Meïssa Gaye, Mama Cassé, Mix Gueye, Doudou Diop, Adama Sylla ... ces grands photographes de Saint-Louis

A l’occasion de la 10éme édition des Rencontres de Bamako, Jeune Afrique revient sur quelques pionniers de la photographie africaine. Et sur leurs héritiers contemporains qui travaillent sur la mémoire.

Samedi 14 Novembre 2015 - 21:46

En 1994, à l’initiative de Françoise Huguier et Bernard Descamps, naissaient les premières Rencontres de la photographie africaine de Bamako (Mali). Près de vingt années plus tard et après bien des péripéties – dont une longue interruption liée à la guerre, la 10éme édition de l’événement (rebaptisé Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie), a lieu cette année du 31 octobre au 31 décembre 2015, sous la houlette du ministère malien de la Culture et de l’Institut français. Le thème choisi, «Telling Time», semble au premier abord à la fois terriblement scolaire et férocement ennuyeux. Poursuivis par les inusables clichés sur «l’instant décisif», les photographes n’en peuvent sans doute plus de ce temps qu’ils «figent», «immortalisent» ou «docu­mentent» comme d’infatigables Sisyphe. Par chance, la démocratisation extrême des images, leur omniprésence au quotidien sur les écrans et leur quasi-effacement dans une illisible nuée de pixels offrent désormais aux artistes la féconde liberté de l’indiscipline.
Sur le continent, l’histoire de la photographie est celle d’une libération au cours de laquelle il fallut s’affranchir de bien des carcans : religieux, technique, politique, esthétique… Contrairement à une idée répandue, tout ne commence pas à Bamako dans le studio de Seydou Keïta (1921-2001) puis dans celui de Malick Sidibé – légende vivante honorée lors de la biennale d’art contemporain de Venise en 2007. Non, en vérité tout commence dans les ports (Sierra Leone, Togo, Sénégal actuels…), par où les Toubabs introduisirent une invention bien française, le daguerréotype, au milieu du 19éme siècle. Inspiré des travaux de Nicéphore Niepce, ce procédé souffrait de l’humidité, mais les améliorations techniques permirent vite la production d’images stables.

Sans complexe
«Les Africains ouvrent des studios de photographie à Freetown dès la fin des années 1860», écrit Vera Viditz-Ward dans un livre qui fait toujours autorité pour sa partie historique, Anthologie de la photographie africaine et de l’océan Indien (éd. Revue noire). Le Créole Alphonso Lisk-Carew est par exemple actif dès le début du 20éme siècle à Freetown, réalisant portraits et paysages. Au Togo, c’est Alex Acolatse qui commence à travailler dès 1914 et couvre toute la région de la Gold Coast au Nigeria. Quant aux précurseurs originaires de Saint-Louis du Sénégal, ils sont nombreux : Meïssa Gaye, Mama Cassé, Mix Gueye, Doudou Diop, Adama Sylla… «Ce ne sera réellement qu’au début du 20émesiècle que les premiers photographes africains auront une pratique privée puis installeront presque dans toutes les capitales et grandes villes d’Afrique leurs propres studios, après avoir côtoyé, souvent comme employés, les studios européens installés sur place ou après un service militaire dans les Armées coloniales », écrivent deux des fondateurs de Revue noire, Pascal Martin Saint-Léon et Jean-Loup Pivin.
Ce ne sera réellement qu’au début du 20éme siècle que les premiers photographes africains auront une pratique privée
Si les pratiques et la manière varient selon les pays et ne sauraient se résumer en quelques lignes, les photographes africains en général ne sont pas longs à s’affranchir du pesant regard occidental – qu’il soit ethnologique, anthropométrique, bureaucratique, exotique, touristique, colonial… «La photographie africaine est née d’une appropriation sans complexe d’une technique sans en subir l’esthétique, poursuivent Saint-Léon et Pivin. C’est peut-être en ce sens que l’on peut dire qu’il existe des photographies africaines, sans pourtant chercher à vouloir créer un style.»

Insurrection
Le style des studios maliens qui plaît tant aujourd’hui aux Occi­den­taux – Paris organise une grande rétrospective Seydou Keïta au Grand Palais du 30 mars au 24 juillet 2016 – n’est que le début d’un renversement, quasi contemporain des indépendances. On cesse d’être regardé pour se regarder et s’affirmer. Bientôt, on sortira dans les bars et les restaurants pour capter au flash, en musique, l’allégresse de la liberté. Noctambule invétéré, Philippe Koudjina photographie les nuits de Niamey comme Sidibé celles de Bamako…
Il y aura des revers – parce que la photographie peut aussi être l’alliée de la dictature et de la propagande – avec des agences de presse à la solde de pouvoirs de moins en moins démocratiques. Il y aura aussi des victoires : «L’appareil photo est accusé d’être un instrument de l’insurrection et de servir des activités terroristes, écrit la Sud-Africaine Kathleen Grun­dlingh dans son article sur la photographie engagée. Il devient un outil capable de fendre le masque blanc de l’apartheid.» Les images du magazine Drum témoignent, si besoin était, du «long chemin vers la liberté» déblayé, aussi, par des artistes comme Peter Magubane, Bob Gosani ou Ernest Cole.

Aujourd’hui, alors que tout le monde est photographe, archiviste de sa propre mémoire et metteur en scène compulsif de son image rêvée par le truchement des réseaux sociaux, les photographes se réinventent en artistes, hommes sans foi ni loi ni frontières. Certains, comme Omar Victor Diop, s’accomplissent dans la lignée de précurseurs tels Sidibé tout en convoquant l’histoire de l’art occidental. D’autres, comme le Sud-Africain Daniel Naudé – qui s’intéresse à nos relations avec les animaux – inventent leur propre chemin. Leur seul point commun ? La dernière édition des Rencontres de Bamako les a révélés au grand public. Pour le reste, il n’y a pas de règle – et c’est tant mieux.
Jeuneafrique.com

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