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Le mandat de Macky Sall a mis l’économie sénégalaise à genoux, un second l’achèverait

Jeudi 15 Novembre 2018

Le Président Macky Sall est arrivé au pouvoir dans une situation presque idéale pour remettre l’économie et la société sénégalaises sur les rails.





Sur le plan institutionnel et politique, les ténors et stratèges de l’Alliance pour la République avaient eu une lecture juste des demandes du peuple après plus d’une décennie d’une gestion de l’Etat sous le Président Abdoulaye Wade qui avait fortement affaibli nos institutions. Il s’agissait d’établir comme principes de gouvernance « une gestion sobre et vertueuse », de garantir « la reddition des comptes », de mettre « la patrie avant le parti » et de « dekkal ngor » dans la vie politique et la gestion des affaires publiques. La société sénégalaise était prête à contribuer et faire les sacrifices nécessaires pour appliquer ces principes ainsi que les recommandations majeures consensuelles des Assises Nationales et de la Commission Nationale de Réforme des Institutions. Ces réformes étaient primordiales pour renforcer la démocratie et les institutions du pays mais également pour le bon fonctionnement de notre économie et de notre société.


Sur le plan économique, le prix du pétrole – facteur qui influe de manière prépondérante sur notre croissance, notre balance commerciale et notre performance économique – est resté bas durant le mandat de Macky Sall : le prix moyen du pétrole (le Brent) était de 82 Dollars US durant le dernier mandat du Président Abdoulaye Wade, entre 2012 et 2018 il n’a été que de 75 Dollars US, et seulement de 62 Dollars US entre 2015 et 2018. En outre, la dette publique en 2011 s’élevait à 2 760 milliards de F CFA, c’est-à-dire 41% du Produit Intérieur Brut (PIB) d’après les chiffres officiels du Fonds Monétaire International (FMI), ce qui laissait une marge de manœuvre budgétaire considérable au régime de Macky Sall pour répondre aux attentes fortes des population en termes de relance de l’agriculture et de l’appareil productif, d’emplois et d’amélioration des conditions de vie et du pouvoir d’achat des Sénégalais.


Finalement, Macky Sall a bénéficié d’un mandat d’une durée exceptionnelle de 7 ans, amplement suffisant pour enclencher les réformes nécessaires et obtenir des résultats probants. Peu de Présidents ont eu, dans l’histoire du Sénégal et dans le monde, un mandat aussi généreux pour prouver au peuple qu’il a eu raison de lui faire confiance.
Bientôt sept ans après, tous les indicateurs économiques et sociaux sont au rouge. Nous présentons ci-après, les chiffres et faits vérifiables qui démontrent la situation économique et sociale déplorable du Sénégal et les causes profondes de l’échec économique du Président Macky Sall durant son mandat.

Le niveau de vie des Sénégalais ne s’est pas amélioré ; pis la majorité de la population a vu ses conditions de vie se dégrader.


En particulier, le revenu moyen des Sénégalais a cru de manière très faible : depuis 2012, le PIB par habitant a augmenté en moyenne de 2.5 pourcent par an (2 pourcent pour le revenu par habitant), c’est-à-dire exactement le niveau officiel de l’inflation, alors que la Cote d’Ivoire a augmenté son PIB et revenu par habitant de 6 pourcent par an durant la même période.


D’après le rapport de l’OCDE sur la première phase du Plan Sénégal Emergent, près de 4 Sénégalais sur 10 vivent avec moins de 2 Dollars en parité de pouvoir d’achat par jour (c’est-à-dire moins de 700 F CFA par jour) et près de la moitié de nos concitoyens sont dans une situation de pauvreté et d’indigence sévère soit entre 6 et 7 millions de pauvres.
Cette situation est encore plus dramatique et préoccupante dans les zones rurales ou près de 6 Sénégalais sur 10 sont pauvres. Dans certaines régions telles que Kédougou ou Kolda, plus de 70 pourcent de la population vit dans la pauvreté. Selon l’OCDE, près de 13 pourcent (2 millions de personnes) font face à une situation permanente d’insécurité alimentaire. D’après le Programme Alimentaire Mondiale, plus de 245,000 personnes sont dans une situation d’insécurité alimentaire sévère dans le Nord du pays, c’est-à-dire la même zone où devait « émerger l’autosuffisance en riz en 2017 ». Ces populations vivent grâce à l’aide alimentaire d’organismes humanitaires ou de pays occidentaux comme les Etats-Unis à travers son agence USAID. C’est dans cette zone d’ailleurs où le Président Macky Sall a tenté d’accaparer 10,000ha pour les intérêts d’investisseurs étrangers. Heureusement pour nous, les populations ont dit « non, nous méritons mieux ».


