Ce dimanche 21 juin 2026, la Commune de Saint-Louis, sous la présidence de son Maire, Monsieur Mansour FAYE, a procédé à la cérémonie officielle de dénomination de plusieurs rues et édifices publics de la ville. Si l’initiative en soi est noble, salutaire et hautement nécessaire pour réancrer notre espace urbain dans son histoire légitime, elle laisse paradoxalement un goût d'inachevé et une profonde amertume. Une absence de taille choque les mémoires : celle de Diabou Seck « La Saint-Louisienne ».
Honorer ceux qui ont façonné l'histoire commune de Saint-Louis et du Sénégal est un acte de salubrité mémorielle. Chaque figure choisie pour figurer sur les plaques de la vieille cité mérite assurément cet hommage au vu de son parcours, de son engagement et du rôle essentiel qu'elle a joué. Cependant, le patrimoine d’une ville ne se décline pas uniquement au masculin, ni exclusivement sous le prisme de l'administration ou de la politique pure. Il bat d'abord et avant tout au rythme de sa culture, de son âme artistique et de ses figures populaires. À ce titre, exclure Diabou Seck de cette liste est une omission aussi déplorable qu'inadmissible.
Diabou Seck n'était pas simplement une chanteuse ; elle incarne à elle seule la marque de fabrique de la musique saint-louisienne, d'où son surnom affectueux et indélébile de « La Saint-Louisienne ». Figure emblématique des arts et des cultures au Sénégal, bien au-delà des frontières du fleuve, elle fut une pionnière absolue : la toute première femme artiste sénégalaise à enregistrer un disque 78 tours (souvent désigné 60 tours). Grande cantatrice à la voix d'or et à la présence magnétique, elle a partagé les scènes nationales et internationales avec les plus grandes voix du pays, portant haut le flambeau de l'élégance et de la tradition de Ndar.
C'est grâce à l'immense talent de Diabou Seck que la grande tradition du Fanal de Saint-Louis a vécu ses lettres d'or, captivant les imaginations et pérennisant un patrimoine immatériel unique. Son aura était telle que lors de la visite historique au Sénégal du Président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, sur invitation du Président Léopold Sédar Senghor, c'est à elle que revint la lourde et prestigieuse tâche d'assurer l'animation et de magnifier l'accueil de l'hôte illustre. Ses mélodies, riches et intemporelles, résonnent encore aujourd'hui dans l’inconscient collectif sénégalais, au point d'être reprises en chœur lors des plus grandes affiches de la lutte traditionnelle contemporaine.
Comment raconter l'histoire de Saint-Louis, comment chanter sa nostalgie et son élégance, si l'on efface des plaques de ses rues le nom de celle qui en fut l'ambassadrice la plus mélodieuse ? Renouer avec notre histoire ne peut se faire en occultant nos héroïnes culturelles.
Réduire Diabou Seck à une simple voix serait une autre erreur historiographique. Elle fut une femme de conviction, profondément engagée dans la vie de sa cité. Aux côtés de monuments politiques tels que le Président Lamine Guèye, Abdoulaye Mar Diop ou encore Maître Babacar Seye, Diabou Seck s'est positionnée aux avant-postes des grands combats citoyens pour défendre avec ferveur les intérêts exclusifs de Saint-Louis. Son influence s'étendait également au domaine sportif, où elle s'illustra comme la plus grande supportrice et l'égérie de l'équipe de football fanion de la ville, l'Espoir de Saint-Louis.
Une telle trajectoire, mêlant si intimement l'art, l'engagement politique, la ferveur citoyenne et le rayonnement international, faisait de Diabou Seck une candidate naturelle et incontournable pour cette campagne de rebaptisation. Son omission crée un vide incompréhensible dans la géographie mémorielle de la commune.
Une erreur administrative ou un oubli politique ne saurait effacer l’empreinte indélébile que « La Saint-Louisienne » a laissée dans le cœur des Saint-Louisiens et du peuple sénégalais. Si l'objectif affiché par la municipalité à travers la charte de cette cérémonie est d'honorer « ensemble notre histoire » et de « construire l'avenir de Saint-Louis », cela ne pourra se faire durablement en occultant la mémoire de ses dignes filles.
Il est aujourd'hui impératif que le Conseil municipal et Monsieur le Maire rectifient au plus vite cette faute mémorielle. Attribuer une rue ou un édifice public majeur à Diabou Seck La Saint-Louisienne n'est pas une faveur que l'on accorde, mais une dette de reconnaissance et de justice que la ville de Saint-Louis se doit d'honorer envers l'une de ses plus grandes légendes.
Rendons à Ndar son âme, rendons à Diabou Seck sa place dans l'éternité de nos rues.
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Papa Magatte NDIAYE dit Petit Ndiaye
Citoyen de Saint-Louis
Petit fils de Diabou Seck La Saint-Louisienne

