée reçue : le simple fait qu'un objet ait traversé les siècles ou qu'il soit consigné matériellement dans les réserves d'un musée étranger ne suffit pas à l'ériger en patrimoine légitime. Pour l'auteur, la patrimonialisation en Afrique ne saurait se réduire à un inventaire technique ou à une durée de conservation, mais réside fondamentalement dans les valeurs, les symboles et la signification spirituelle que ces objets incarnent pour leurs communautés d’origine.
 

Briser la « violence du silence »
 

Devant un public d'universitaires et d'acteurs culturels, Alioune Samb a interpellé ses pairs sur la nécessité de bousculer des habitudes héritées de la période coloniale. « Dans nos pratiques, il nous arrive de participer à la violence, mais aussi de créer ce que nous appelons un silence autour de ces objets patrimoniaux », a regretté le conservateur, invitant les institutions du continent à s'arrêter pour interroger la légitimité et la pertinence de leurs modèles.
 

Plaidant pour une refonte complète de la chaîne de documentation, l'expert exhorte à adapter les structures muséales aux réalités africaines et sénégalaises. Il a notamment rappelé une divergence cruciale de perception : ce qui est souvent appréhendé en Occident comme un simple objet d'art inanimé constitue en Afrique un véritable « sujet » historique, ayant joué un rôle social actif et tissé des relations humaines complexes.
 

Cette sortie littéraire intervient alors que le débat sur le retour des biens culturels spoliés et la présence massive d’objets africains dans les collections occidentales continue de redéfinir les relations de coopération culturelle internationale.
 


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