Au-delà de cette pauvreté monétaire, les conditions de vie des Sénégalais sont très difficiles. Le chômage et le sous-emploi sont élevés, et la plupart des Sénégalais travaillent dans l’informel. Sur 3 sénégalais en âge de travailler, un seul a un emploi ; moins de 10 000 emplois sont créés par an alors que 100,000 citoyens actifs entrent chaque année sur le marché du travail – la majorité des jeunes, et 80 pourcent des emplois sont dans l’informel d’après l’OCDE. Le dysfonctionnement de l’agriculture et de l’économie rurale, la faiblesse de la création d’emplois, l’état désastreux des services publics dans les régions de l’intérieur sont à l’origine de l’augmentation exponentielle de l’informel.
L’échec de la politique économique du Président Macky Sall s’explique par trois considérations qui ont guidé son action : un esprit électoraliste obsessif, un affairisme glouton et un complexe profond à l’égard de l’étranger doublé d’un dédain des compétences du secteur privé national.

Dès le début de son mandat, le Président Macky Sall a montré qu’il était obnubilé par une réélection pour un second mandat. Cette obsession, doublée d’un affairisme glouton dans la gestion des affaires publiques, a amené le Président Sall à promouvoir une utilisation excessive des marchés de gré-à-gré donc sans appel d’offres (ou si vous préférez de manière plus édulcorée « par entente directe ») dans l’exécution des investissements publics, et à abandonner la nécessaire gestion saine et rigoureuse des entreprises et des finances publiques, sans sourciller.


L’argument principal pour l’utilisation abusive des marchés de gré-à-gré chez le Président Sall en quête d’une réélection est celui de la célérité afin de pouvoir « montrer des infrastructures visibles et un bilan ». Mais nous démontrons ci-après, données et faits vérifiables à l’appui, que la célérité n’a pas été au rendez-vous et qu’il s’agissait plutôt d’un affairisme glouton et d’une gestion sombre et non vertueuse des deniers publics. Les vraies priorités du pays ont été délaissées en faveur d’investissements et de programmes tape-à-l’œil, non productifs. Nous rappelons ici quelques exemples, mais il en existe tant d’autres :


● La réfection du building administratif et le pôle ministériel de Diamniadio : la réfection du building administratif a été lancée en 2013 sur la base d’un contrat nébuleux avec un prestataire sans compétence et expérience avérées et dont les montants n’ont toujours pas été clairement communiqués par le gouvernement. Des experts et lanceurs d’alerte ont estimé le coût du projet à 39 milliards de F CFA contre un montant initial de 17 milliards de F CFA. Cinq ans plus tard le building n’a toujours pas été livré. Durant toute cette période, les départements ministériels ont dû payer des loyers, l’équivalent de 4 milliards de F CFA, qui viennent s’ajouter au cout réel de ce projet. Comble d’incohérence, le Président Macky Sall décida de lancer simultanément la construction d’un pôle ministériel à Diamniadio que les fonctionnaires rechignent à rejoindre au vu des surcoûts liés au transport à leur domicile et la qualité du transport, et des problématiques d’accès à des écoles pour leurs enfants, entre autres.


● Le centre de conférences Abdou Diouf : sa construction a été décrétée par le Président Macky Sall pour abriter le sommet de la Francophonie. Le contrat a été octroyé en gré- à-gré à une entreprise turque ; il n’y a pas eu d’étude de faisabilité ni de cahier des charges préalables. Le centre a coûté 35 milliards de F CFA auxquels il faut ajouter les coûts liés à l’aménagement du site et sa connexion à l’autoroute à péage. Le coût total de ce projet tourne autour de 50 milliards de F CFA. C’est l’exemple probant d’un projet non productif, non rentable sachant que le centre n’a ramené, à ce jour, que de très maigres recettes. Pourtant, les prêts qui ont servi à le construire devront être remboursés et les ressources qui y ont été allouées auraient pu servir à résoudre des questions plus pressantes dans l’eau et l’assainissement, la santé, l’éducation, et l’agriculture.


