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LE BIEN-VIVRE ENSEMBLE ENTRE LES MUSULMANS ET LES CHRETIENS DU SÉNÉGAL : UN PATRIMOINE SOCIO CULTUREL À PROTEGER, RESULTAT D'UNE VERITABLE INGÉNIERIE SOCIALE DE LA PAIX

Dimanche 31 Mai 2020

LE BIEN-VIVRE ENSEMBLE ENTRE LES MUSULMANS ET LES CHRETIENS DU SÉNÉGAL : UN PATRIMOINE SOCIO CULTUREL À PROTEGER, RESULTAT D'UNE VERITABLE INGÉNIERIE SOCIALE DE LA PAIX
Dans toute société humaine, la configuration des rapports sociaux de masse donne toujours lieu à des équilibres relationnels changeants dans l’espace social qui sont de quatre ordres : la paix, les tensions, les conflits et les guerres. De ce point de vue, les sociétés  différent les unes des autres selon le niveau de récurrence et de durabilité de tel ou tel équilibre relationnel dans l’espace social. De ce fait, elles peuvent être classées et ordonnées selon cet équilibre même.

 Entre la paix qui est l’équilibre relationnel le plus désirable en société, car conférant une stabilité sociale durable, et la guerre qui est l’équilibre relationnel le plus destructeur, car instaurant un antagonisme frontal et meurtrier entre des parties dans la société,  il existe deux paliers d’alerte qui sont les tensions et les conflits où des négociations et compromis sont encore  bien possibles.

Le Sénégal, qui est un pays de grande précarité sociale, multiculturel et multiconfessionnel, a échappé jusqu'à là à des situations de conflits ouverts ou de guerres civiles faisant se confronter en son sein  des communautés ethniques, religieuses ou des groupes sociaux différents. Et ceci à tel point que l’on parle aujourd’hui de  l’exception sénégalaise, comparativement à ce qui se passe dans beaucoup d’autre pays d’Afrique qui sont déchirés par des guerres civiles de différentes causes. Cette  exception qui fait aujourd’hui l’objet d’une curiosité mondiale tient à  quelques composantes fondamentales de la culture sénégalaise qu’il convient d’identifier et d’analyser.

Cette exception relève d’une véritable ingénierie culturelle et sociale, alimentée à la fois par des valeurs relevant de la culture traditionnelle et des valeurs provenant de l’Islam et du Christianisme ; ingénierie  dont l’une des conséquences  multiples  est le  bien vivre ensemble  entre musulmans et chrétiens :

-       ils se marient ensemble,
-       ils sont enterrés dans un même cimetière dans certaines localités du pays,
-       les uns participent aux fêtes religieuses des autres, et réciproquement,  
-       chaque communauté respecte les us et coutumes de l’autre,
-       chaque communauté fait preuve de tolérance vis-à-vis de l’autre.

La compréhension et l’interprétation, selon un certain esprit  imprégné des valeurs d’ouverture  de la culture sénégalaise et partagées de tous,  des textes coraniques et bibliques  par les hommes de religion  peuvent bien  expliquer cette convivialité, tant enviée par les autres peuples, qui s’est bien instaurée  entre les communautés religieuses musulmane et chrétienne  au Sénégal.
I/L’Islam et le bien  vivre ensemble
 
