El Hadji Alioune Badara Diagne Golbert, Le Doomou Ndar du Mois
L’Histoire de Golbert avec Saint-Louis est semblable à l’épopée d’une mère avec son enfant. C’est une histoire d’Amour, d’attachement et de passions, un drame joyeux et sempiternel que les quelques lignes d’un site qui tente de le rendre hommage pour son engagement, ne peuvent décrire carrément. C’est le récit séduisant d’un serviteur achevé et engagé pour sa cité, dévolu à la tâche de la voir splendide et respectée. Parce qu’il croit fermement que « Deukk si deukk bi, défar deukk bi moko gueune ».
Mais nous prendra le risque de l’essayer et de choisir quelques passages de ce long parcours de combattant pour prouver et illustrer que personne n’aime Saint-Louis et ne la vénère plus que Golbert.

Golbert est né en septembre 1941 à la Rue de France, dans l'île de Saint-Louis et fréquente d'abord les daaras de la vieille ville, capitale l'Afrique Occidentale Français (AOf ), « comme tout Saint-Louisien de (son) âge ».
Il sacrifia ses études en classe de cinquième au lycée technique André Peytavin de Saint-Louis pour se lancer dans la radio.
En fait, tout commence un soir de Ramadan. « À l'heure de couper le jeûne, j'entends la voix Lamine Diakhaté qui sort du vieux poste Grundig de mon papa. Sa voix radiophonique m'avait tellement envoûté que j'ai très tôt compris ma vocation ». Ce que ses parents n'entendent pas de cette oreille. « Mon papa me bastonnait, m'administrait des punitions », se rappelle-t-il. Mais rien n'y fit. Le jeune Golbert continuait de sécher les cours. Quand ses camarades prenaient le chemin de l'école, lui se rendait à la pointe nord, siège de Radio Sénégal. Adossé au mur du stade Abdoulaye Diagne qui fait face à la radio, il rêvassait du jour où il deviendrait journaliste.
Agé aujourd'hui de 71 ans, marié à trois femmes, Golbert peut s'accorder quelques petits moments de repos, dans son grand salon au style marocain, situé à l'étage de sa radio. Un repos mérité après 42 ans de radio, qui ont débuté dans le studio B, le studio désaffecté où il imitait dans le vent les commentaires du regretté Allou, grand reporter de football.
Golbert au savoir transversal et généreux a su construire à travers Téranga FM « Véritable creuset de formation » des jeunes qui font la fierté du journalisme et de la Communication : Bougane Guèye, patron Dak'cor, Naby Sylla de la Rfm, il en a formé une quarantaine.

Dans l'entretien qui suit et qu’il a accordé au Week end Magazine, El Hadj Badara Diagne Golbert revient sur ses débuts en radio, ses relations avec l'ancien président Diouf ainsi qu'avec son successeur Abdoulaye Wade, entre autres sujets. Sans oublier la ville « qui (lui) a tout donné », Saint-Louis ou Ndar.

El Hadji Alioune Badara Diagne Golbert, Le Doomou Ndar du Mois
Comment êtes-vous entré en radio ?

EL HADJ ALIOUNE BADARA DIAGNE GOLBERT » : Je le dois à une femme, Marianne Seck, Mme Sy, directrice de programme à la Rts à qui je rends un grand hommage. Elle a eu le flair de dire un jour à Ibrahima Diop Pino directeur de la station « ce garçon-là je veux l'amener au programme ». Bien que j'étais à la technique faisant les annonces, puis de l'animation en Wolof et en français, ce deux ans durant. Comme j'avais la voix, on m'a parachuté journal parlé.
Le premier journal que j'ai présenté devrait l’être par Hélène Harley, absente ce jour-là. A l’époque le travail était bien stratifié. Il y avait des rédacteurs, des dactylos, des « speakers » et des speakerines, de belles voix pour présenter le journal. Et Mme Sy me dit « toi, viens ici, tu vas présenter le journal ». Je tremblais et suais de tous pores à cause du trac.
Je suis allé au robinet pour faire mes ablutions et j'ai récité tous les versets que j'avais en tête. Finalement la présentation s'est bien déroulée.
Depuis ce jour j'ai intégré la grande équipe du journal parlé, aux côtés de Bachir Kounta, Hélène Harley, parfois Marianne Sy.
Quelque temps après, le directeur général de la RTS, Alioune Fall de passage à Saint-Louis tombe sur un journal que j'avais présenté. Pensant qu'il s'agissait d'un stagiaire sorti de Lille, il demanda à Bachir Kounta le nom du présentateur. Le même soir j’étais en reportage au Cocotier, l'actuelle mosquée« lhsan » d'El Hadj Madior Cissé. Nagra en bandoulière, je trouve mon Dg sur place que j'ai interviewé. Il m'encouragea en ces termes: « tu seras un bon journaliste ». De retour à Dakar, il me signe mon premier cachet de 4.000F CFA, que je donne aussitôt à ma maman.

