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​HYPER-MODERNITE ET TRADITIONS : VERS LA DISPARITION DE NOTRE PATRIMOINE CULTUREL. Par Ngor DIENG

Vendredi 24 Mai 2019

​HYPER-MODERNITE ET TRADITIONS : VERS LA DISPARITION DE NOTRE PATRIMOINE CULTUREL. Par Ngor DIENG
La modernité appartient désormais aux siècles passés (XVIIème, XXème siècles). L’hyper-modernité est le propre du XXIème siècle. Grâce au développement spectaculaire des sciences et techniques, l’humanité tout entière s’est engagée dans une modernité accélérée qui a atteint aujourd’hui sa vitesse de croisière. Notre modernité est devenue, en cette ère de la mondialisation, une hyper-modernité qui n’épargne aucun secteur de la vie de l’homme sur terre : de la religion à la culture en passant par l’économie, la politique, la société, le sport, etc. 


L’homme s’est engagé dans un processus de développement remarquable et irréversible. De nos jours, les distances sont réduites, les frontières géographiques et les insularités culturelles transcendées au profit d’une mondialisation qui vise à uniformiser les visions du monde et les pratiques humaines. Nous vivons, désormais, dans un monde où le virtuel a pris le dessus sur le réel, l’être sur le paraître, le matériel sur le sens de l’humain. Les médias et internet ont remplacé l’arbre à palabre de notre société traditionnelle, avec tout ce qu’il symbolisait. Les réseaux sociaux sont devenus le nouvel espace public au moment où la télévision, l’ordinateur et le téléphone portable se sont substitués aux parents.


Au même moment où l’homme semble avoir une maitrise parfaite de la nature, par le moyen des sciences et techniques, en particulier des TIC (Nouvelles technologies de l’Information et de la Communication), il semble perdre le contrôle sur lui-même. De ce fait, il est entré dans une sorte de spirale de déshumanisation. Nous sommes désormais à l’ère de la déshumanité. Le sens de l’humain a régressé au profit de l’argent, du luxe, de l’extravagance et du sensationnel. 


Cette hyper-modernité a profondément secoué notre structure familiale et notre organisation sociale. Elle a lamentablement atteint notre patrimoine culturel, la culture étant, au sens propre du terme, le plus puissant levier de développement. On assiste ainsi à la dislocation de la cellule familiale, à l’anarchie sociale, à l’hybridité culturelle et identitaire dans une période secouée par une crise d’autorité profonde et un manque de repères cruel. Chacun semble être son propre chef dans un monde qui prône la liberté. Or la liberté sans responsabilité n’est-elle pas libertinage ?
Les distances sont minimisées mais l’homme est éloigné de lui-même et de son prochain.  En réalité, l’homme est devenu étranger à lui-même, à son prochain et à son propre monde. Il a du mal à se retrouver dans un environnement où tout est chamboulé jusqu’aux repères religieux, sociaux et culturels. 


Il importe aussi de remarquer que, de nos jours, la modernité n’est plus l’apanage des villes et/ou centres urbains. Elle s’étend à grand pas dans le monde rural, c’est-à-dire dans les villages les plus reculés, dernier bastion d’un certain conservatisme culturel par l’effet de l’exode rurale et de l’accès à l’électricité des zones les plus reculées du pays.
Ainsi, on peut noter que les problèmes de notre société ne se règlent plus dans la sagesse et la discrétion mais dans les médias et réseaux sociaux où doctes et ignorants se côtoient en ayant le même droit à l’expression de leurs idées. L’Etat a du mal à contrôler, sur tous les plans, ce qui nous vient de l’étranger.