Dans le coran, différents  versets  contenus  dans différentes sourates  s’expriment sans ambigüité sur la question. Il s’agit de:   
·      La Sourate  42 :Ach- chura ( De la Libération),Verset  13 :Il vous a légiféré en matière de religion ce qu’Il avait enjoint à Noé… , ce que Nous t’avons révélé, ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham, à Moise et à Jésus : « Etablissez la religions ; et n’en faites pas un sujet de division »
D’après ce verset, aucune religion révélée ne doit être une cause de division entre des croyants quels qu’ils soient,  car toutes les religions révélées prônent la soumission au  même Dieu,  même si les modalités socio historique de l’expression de celle-ci peuvent bien différer d’une époque à une autre .Ce verset néglige les différences dans la pratique religieuses, lesquelles sont  liées aux mœurs changeants au grès des époques et des peuples,  pour ne retenir,  en définitive, qu’une invariance fondamentale et unificatrice :la foi dans la soumission  au même Dieu qui est à la fois celui d’ Abraham, de  Moise, de Jésus et de Mahomet.  Ce verset est un hymne  pour l’unité de tous les croyants, c’est un hymne pour la paix d’entre les croyants,
·      La Sourate 5 :Souratu-Al-Ma’ida (La Table servie), Verset 48 : Et sur toi Nous avons fait descendre le Livre avec la vérité, …A chacun de vous, nous avons donné une loi et une voie. Si Dieu avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes œuvres….
Ce verset qui est en parfaite cohérence logique avec le précédent affirme que cette différence entre les communautés religieuses découle, non seulement, de la volonté de Dieu, mais que le dessein de  celui-ci est, surtout, de susciter la  concurrence entre elles dans les bonnes œuvres. Concurrence qui ne peut se faire que si les deux communautés religieuses vivent dans un climat de voisinage apaisé, car le verset ne parle, ni de traque d’une communauté par une autre au nom d’une quelconque supériorité originelle, ni de rejet de l’une par l’autre sur base de considérations d’impureté, mais de concurrence saine par la vertu, les bonnes actions, la dévotion, etc., pour être la plus proche du Dieu qu’elles ont en partage. Les communautés religieuses doivent se rivaliser à travers leurs bonnes actions pour être la plus proche de Dieu.
·      La Sourate 49  Hal –Hujurat (Des appartements), Verset 13 : O hommes !Nous vous avons créé d’un male et d’une femelle, Nous avons fait de vous des peuples et des tribus , pour que vous vous entre connaissiez . Le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux.  
Ce verset confirme le précèdent  et précise  sans ambiguïté  que la concurrence entre les peuples et les communautés religieuses dans leurs différences doit se dérouler dans le domaine de la dévotion et de la piété, toutes choses qui doivent se manifester dans des comportements irréprochables du point de vue de la morale religieuse, la quelle pour l’essentiel est la même : adorer Dieu, ne point tuer, ne point voler, etc..  
·      La Sourate 60, Al-Mumtahana (De l’épreuve),Verset 8 : Dieu ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Dieu aime les équitables.
Ce verset est un véritable plaidoyer  pour le bien vivre ensemble entre les communautés religieuses  différentes, car le Coran exhorte la communauté musulmane à être toujours bienveillante et équitable vis-à-vis des autres communautés religieuses, dont celle des chrétiens, qui vivent en bonne intelligence sociale avec elle. Ce verset ouvre des perspectives favorables pour la construction d’une vraie citoyenneté de l’altérité, de la convivialité religieuses  qui se situe à l’opposé des idéologies religieuses manichéennes et discriminantes.      
·      La Sourate 109 ,Al- kafirun (les  non croyants ), versets 4 : je ne suis pas adorateur de ce que vous adorez ; v5 : Et vous n’êtes adorateurs de ce que j’adore ; v6 : A vous votre religion, et à moi ma religion.
Ces versets qui sont très clairs de sens ne demandent absolument  pas aux musulmans de faire preuve d’une quelconque hostilité, pour quelques raisons que ce soit, vis-à-vis des chrétiens ou des juifs parce qu’ils ne seraient pas des musulmans comme eux ;  ils leur demandent de bien pratiquer leur religion et de laisser à ceux qui appartiennent à d’autres religions le soin de pratiquer eux aussi les leurs, dans la paix. Ces versets constituent une véritable injonction faite à toutes les communautés religieuses au  respect  scrupuleux de la liberté de culte ; liberté de culte qui donne le droit à tout un chacun de choisir en toute responsabilité sa religion ou, tout simplement même, de renoncer d’en avoir une.
·      La Sourate 10, Junus (Jonas), Verset 99 : Si mon seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Contraindrais-tu les gens à devenir croyants ?  
Ce verset confirme l’option irrévocable  de l’Islam d’interdire  aux musulmans de recourir à une quelconque forme de contrainte ou de pression pour pousser un non musulman à embrasser l’islam, en dehors  de sa volonté propre. Ce verset qui est en parfaite cohérence   logique  avec le verset précédent réaffirme le droit qui est reconnu à tout individu par l’Islam de pratiquer librement  la religion de son choix et au milieu d’autres qui peuvent appartenir à d’autres religions  différentes. Ce droit,   non seulement, garantit la protection des uns et des autres dans l’exercice de leurs cultes,  mais les exhorte aussi  à bien vivre ensemble dans la paix et le respect mutuel.
·      La  Sourate 2, Suratu-l-Baquara (La vache), verset 256 : Point de contrainte en
religion… 
Ce  verset, comme le verset  précédent, confirme l’orientation de l’Islam  quant à la désapprobation faite  de l’usage de la contrainte, de la force, et quelles que puissent être leurs formes, pour imposer une religion quelconque à une personne .Cette contrainte ne peut provenir, ni d’une autorité publique, ni d’un individu ou d’un groupe d’individus. Et toute raison est vaine pour justifier une telle contrainte aux yeux de l’Islam, car pour l’Islam qui est une religion de paix, qui embrasse l’Islam doit le faire dans la paix de son cœur et de sa conscience. 
En  mettant ensemble les  différents versets  cités, on aboutit à la conclusion  que l’Islam est fondamentalement, une religion de paix qui défend  les  droits civiques  de base, comme la liberté de culte et corollairement  celle de pensée. L’Islam  exclut, donc , toute forme d’imposition d’une religion quelconque sur des citoyens, lesquels doivent jouir de la liberté de pensée et de croyance. Et l’autorité publique doit protéger cette liberté, car il ne peut exister de contrainte en religion ; et les musulmans, de leur part, doivent cultiver, avec les membres des autres communautés religieuses, des relations  sociales de paix durables  afin d’épargner la société des risques de conflits interreligieux, meurtriers. Comme y exhorte l’Islam qui signifie tout simplement Paix.
Au Sénégal, cette disposition de l’Islam pour la paix contenue dans divers versets coraniques est reprise par les confréries religieuses qui les renforcent par des apports en provenance à la fois du soufisme et des valeurs traditionnelles, toutes pleines de sagesse.
Mais si l’Islam est donc pour la paix, il est aussi fondamentalement pour la liberté de culte.  D’ailleurs,  comment pourrait-il en être autrement,  si l’on sait que le Prophète de l’Islam (PSL),  malgré toutes les persécutions et pressions qu’il a subies à la Mecque de la part des Quraychites, en vue de le contraindre à  renoncer à penser autrement qu’eux et à croire en un autre Dieu que  les leurs, a voulu, et avec détermination,  faire faire respecter sa liberté de pensée et de culte , autrement dit, son droit de critique et de refus des divinités mecquoises qu’on cherchait à lui imposer, son droit de croire en Allah. Et c’est parce qu’il a fait triompher ce droit, à force de persuasion, que l’Islam est né et a fini par supplanter l’idolâtrie à la Mecque.

