Deux matches, deux défaites, six buts encaissés et une impression persistante : le Sénégal s'est davantage battu contre ses propres choix que contre ses adversaires. Après la France, les faiblesses étaient pourtant évidentes. Une défense lente, des cadres à court de rythme, un milieu en manque d'intensité et une animation offensive peu cohérente. Tout le monde l'avait vu. Tout le monde, sauf peut-être Pape Bouna Thiaw.
Le sélectionneur des Lions semble être tombé dans le piège du « complexe des cadres ». Par reconnaissance, par prudence ou par crainte de bousculer une hiérarchie établie, il a préféré s'appuyer sur des joueurs qui ont énormément apporté au football sénégalais, mais qui, pour certains, n'offraient plus toutes les garanties physiques et athlétiques nécessaires pour disputer une Coupe du monde. Le problème n'est pas ce qu'ils ont représenté pour le Sénégal. Le problème est de croire que le passé peut encore gagner des matches.
Une Coupe du monde ne récompense ni les états de service ni les souvenirs. Elle ne fait aucune place aux sentiments. Elle exige de la fraîcheur, du rythme, de l'intensité et une concurrence permanente. Or, plusieurs cadres des Lions arrivaient au Mondial après des saisons difficiles, marquées par des blessures, des passages sur le banc ou des temps de jeu réduits dans leurs clubs respectifs. Dans ces conditions, continuer à leur accorder un statut d'intouchables était un risque.
Et ce risque, le Sénégal est en train de le payer cash.
Le cas de Kalidou Koulibaly est symptomatique. Victime d'une blessure en fin de saison, le capitaine des Lions était même annoncé incertain pour la Coupe du monde. Sa présence dans le groupe ne souffrait d'aucune contestation tant son leadership et son expérience sont précieux. Mais fallait-il en faire un titulaire indiscutable alors que Mamadou Sarr et Abdoulaye Seck, plus frais et plus compétitifs, attendaient leur heure sur le banc ? Là réside toute la responsabilité du sélectionneur. Un entraîneur ne doit pas être l'otage des statuts. Il doit être au service de la performance.
Le problème ne concerne d'ailleurs pas uniquement la défense. L'entrejeu a manqué d'intensité et de créativité. L'attaque a souffert d'un manque de cohérence dans son animation. Et là encore, certains choix interrogent.
La mise à l'écart de Bara Sapoko Ndiaye reste difficile à comprendre. Le jeune milieu représente justement cette génération sans complexe qui n'a rien à perdre et tout à prouver. Pourquoi l'avoir emmené au Mondial si ce n'est pour lui faire confiance lorsque l'équipe manque de fraîcheur ? Même interrogation concernant Iliman Ndiaye, sans doute l'un des joueurs les plus créatifs du groupe, capable d'éliminer, de créer des décalages et d'apporter ce supplément d'imagination qui a tant manqué aux Lions.
Le plus paradoxal est que le match contre la Norvège a démontré que le Sénégal avait probablement laissé une partie de sa meilleure équipe sur le banc. Les entrants ont apporté plus de rythme, plus d'agressivité, plus de spontanéité et plus de danger. Ils ont montré qu'ils avaient leur place, voire qu'ils méritaient davantage. Dans le football moderne, il n'existe pas de place réservée. Chaque maillot doit être mérité.
Le cas Ismaïla Sarr illustre également certaines incohérences tactiques. Critiqué après le match contre la France, l'attaquant a répondu sur le terrain contre la Norvège avec un doublé. Mais plus que ses buts, c'est leur nature qui interpelle. Ses deux réalisations ont été inscrites dans une position axiale, celle qu'il occupe régulièrement en club. Pourquoi alors continuer à le déporter sur un côté alors qu'il s'exprime davantage dans l'axe ? Pourquoi ne pas construire l'animation offensive autour de ses qualités ?
Une attaque avec Ismaïla Sarr en pointe, Iliman Ndiaye et Ibrahim Mbaye sur les côtés, et un Sadio Mané libre derrière l'attaquant, pourrait offrir davantage de mobilité et de créativité. Nicolas Jackson, malgré son potentiel, pourrait devenir une arme redoutable en cours de match. Ce sont des choix forts. Mais c'est précisément ce qu'on attend d'un sélectionneur.
Car au fond, le principal reproche adressé à Pape Bouna Thiaw n'est pas d'avoir perdu. Perdre face à la France ou à la Norvège n'a rien de honteux. Ce qui est inquiétant, c'est cette impression qu'il n'a pas voulu voir ce que tout le monde voyait. Comme si le poids des anciens et la peur de froisser certaines sensibilités avaient pris le dessus sur l'intérêt supérieur de l'équipe.
Les grands sélectionneurs sont ceux qui savent se remettre en question. L'histoire du football ne retient pas ceux qui ont voulu faire plaisir aux cadres. Elle célèbre ceux qui ont eu le courage de choisir.
Face à l'Irak, les Lions joueront leur survie. Mais au-delà du résultat, cette Coupe du monde pose déjà une question fondamentale : le Sénégal est-il victime des erreurs de ses joueurs ou de l'absence de courage dans les choix de son sélectionneur ?