Dans une conjoncture économique rude, les parents ont démissionné, laissant libre court à leurs progénitures. Celle-ci sont laissées à elles-mêmes sans base culturelle solide. Les téléfilms, WhatsApp, Facebook et autres réseaux sociaux ont remplacé les contes nocturnes qui aidaient à aiguiser l’esprit et à structurer la personnalité des jeunes. Les jeux vidéo ont pris la place des jeux réels qui mettaient en exergue la créativité, l’imagination, le courage, l’honneur et la dignité des plus petits. Il n’existe plus de classes d’âge mais des jeunes et des vieux qui partagent un même espace public fait d’insolence et d’indiscipline notoires, sous le regard impuissant d’une société complice de cette situation.


Notre société s’est profondément métamorphosée. Elle s’est trop ouverte sans s’enraciner réellement et profondément. Elle a perdu de sa quintessence culturelle au profit de cultures étrangères qui ne prennent pas forcément en compte nos spécificités culturelles. On peut retrouver, facilement et presque dans tous les foyers sénégalais, des éléments de la culture occidentale, arabe, chinoise, indoue, latino-américaine, et rarement des aspects de nos traditions culturelles mis en relief et/ou valorisées surtout auprès de la jeunesse. $


Nous sommes en face d’une jeunesse qui ne s’abreuve plus aux sources de nos traditions et de nos cultures, mais aux prairies de la culture américaine, française, thaïlandaise, brésilienne… C’est pourquoi, les plus âgés semblent ne plus se reconnaitre dans la face culturelle de notre société actuelle, qui ne reflète plus nos réalités mais qui semble plutôt être un cocktail, c’est-à-dire un mélange socio-culturel et religieux. Tous les écarts sont permis à une jeunesse qui a sauté des étapes importantes et des espaces indiqués de sa socialisation : la famille en dislocation, l’école en crise, la société à la retraite et l’Etat en faillite. 


Les piliers de notre société que sont l’éducation, la discipline, le droit d’ainesse, le travail, la discrétion, la parole donnée, la dignité, l’honneur, le courage sont sapés au profit de pseudo-valeurs et contre-valeurs que sont l’ignorance, la paresse, le gain facile, le vol, le détournement des biens communs, la mauvaise mentalité envers la chose publique, le mensonge, le viol, l’agression, l’assassinat, bref la recherche effrénée du luxe, du matériel et par conséquent du seul plaisir mondain ; et cela, à tout prix.


La sagesse ancestrale, pour ne pas dire traditionnelle, s’est tue laissant le terrain libre à une jeunesse ignorante, prétentieuse et pressée. Le religieux est fortement teinté de mondanités au point de perdre sa splendeur et sa sève spirituelles. Le politique court derrière le pouvoir pour ses propres intérêts au détriment de la satisfaction des besoins réels des citoyens. Tout le monde semble courir, sans mesure ni précaution aucune, derrière la réussite qui ne semble se résumer, à notre époque, qu’à sa dimension matérielle aux yeux des sénégalais.


Aujourd’hui, tout ce que nous conservons et valorisons de notre culture tourne autour du folklore - c’est-à-dire de la musique et de la danse -, des jeux stériles et pas forcément du travail de l’esprit, c’est-à-dire de l’imagination et de la créativité, sources du véritable progrès humain. 


En définitive, nous voulons dire que notre monde en générale et notre société sénégalaise en particulier sont en danger de progrès. Les responsabilités sont partagées. Nous avons tous intérêt à revoir notre copie, à réinventer une nouvelle société où seront réunies, dans une parfaite harmonie, ce qu’il y a de moderne dans nos traditions et ce qu’il y a d’humain dans la modernité.

Ngor DIENG
Psychologue conseiller
ngordieng@gmail.com


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1.Posté par Pr S. Feye le 30/05/2019 14:28
Entièrement d'accord avec vous ! Je vous conseille la lecture des publications des Éditions Beya où vous trouverez, outre "Le Message Retrouvé" de Louis Cattiaux dédié à un petit nombre de Blancs et un grand nombre de Noirs, plusieurs ouvrages intéressant la Sagesse traditionnelle.
Cordialement.

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