De ce point de vue, la liberté de conscience et la liberté de culte étaient, donc déjà là, au cœur même du projet de l’Islam qui,  incontestablement,  est une religion qui peut bien faire bon ménage avec la démocratie, dont l’un des fondements majeurs c’est, entre autres choses, l’acceptation de la  diversité confessionnelle et du  débat d’idées contradictoires pour convaincre, surtout  par la raison,   et ceci  dans un climat de paix sociale et de  tolérance entre communautés religieuses différentes.
 
II/Le Christianisme et le bien vivre ensemble 
 
Quand on considère le christianisme, la première chose qui vient en tête est qu’il apporta une véritable révolution dans la relation de Dieu aux peuples : Dieu n’était plus seulement le Dieu du peuple  juif[[1]]url:#_ftn1 , peuple supposé élu de Dieu, comme c’était le cas jusque là dans l’ Ancien Testament et le Judaïsme, première religion monothéiste,  mais au contraire le Dieu de tous les hommes, sans distinction de race, d’origine, de nation[[2]]url:#_ftn2 , etc.

Le Christianisme, de ce fait même, allait libérer Dieu  des limites nationales dans lesquelles le Judaïsme  l’avait enfermé jusque là, pour enfin le dénationaliser et l’universaliser. Des peuples différents pouvaient, désormais, partager le même Dieu et se sentir frères par ce partage  même,  quant bien même ils seraient différents en tout.
Mais, une autre  révolution, tout aussi fondamentale, se fit dans le domaine des rituels et de la morale ; une révolution qui devait, là, rapprocher les individus, et faire taire les rancœurs, la haine entre eux. En effet : à la loi du talion de l’Ancien Testament, il opposa la loi du pardon, de l’amour et de la foi qui devait, désormais,  devenir l’une des marques de l’identité  chrétienne, car Dieu n’est rien d’autre, en dernière analyse, qu’ Amour. Désormais, ce ne sera plus : Œil pour œil , Dent pour dent [[3]]url:#_ftn3 , comme dans l’Ancien Testament, mais comme il est bien dit  dans le Nouveau Testament : Si quelqu’un te frappe  sur la joue droite, présente lui aussi l’autre [[4]]url:#_ftn4 ,ou encore :  Vous avez  appris qu’il a été dit :Tu aimeras ton prochain , et tu détesteras ton ennemi  [[5]]url:#_ftn5  . Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent[[6]]url:#_ftn6 . Et le prochain dont il s’agit ici, c’est tout être humain, qu’il soit chrétien, musulman, juif, païen, et quelles que soient sa race, sa nation, etc.