Donc vous n'avez pas suivi de formation ?

Seulement sur le tas. C'est en 1972, année, d’entrée en vigueur de la première convention collective, qu'on m'a embauché en même temps que Abdoulaye Diaw avec un cachet de 21.000 francs CFA. Six mois après, on nous fait faire des tests à l'Ucad pour que cette convention nous soit appliquée. Aux côtés de grands noms : Ahmeth Tidiane Diop, Djibril Bâ, Ibrahima Dème, j'ai réussi et l'on m'a affecté chez feu Allé Ndao, le chef de la station régionale. Avec Laye Diaw, on nous octroie chacun un cachet de 16.000 francs que je remets à mon père malade. Abdoulaye Diaw fut affecté à Kaolack et moi je suis resté à Saint-Louis. J'ai gravi tous les échelons avant ma retraite : Rédacteur en chef, Directeur des programmes, adjoint chef de station et Directeur de la radio. Après 37 ans, j'ai pris ma retraite le 2 septembre 1996 et créé la radio Fréquence Téranga le 27 septembre de la même année. À 3 heures du matin, la sourate « Alif Lâm Mime » devient le premier son émis par ma radio.


Pour étayer votre amitié avec le président Diouf on raconte d'ailleurs votre reportage lors d’une de ses visites, ou vous aviez même versé des larmes ?

Je vous remercie beaucoup de m'avoir posé cette question parce que des confrères vont très vite en besogne alors qu’ils doivent vérifier leurs informations. Je n’ai jamais dit que j’ai pleuré pour Abdou Diouf.
Je vais vous dire pourquoi j'ai pleuré. Lors de cette visite, dans le cadre de sa tournée nationale, deux tendances rivales s'opposaient : celles de Momar Sourang et d'Abdoulaye Chimère Diaw, tous deux du Ps. J'avais remarqué que partout où le président passait, les populations s'étaient mobilisées de manière extraordinaire. Saint-Louis étant la ville de la Téranga par excellence, j'avais peur que les partisans des deux camps fassent acte d'incivisme devant le président de tous les Sénégalais. Dieu merci, ce que je craignais n'a pas eu lieu et je n'ai pu m'empêcher de verser des larmes de soulagement. Mes concitoyens m'avaient honoré de par leur attitude civique. C'est là qu'El Hadj Mansour Mbaye a dit dans le micro que « Golbert pleure, le président arrive ». Et il y a eu amalgame. J'ai de bonnes relations avec Abdou Diouf, hier plus qu'aujourd'hui et moins que demain. Nous avons fait l'école Brière de L'Isle, le daara de Serigne Ousseynou Sarr ensemble. Il habitait chez Toutane Basse, à la rue André Lebon et moi à la rue de France, à moins de 100 mètres. C'est mon ami bien qu'il soit plus âgé de 4 ou 5 ans. Nous allions au stade Abdoulaye Diagne et pêchions derrière la prison ensemble. Il m'a aidé. D'ailleurs un de mes fils porte son nom.

Avez-vous des rapports similaires avec le président Abdoulaye Wade que vous êtes allé soutenir à Paris lors de sa réception du Prix Houphouët-Boigny pour la paix ?