● Le PRODAC (Programme des Domaines Agricoles Communautaires) et les « tracteurs et motopompes inadaptés » : le PRODAC n’a fait l’objet d’aucune étude préalable ; or, un contrat de gré-à-gré a été signé avec une entreprise israélienne dans un empressement total. Un rapport de l’inspection générale des finances a mis à nu de nombreuses fautes graves dans la gestion de ce programme : détournements de fonds et d’objectifs, surfacturation, concussion et clientélisme. Toujours dans l’agriculture, le gouvernement a pompeusement réceptionné il y a quelques mois des tracteurs d’un montant total de 32 milliards de F CFA dont le coût unitaire déclaré dépasse largement les coûts unitaires vérifiables dans le pays d’achat, en l’occurrence l’Inde. Le gouvernement du Président Macky Sall a fait appel au même prestataire d’importation de matériels agricoles tant connu dans ses relations affairistes avec le gouvernement d’Abdoulaye Wade, alors même que Macky Sall était premier ministre.


● Le projet de rénovation des aéroports de l’intérieur du pays : Voici un autre projet brandi par le Président Macky Sall en faveur d’une entreprise tchèque qui n’a fait l’objet d’aucune évaluation d’opportunité, d’étude de faisabilité ou d’un aucun cahier des charges. Sa rentabilité économique et financière est on ne peut plus douteuse. Au vu des recettes faibles que dégagent les aéroports, en dehors de celui de Dakar, le sort de la plupart de ces infrastructures rénovées sera un manque criant de maintenance et la décrépitude. Cela rappelle l’aéroport de Gbadolité de Mobutu qui a contribué au crash économique du Zaïre, tout comme les éléphants blancs et Titanic du Président Macky Sall risquent de faire couler l’économie de notre pays. Pour ceux qui penseraient que la comparaison est inappropriée, souvenez-vous du combat du siècle « Rumble in the Jungle » qui opposaient George Foreman et Muhammad Ali, combat pour lequel Mobutu avait mobilisé des moyens énormes pour des infrastructures de pointe dans un pays où les urgences étaient ailleurs. C’est ainsi que le Président Macky Sall se targue de faire du Sénégal le premier pays africain à organiser les JO de la jeunesse avec des infrastructures sportives de dernière génération, pendant qu’une partie de la jeunesse est exclue des instituts privés d’enseignement supérieur à cause des dettes que l’Etat leur doit, qu’une autre jeunesse est tuée pour avoir réclamé des bourses en retard, que des centaines de milliers d’enfants étudient dans des milliers d’abris provisoires, que des concitoyens sont évacués dans des charrettes et hospitalisés sous des manguiers, que la famine guette le nord du pays et que le pays n’arrive pas à boire de l’eau potable à satiété.

● La Poste et la Caisse de Sécurité Sociale : La poste est utilisée par son équipe dirigeante actuelle comme un instrument de politique politicienne, au seul but de réélire le Président Sall, notamment à travers un recrutement massif et clientéliste que l’entreprise ne peut ni justifier, ni absorber opérationnellement et financièrement. Entre 2012 et 2018, les dirigeants de La Poste ont recruté près de 1 000 nouveaux employés pour une entreprise publique qui comptait autour de 2 000 travailleurs lorsque Macky Sall était élu, soit une augmentation de 40% en 7 ans (ceci n’inclut pas les filiales de La Poste).

Aujourd’hui, la masse salariale de La Poste s’élève à 1.5 fois son chiffre d’affaire, aucune entreprise n’est viable avec un tel ratio masse salariale-chiffre d’affaires…autre hérésie économique “moboutuesque” du Président Sall. De ce fait, la Poste dont le déficit a atteint 60 milliards de F CFA, selon le FMI, vit sous perfusion du Trésor public pour payer ses salaires et ses prestataires de service, c’est-à-dire en utilisant les taxes payées par les citoyens et les entreprises, ainsi que la dette contractée au nom du peuple. Nos caisses de retraite sont également dans une situation financière déficitaire à cause de problèmes de gouvernance profonds (déficit de 14 milliards de F CFA selon le FMI). Malgré cela, l’équipe dirigeante a décidé, avec l’aval du gouvernement, d’augmenter les pensions de quelques dizaines de milliers de retraités dont une poignée fut ensuite filmée, vidéo amplement diffusée sur les médias d’Etat, pour profusément remercier le Président en quête d’un second mandat.
 
