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ENA ! Des réformes s’imposent; Par Maguèye Ngouma KA

Mardi 21 Septembre 2021

Jean Pierre Chevènement disait que : « l’ENA ce n’est pas une école, c’est un concours ».


Nous avons appris, à travers les médias, que la Cour suprême a rendu une décision portant suspension du concours direct d’entrée au cycle A.
Pourquoi en est-on arrivé à cette situation ?

On peut accéder à l’ENA par deux voies :
-        Soit par concours direct pour les titulaires du bac (cycle B) ou du master (cycle A) ;
-        Soit par concours professionnel après cinq ans de service.

A l’issue du concours direct (cycle B), les fonctionnaires, au-delà de leur période de stage qui dure un an, doivent faire cinq années de service effectif dans l’administration publique pour être éligibles au concours professionnel du cycle A. Après leur admission, ils sont mis à la disposition de leur ministère de tutelle.

A y voir de près, un fonctionnaire de la hiérarchie B peut perdre huit (8) ans avant de passer d’une hiérarchie à une autre : (un (1) an de stage, cinq (5) ans de service, deux (2) ans de formation. Certains fonctionnaires titulaires de master trouvent ce temps assez long pour attendre et préfèrent passer par le concours direct du cycle A.

Aucune disposition législative encore moins réglementaire ne leur interdit de participer à ce concours via leurs diplômes. Ce vide juridico-administratif avait profité à plusieurs fonctionnaires qui aujourd’hui, occupent des postes à responsabilités dans les plus hautes sphères ministérielles.

Il est important de souligner également que le quota réservé aux fonctionnaires de la hiérarchie B est très infime par rapport au nombre de candidats.

A la section Diplomatie, trois (3) postes sont ouverts pour trois cent trente- un (331) candidats
A la section Administration générale, quatre (4) postes pour trois cent soixante-onze (371) candidats.
Ainsi, le fonctionnaire de la hiérarchie B pense forcément qu’il a plus de chance en se présentant au concours direct du cycle A qu’au concours professionnel.
Le prestige de l’école, les aspirations et les changements socio-professionnels que procure la nouvelle situation d’un haut fonctionnaire poussent le candidat à se surpasser pour être parmi l’élite.
 Toutefois, il faut reconnaitre que l’élite est jalouse de ses prérogatives et veut restreindre à tout prix son cercle d’où les quotas minimalistes que l’administration énarque réserve aux candidats à chaque concours.


L’administration gagnerait à recruter davantage de fonctionnaires. Récemment, à travers le nouveau code général des impôts, l’administration a voulu faire appel au patriotisme fiscal parce que selon elle, beaucoup d’industriels et de commerçants ne s’acquittent pas correctement du paiement d’impôts.

Notre chère ministre du commerce a invité les délégués de quartier à assurer le suivi au niveau des boutiques, du respect des prix sur les denrées de première nécessité. Un délégué de quartier ne peut se substituer à un Contrôleur économique.
Combien d’Inspecteurs et de Contrôleurs du Travail sont partis dans le privé pour avoir des moyens conséquents.
Dès lors, il urge de mettre en place des réformes :

1.     Mettre en place un système qui puisse permettre aux fonctionnaires de la hiérarchie B, sur dossier, après dix (10 ans) de service d’accéder au cycle A comme cela se fait dans beaucoup de pays développés notamment en France dans le cadre d’une bonne politique de valorisation des acquis de l’expérience ( VAE).

2.     Créer des écoles spécifiques à chaque corporation pour les formations initiales et pour les formations continues à l’instar du Centre de formation judiciaire et de l’école nationale des  Douanes pour pérenniser la formation des agents de l’administration et être en phase avec les directives de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

3.     Réviser les textes qui régissent l’ENA pour les adapter au système LMD ; avant on y accédait avec la maîtrise (bac+4), art 42 du décret N° 2011-1704 du 6 octobre 2011, on sortait avec un (bac+6) avec le master on y entre avec un (bac+5) et on sort avec un (bac+7) aucune disposition ne prend en compte cet état de fait.
Pour les sortants du cycle B, le bac+2 est en voie d’extinction à cause du système LMD.

4.     Mettre en place une politique égalitaire des corps (ENA-Renouveau de la Fonction publique) afin que chaque agent puisse s’épanouir et avoir un plan de carrière dans son corps d’origine. Actuellement, on assiste à la désertion de la fonction Enseignant au profit de l’Administration générale. La majeure partie des préfets et gouverneurs est issue du corps des enseignants ce qui crée un dysfonctionnent au niveau du système scolaire d’autant plus qu’il y’a un déficit énorme de professeurs pour les séries scientifiques.

5.     Réactualiser, réadapter les curricula de la formation aux nouveaux systèmes managériaux et aux besoins de l’Administration.

6.     Insister sur les stages pratiques afin que le futur fonctionnaire puisse être opérationnel dès sa sortie. Des stages d’une durée de trois (3) à six (6) mois par année avec des indicateurs précis sur les objectifs et modalités du stage définis par l’encadreur.

7.     Réintégrer le cycle B de la section Douane à l’ENA et l’ouvrir aux personnels civils pour ses concours directs et professionnels.
 On est tous d’accord sur le principe qui consiste à reconnaitre que l’Etat, à travers son système de recrutement, dispose de bons profils, bien outillés et capables de mener à bon port son Administration. Ainsi, pour qu’elle puisse redorer son blason, elle doit se départir des méthodes de Colbert qui consistent à faire penser aux stagiaires que les régies financières (Impôts et Domaines, Trésor, Douanes) sont plus valeureuses que les autres sections.

Maguèye Ngouma KA
Contrôleur Principal du Travail et de la Sécurité sociale
Titulaire d’un MBA en Management des Ressources Humaines
 


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