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Ce qui n’est pas dit sur la mort de l’étudiant Fallou Séne 14 mai 2018

Mardi 14 Mai 2019

C’était le 15 mai 2018 à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. L’étudiant en licence 2 à l’unité de formation et de recherche (Ufr) des Lettres et Sciences humaines (Lsh), Fallou Sène, est tué par balle. Un an après ce coup fatal inattendu des Sénégalais et de la communauté universitaire, les conditions qui ont rendu ce massacre demeurent encore troubles. Le temps n’a pas encore apaisé les passions. 365 jours sont assez proches pour que les témoins puissent oublier un brin de souvenir. On pensait presque tout connaître sur la mort de l’étudiant. Chaque jour avec une nouvelle révélation : le laxisme du service médical de l’université Gaston Berger. Pour reconstituer les faits, Sud Quotidien tend son micro à l’ancien coordinateur des étudiants de Saint-Louis à l’époque, Alexandre Mpal Sambou. Actuellement étudiant en master 2 à l’UFR Sciences juridiques et politiques, Sambou fait un récit de la journée du 15 mai. Une immersion dans l’horreur d’une journée où le « sentiment de vengeance de la mort de Fallou Sène » avait atteint son paroxysme. Alexandre Sambou pointe du doigt la « note indécente du Recteur qui, selon lui, était l’élément déclencheur. Toujours est-il qu’il garde l(espoir de voir un jour la justice vider ce dossier.

ALEXANDRE MPAL SAMBOU, ÉTUDIANT ACTUELLEMENT EN MASTER 2 A L’UFR SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES : «La note indécente du Recteur était l’élément déclencheur»

Le retard du paiement des bourses était devenu chronique et a occasionné les actes posés par la coordination des étudiants de Saint-Louis. Nous avons alerté à l’époque. Ces actions n’ont pas eu l’effet recherché. Nous avons changé de fusil d’épaule en décrétant des journées sans ticket (Jst). Nous considérions que les Jst nous permettaient d’alléger la souffrance de nos camarades. Les étudiants, sans bourses, n’ont naturellement pas de quoi se restaurer. C’était l’esprit des Jst qui n’a pas été compris par les autorités, notamment le Recteur d’alors, Baydallaye Kane. Il a publié une note dans laquelle il déplorait ce mode d’action, non sans faire savoir qu’il ne pouvait plus tolérer les Jst. Nous, à l’époque, nous avons considéré que c’était une note indécente au regard du contexte d’alors. Le Recteur a persisté et réquisitionné les forces de l’ordre dans le campus social, foulant aux pieds les franchises universitaires. La note du Recteur a été l’élément déclencheur de la tension. Elle a été écrite dans un style menaçant. Les gens étaient inquiets pendant cette période. Le contexte était fragile. Nous étions pour la discussions, alors que le Recteur avait choisi une autre option, celle du forcing. Quand les forces de l’ordre sont venues pour, disent-elles, sécuriser les restaurants, on s’était dit qu’il faut que le Recteur respecte ce mot d’ordre pacifique des Jst. C’est ainsi que des affrontements ont commencé à être enregistrés dans le campus social.

15 mai : Fallou était couché dans une mare de sang au service médical

C’est un moment de surprise, de tristesse et de colère. Nous n’avions jamais imaginé la mort d’un camarade à la suite des affrontements. Nous étions tristes car la décision prise par les autorités rectorales de réquisitionner les forces de l’ordre a pour conséquence la mort de Fallou. Nous étions en colère car nous avons perdu un des nôtres. Après tous les actes posés étaient de la colère. Personnellement, c’est l’une des journées les plus douloureuses que j’ai vécues. Le matin du 15 mai, c’est en prenant le petit déjeuner qu’on m’annonçait la mort de notre camarade car je suis resté pratiquement deux jours sans mettre quelque chose sous la dent. Quand Fallou est tombé, il a été évacué au service médical. Il était couché dans une mare de sang.