Le Président Macky Sall achèvera son mandat en ayant explosé la dette publique à un niveau sans précédent – au prétexte d’une pléthore d’investissements neufs, mais non productifs ou urgents – et une situation budgétaire extrêmement tendue dont les effets néfastes se font déjà sentir.


En sept ans, le Président Macky Sall aura plus que doublé la dette publique du Sénégal ; celle-ci dépassera les 6 300 milliards de F CFA à la fin de l’année 2018 alors qu’elle n’a augmenté que de 11% entre 2000 et 2011 d’après les chiffres officiels du FMI. Le service de la dette a accaparé près de la moitié des recettes fiscales en 2018 d’après le FMI ; une situation tellement critique que l’Etat doit s’endetter pour payer ses dettes et honorer ses autres dépenses.


La situation budgétaire est dès lors très tendue ce qui se manifeste par des retards de paiement et des dettes de l’Etat vis-à-vis des opérateurs économiques dans tous les secteurs économiques et sociaux. C’est le cas de l’éducation où la dette envers les universités privées a entrainé l’expulsion de milliers d’étudiants orientés par l’Etat auprès de ces mêmes institutions et dont la rentrée universitaire est aujourd’hui en péril. Récemment, les retards de paiement aux prestataires de service ont mené à la fermeture de plusieurs restaurants universitaires. C’est le cas également de la santé où la fausse politique de gratuité des soins promus par le Président Macky Sall a mené à une accumulation insoutenable des dettes de la Couverture Médicale Universelle envers des hôpitaux et cliniques, ce qui mine la qualité des services de santé et la pérennité de tout notre système sanitaire.

Il s’agit là d’une dette implicite qui retombera tôt ou tard dans le Budget de l’Etat. C’est aussi le cas du secteur énergétique où l’Etat et ses démembrements doivent plus de 100 milliards de F CFA à la SENELEC, et plus de 250 milliards de F CFA aux entreprises du secteur de l’énergie, ce qui met à risque la sécurité et la qualité de la fourniture d’électricité et de carburant dont ont tant besoin nos entreprises et nos ménages. C’est ainsi que l’Etat assèche et étouffe notre secteur privé, y compris dans le cadre de plusieurs programmes de développement agricole et communautaire tels que le PUDC (Programme d’Urgence de Développement Communautaire) qui doit plus de 26 milliards de F CFA à des entreprises. En outre, le climat social dans les secteurs économiques et sociaux clés est délétère. Tout ceci risque de déstabiliser davantage notre tissu d’entreprises nationales qui est très fragile et dont la pérennisation et la densification est un objectif économique stratégique afin que notre pays produise plus et mieux par lui-même.


Pour le candidat Macky Sall, l’équation économique est cyniquement simple et elle ne doit avoir, à tout prix, qu’une seule solution : sa réélection aux élections présidentielles de 2019 et pour cela tous les dégâts économiques ne sont que des dommages collatéraux. Le candidat Macky Sall laissera donc un pays à sec à l’image du véhicule présidentiel qui tomba en panne d’essence à Touba après que sa sollicitation d’un ndiguël pour un second mandat fut rejetée avec diplomatie. Cette panne ne serait-elle d’ailleurs pas le signe d’une prière non exaucée et d’une allégeance d’intérêt (« les actions n’ont de valeur que par la pureté de leurs intentions » nous enseigne la tradition Prophétique) ? Comment un candidat qui n’est pas en mesure de planifier et suivre la consommation d’un véhicule pourrait-il anticiper les solutions pour améliorer les conditions de vie de tout un peuple ?


Le Sénégal a plutôt besoin d’une équipe dirigeante vertueuse, patriote, soucieuse des intérêts du pays et armée d’une politique efficace à même de relever les grands défis économiques de notre pays. Lors de la dissémination de notre programme pour les élections présidentielles de 2019, nous exposerons des propositions concrètes, identifiées en consultation avec les sénégalais et la société civile, en mesure de relever les défis majeurs du Sénégal et construire un avenir meilleur à nos enfants et aux générations futures.