Le football est cruel. Il ne récompense ni les réputations ni les souvenirs. Il récompense les plus forts du moment.
Dans le football moderne, les noms ne jouent pas. Les jambes, oui.
Momar Alice Niang
Journaliste
Le sélectionneur des Lions semble être tombé dans le piège du « complexe des cadres ». Par reconnaissance, par prudence ou par crainte de bousculer une hiérarchie établie, il a préféré s'appuyer sur des joueurs qui ont énormément apporté au football sénégalais, mais qui, pour certains, n'offraient plus toutes les garanties physiques et athlétiques nécessaires pour disputer une Coupe du monde. Le problème n'est pas ce qu'ils ont représenté pour le Sénégal. Le problème est de croire que le passé peut encore gagner des matches.
Une Coupe du monde ne récompense ni les états de service ni les souvenirs. Elle ne fait aucune place aux sentiments. Elle exige de la fraîcheur, du rythme, de l'intensité et une concurrence permanente. Or, plusieurs cadres des Lions arrivaient au Mondial après des saisons difficiles, marquées par des blessures, des passages sur le banc ou des temps de jeu réduits dans leurs clubs respectifs. Dans ces conditions, continuer à leur accorder un statut d'intouchables était un risque.
Et ce risque, le Sénégal est en train de le payer cash.
Le cas de Kalidou Koulibaly est symptomatique. Victime d'une blessure en fin de saison, le capitaine des Lions était même annoncé incertain pour la Coupe du monde. Sa présence dans le groupe ne souffrait d'aucune contestation tant son leadership et son expérience sont précieux. Mais fallait-il en faire un titulaire indiscutable alors que Mamadou Sarr et Abdoulaye Seck, plus frais et plus compétitifs, attendaient leur heure sur le banc ? Là réside toute la responsabilité du sélectionneur. Un entraîneur ne doit pas être l'otage des statuts. Il doit être au service de la performance.
Le problème ne concerne d'ailleurs pas uniquement la défense. L'entrejeu a manqué d'intensité et de créativité. L'attaque a souffert d'un manque de cohérence dans son animation. Et là encore, certains choix interrogent.
La mise à l'écart de Bara Sapoko Ndiaye reste difficile à comprendre. Le jeune milieu représente justement cette génération sans complexe qui n'a rien à perdre et tout à prouver. Pourquoi l'avoir emmené au Mondial si ce n'est pour lui faire confiance lorsque l'équipe manque de fraîcheur ? Même interrogation concernant Iliman Ndiaye, sans doute l'un des joueurs les plus créatifs du groupe, capable d'éliminer, de créer des décalages et d'apporter ce supplément d'imagination qui a tant manqué aux Lions.
Le plus paradoxal est que le match contre la Norvège a démontré que le Sénégal avait probablement laissé une partie de sa meilleure équipe sur le banc. Les entrants ont apporté plus de rythme, plus d'agressivité, plus de spontanéité et plus de danger. Ils ont montré qu'ils avaient leur place, voire qu'ils méritaient davantage. Dans le football moderne, il n'existe pas de place réservée. Chaque maillot doit être mérité.
Le cas Ismaïla Sarr illustre également certaines incohérences tactiques. Critiqué après le match contre la France, l'attaquant a répondu sur le terrain contre la Norvège avec un doublé. Mais plus que ses buts, c'est leur nature qui interpelle. Ses deux réalisations ont été inscrites dans une position axiale, celle qu'il occupe régulièrement en club. Pourquoi alors continuer à le déporter sur un côté alors qu'il s'exprime davantage dans l'axe ? Pourquoi ne pas construire l'animation offensive autour de ses qualités ?
Une attaque avec Ismaïla Sarr en pointe, Iliman Ndiaye et Ibrahim Mbaye sur les côtés, et un Sadio Mané libre derrière l'attaquant, pourrait offrir davantage de mobilité et de créativité. Nicolas Jackson, malgré son potentiel, pourrait devenir une arme redoutable en cours de match. Ce sont des choix forts. Mais c'est précisément ce qu'on attend d'un sélectionneur.
Car au fond, le principal reproche adressé à Pape Bouna Thiaw n'est pas d'avoir perdu. Perdre face à la France ou à la Norvège n'a rien de honteux. Ce qui est inquiétant, c'est cette impression qu'il n'a pas voulu voir ce que tout le monde voyait. Comme si le poids des anciens et la peur de froisser certaines sensibilités avaient pris le dessus sur l'intérêt supérieur de l'équipe.
Les grands sélectionneurs sont ceux qui savent se remettre en question. L'histoire du football ne retient pas ceux qui ont voulu faire plaisir aux cadres. Elle célèbre ceux qui ont eu le courage de choisir.
Face à l'Irak, les Lions joueront leur survie. Mais au-delà du résultat, cette Coupe du monde pose déjà une question fondamentale : le Sénégal est-il victime des erreurs de ses joueurs ou de l'absence de courage dans les choix de son sélectionneur ?
Le football est cruel. Il ne récompense ni les réputations ni les souvenirs. Il récompense les plus forts du moment.
Dans le football moderne, les noms ne jouent pas. Les jambes, oui.
Momar Alice Niang
Journaliste