«Laxisme du service médical qui refusait de dépêcher l’ambulance»

J’ai envoyé une équipe au service pour s’enquérir de la situation d’étudiants blessés. C’est en ce moment qu’un camarade m’a fait savoir la situation précaire de prise en charge dans laquelle Fallou était. Il faut le dire : Fallou n’a pas été correctement pris en charge. Quand il est tombé, le centre médical a refusé de dépêcher l’ambulance sous prétexte qu’elle allait être détruite par les étudiants. C’est un faux argument. Jamais au plus grand jamais, les étudiants s’en prendront à l’ambulance d’autant plus que c’était pour sauver un des leurs. Il y a eu une négligence, un laxisme dans la prise en charge médicale de l’étudiant, Fallou Sene. Ce qui a aggravé certainement le cas de Fallou. Je ne pouvais pas imaginer en ce moment-là que Fallou allait mourir. L’affrontement avec les forces de l’ordre était récurrent et finalement banal et on n’a jamais imaginé la mort d’un étudiant. On m’a appelé à deux reprises pour m’annoncer la triste nouvelle. Je n’ai pas voulu croire la mort de Fallou. Je ne pouvais pas le croire. Le directeur du centre hospitalier de Saint Louis a dit qu’il a reçu un corps.

La vieille de sa mort

La veille de la mort de Fallou, la nuit du 14 mai, nous étions au tour de l’œuf. C’était le jour même de l’anniversaire de Fallou. On était ensemble en train de raconter des histoires (contes). Ce camarade qui vient de fêter son anniversaire, était en train de nous dire au revoir. C’était la dernière histoire qu’il nous a racontée.

«Un agent du ministère m’a contacté»

Nous avons des autorités qui réagissent. Elles n’agissent pas, alors que nous leur avons fait part de la situation. Personne n’avait voulu répondre à notre appel. Les lettres d’audience étaient restées sans suite. Quand le camarade est tombé, les bourses ont été payées des heures plus tard. Un agent du ministère de l’Enseignement supérieur m’a appelé pour me confirmer de la disponibilité des bourses. Voilà l’état d’esprit de nos dirigeants. Les étudiants ont toujours ce sentiment qu’ils sont délaissés. Le climat de l’Ugb est fragile. L’état du campus est difficile. Le réseau d’assainissement doit être revu. Aucune réaction positive des autorités pour ce problème.

Justice pour Fallou

C’est une question d’impunité. Nous réclamons toujours justice. Le camarade a été tué par un gendarme qui appartient à un corps où il serait difficile de le traduire en justice du fait de leur solidarité. Fallou est un citoyen. Nous sommes dans un Etat de droit. L’auteur doit être jugé lorsqu’il est mis en cause. Qu’on rouvre le dossier et entende tous les acteurs. Je répondrais présent quand on me dira que je dois être entendu.

RETARD DES BOURSES : Le mal persiste

Alors que le retard des bourses a déjà « emporté » trois étudiants, notamment Balla Gaye en 2001, Bassirou Faye en 2014, tous deux de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et Fallou Sène de l’université Gaston Berger de Saint Louis, le paiement tardif continue de donner lieu à des sorties violentes des étudiants. Le blocage de l’avenue Cheikh Anta Diop en ce début de mois en est déjà une parfaite illustration d’un problème qui résiste au temps. De violents affrontements ont été enregistrés les 2 et 3 mai à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar entre forces de l’ordre et étudiants. Ces derniers dénonçaient encore, entre autres, le retard dans le paiement des bourses et le manque de subventions pour les étudiants en Master. La coordination des étudiants de Saint-Louis réclame pour leur part aussi, le paiement sans délais des bourses pour les nouveaux bacheliers et le changement de taux des étudiants en cycle licence. Ce phénomène n’écarte pas les étudiants des écoles et instituts. L’amicale élèves et étudiants du Centre de formation professionnelle et commerciale (Cfpc) de Delafosse avait décrété récemment 72 heures de grève pour réclamer le paiement de 9 mois d’arriérés de bourses. Les instructions fermes sur le délai de paiement qui ne doit pas dépasser le 5 de chaque mois du chef de l’Etat, Macky Sall, devant la coordination nationale des étudiants du Sénégal l’année dernière, n’y pourront rien. Les étudiants subissent toujours le retard les obligeant à décréter des journées sans ticket.

 



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