Panafricanisme : Cheikh Tidiane GADIO appelle à l'unité des 54 États pour peser sur l'échiquier mondial

Dimanche 26 Avril 2026 13:34

L’Amphithéâtre de rentrée académique de l’UFR de Sciences Juridiques et Politiques (SJP) de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis a servi de cadre, hier samedi, à une réflexion profonde sur le destin du continent noir. Invité à prononcer la leçon inaugurale, le Dr Cheikh Tidiane GADIO, ancien ministre des Affaires étrangères et panafricaniste convaincu, a captivé l’auditoire sur le thème : « Le leadership africain face aux défis de la gouvernance, de la sécurité et de la reconfiguration de la géopolitique mondiale ». Devant un parterre d’universitaires, d’étudiants et d’autorités, le Dr Gadio a livré un diagnostic sans complaisance d'une Afrique riche de son sol, mais appauvrie par ses divisions.
 
Le leadership africain : un héritage saboté  

D’emblée, l'invité de l'UGB a tenu à définir le leadership africain en rappelant les obstacles structurels posés dès les indépendances. Selon lui, le continent a subi une double peine : l'élimination systématique de ses meilleurs leaders et une série de coups d'État orchestrés pour empêcher l'émergence d'une souveraineté réelle. « Ils n’ont jamais digéré la possibilité pour l’Afrique d’être libre et souveraine », a-t-il martelé, dénonçant une volonté délibérée de favoriser la « balkanisation » du continent pour mieux entraver son unité.
 
Le paradoxe d'un « don de Dieu » pillé mais inépuisable  

Dans un élan de ferveur, le Dr Gadio a décrit l'Afrique comme un « don de Dieu », soulignant l'immensité de ses ressources (diamant, or, cobalt, coltane). Malgré trois ou quatre siècles de pillage systématique, le continent demeure potentiellement le plus riche du monde. Pourtant, ce potentiel est annihilé par une crise de gouvernance persistante. Des pays jadis stables, dont le Sénégal et ceux de l'Espace AES (Alliance des États du Sahel), traversent aujourd'hui des zones de turbulences et des tiraillements internes qui freinent leur trajectoire historique.
 
Sécurité et géopolitique : l'absence criante de l'Afrique  

Sur le volet sécuritaire, le constat est alarmant. Le Président de l'Institut Panafricain de Stratégie (Paix - Sécurité - Gouvernance) a fustigé l'inconscience des dirigeants face à l'ampleur du danger. Alors que l'Afrique de l'Ouest compte des centaines de millions d'habitants, les forces régionales mobilisées ne dépassent guère les 5 000 hommes. Il a déploré la banalisation de la vie africaine, citant l'indifférence mondiale face aux 40 000 morts au Nigeria, contrastant avec l'émoi international pour la perte de quelques soldats occidentaux.
 

Enfin, concernant la reconfiguration de la géopolitique mondiale, le conférencier a regretté que l'Afrique se soit « arrangée pour être absente du débat ». Privée de siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU, l'Afrique s'auto-sabote par des querelles intestines au moment d'occuper des postes clés. Pour le Dr Gadio, l'intérêt supérieur du continent doit désormais prévaloir sur les critiques subjectives si l'Afrique veut enfin s'asseoir à la table des grands.
 


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