Il est le président de tous les Sénégalais, le protecteur des Arts et des Lettres. Pour le Prix Houphouët-Boigny, un matin, j'ai reçu un coup de fil du ministre de la Culture me demandant de lui envoyer mon passeport. J'étais sélectionné parmi les nombreux artistes que compte ce pays. Ce fut un honneur pour moi et pour ma ville, Saint-Louis. Quand j'ai eu un accident de la circulation, c'est lui qui a pris en charge mon hospitalisation. Et matin et soir, il envoyait son médecin s'enquérir de mes nouvelles. Je connais ce qu'est la Téranga, je l'en remercie infiniment.


El Hadji Alioune Badara Diagne Golbert, Le Doomou Ndar du Mois
Vous évoquez souvent Saint-Louis dans vos propos, que représente pour vous cette ville ?

Saint-Louis représente toute ma vie. Je suis Saint-Louisien avant d'être Sénégalais. Quand je le dis, les gens se marrent. Je tiens à ma « Saint-louisienneté » plus qu'à ma « Sénégalité ». C'est très normal. J'y suis né et j'y ai grandi. Tout ce que j'ai eu, après Dieu et la bénédiction de mes parents, je le dois à cette ville. Elle m'a tout donné et je pense que je n'ai pas encore fait grand chose en retour. Si j'étais aujourd'hui ministre des Finances ou président du pays, je consacrerais plus de 50% du budget national à cette ville. Et je ferais d'elle la plus belle d'Afrique.


Saint-Louis manque quand même d'infrastructures industrielles capables de fixer ces jeunes qui risquent leur vie en voulant gagner l'Europe.

C'est vrai qu'il manque des industries. Certains pays ont le pétrole ou des gisements de minerais, ce n'est pas le cas du Sénégal. Et les gens ont besoin de manger, d’avoir un toit et d'aider leurs parents. Saint-Louis est une ville où la pêche rapporte annuellement 10 milliards de francs Cfa. On ne peut pas ne pas s'indigner du manque d'usines de transformation ou de conservation des produits halieutiques. Cette situation fait très mal, car les braves pêcheurs qui ramènent ces énormes prises ne vivent pas décemment de leurs activités. Ce sont d'autres mareyeurs qui viennent acheter ces produits à vil prix parce que les pêcheurs de Guet Ndar sont obligés de brader.
Il faut que l’Etat se décide à y mettre des unités industrielles pour éviter la paupérisation des pêcheurs Saint-louisiens.
En plus nous sommes dans la région fille du fleuve et de la mer avec 740.000 terres irrigables. Je pense que l'autosuffisance alimentaire ne peut être atteinte que par cette ville. Donc il urge pour les autorités de trouver des solutions pour permettre aux jeune l’accès à la terre, d'avoir des financement substantiels pour cultiver et pêcher et pour vivre de leur métier, à l'image du chef de l'Etat, du Pm. Ils ne sont pas plus nobles que ces gens-là.


Une autre émission, Ndar Ragne (Saint-Louis dans la clarté, en wolof), que vous animez vous-même et qui a la plus grande audience sur la bande FM de Saint-louis est parfois décriée du fait de la confusion des genres entre Golbert le journaliste, l'artiste, etc. ...

Ceux qui décrient cette émission ne sont pas des Saint-Louisiens. Si Saint-Louis fait 450.000 âmes, les 2/3 sont branchés à leur poste de radio. Même les autorités pour atteindre leur cible dans leurs différentes entreprises passent par « Ndar Ragne ». Cette émission ne m'appartient plus. Si aujourd'hui, je décide de l'enlever du programme de la radio, je peux jurer la main sur le Coran que les Saint-Louisiens descendront dans la rue pour me demander des explications.

Cette popularité auprès des Saint-Louisiens peut-elle un jour vous amener à solliciter leurs suffrages pour la mairie ?

Non, ma place n'est pas là-bas. Les postes politiques ne m'intéressent pas.

Les téléspectateurs attendent depuis un certain temps de voir une nouvelle production théâtrale de votre troupe...

Actuellement, un de nos membres, Daouda Guissé est souffrant. Nous attendons qu'il se rétablisse pour tourner une nouvelle pièce avec la Rts. Je demande aux téléspectateurs de ne pas trop s'impatienter. Car « Natacha » - le titre du téléfilm arrive bientôt. Et là, ils oublieront tout ce temps passé
ndar.mp3 Ndar.mp3  (4.33 Mo)