Pour le Christ, l’amour sincère et actif  pour son prochain est l’arme qui désarme l’adversité et la haine chez ce dernier, rapproche de Dieu,  ce qui en fait le fondement  véritable du bien vivre ensemble en société. C’est ce que confirme cet autre verset où l’amour se montre, véritablement, comme un engagement  pour la construction d’une altérité conviviale : Si vous  saluez seulement vos frères, que faites vous d’extraordinaire ? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même?[[7]]url:#_ftn7

Socialisés dans le culte de l’amour pour son  prochain, les chrétiens  au Sénégal ont toujours manifesté des  dispositions favorables à l’altérité envers les musulmans, avec lesquels, d’ailleurs, ils partagent les mêmes valeurs traditionnelles de civilité, ont souvent des liens de parenté et ou de voisinage, etc.,  toutes choses qui renforcent leur esprit  d’ouverture et  de tolérance.   

III/Exemples historiques réussis de bien vivre ensemble entre communautés religieuses différentes

La  tolérance et le respect mutuels entre communautés religieuses différentes, l’Islam en a bien fait une exigence fondamentale dont les manifestations se donnent à voir, en dehors de certains versets coraniques bien connus et dont certains sont déjà mis en exergue précédemment,  à travers trois  faits historiques réels qui ont eu lieu, soit du temps même du Prophète de l’Islam (PSL), soit bien après ce dernier, du temps des  Abbassides :

La première Hégire

·      La 1 ère Hégire en 615 à l’occasion de laquelle 120 musulmans, parmi ceux  qui étaient persécutés par les Quraychites de la Mecque,   prirent, sous l’injonction du Prophète de l’Islam (PSL), le chemin de l’exil en direction de l’Abyssinie, un royaume chrétien où ils  trouvèrent refuge au prés du roi Négus, An-Nadjachi, lui même chrétien, lequel les  protégea et respecta leur croyance.

Ils  y restèrent en toute  sécurité jusqu'à la fin de leur exil qui dura plusieurs années, sans aucune pression pour embrasser le christianisme qui, pourtant, était une religion d’état dans ce royaume. Mais voici ce que Mohamed (PSL) a dit à ces premiers musulmans  qui partaient  vers ce royaume  chrétien pour s’y refugier, et qui traduisait tout le crédit moral  qu’il accordait aux guides du Christianisme :
  L’Abyssinie est un pays de vérité. Restez-y jusqu’à  ce que Dieu facilite les choses.[[8]]url:#_ftn8  
 
Le Prophète de l’Islam (PSL) avait conscience que le  Christianisme  et l’Islam  avaient en partage le même Dieu universel, de tous les hommes et femmes issus d’Adam et d’Eve et que face à l’adversité à ce Dieu et à ses recommandations pour bien vivre ensemble en société,  la solidarité s’imposait entre tous ceux qui croyaient en ce Dieu. Ces premiers musulmans ont vécu pendant des années au milieu de ces chrétiens,  tout en gardant et pratiquant leur religion en toute liberté. Cela n’est-il pas une illustration du bien vivre ensemble entre  Chrétiens et musulmans ?

Le pacte de Médine

En l’an 1 de la grande Hégire qui a eu lieu en 622 , Mohamed (PSL) établit à Médine, qui est une cité multiconfessionnelle comportant des idolâtres , des juifs , des musulmans  et des chrétiens, les quels étaient en désaccord sur la question de la gestion de la cité,  une  charte de bien vivre ensemble  , appelée couramment la Charte  de Médine[[9]]url:#_ftn9 .

Le but de cette charte  qui comportait 52 articles était de faire instaurer :
·      Une justice démocratique et  égalitaire entre toutes les communautés confessionnelles,  car chacune d’elles devait garder ses traditions, ses lois , sa religion ,etc., et jouir de toutes les libertés nécessaires pour bien les pratiquer. De même, il existait une égalité entre tous les Médinois, quelles que soient leur origine, leurs conditions sociales et leur appartenance religieuse ;
  • Une tolérance interconfessionnelle, car chaque communauté religieuse devait impérieusement  respecter la croyance des autres, quand bien même elle n y’adhérait pas intrinsèquement ; toute conversion d’une religion à une autre ne pouvait qu’être volontaire et librement consentie ;
·      Une solidarité devant une menace extérieure, car les charges d’une armée de défense  pour préserver la souveraineté de Médine devaient être supportées solidairement par toutes les communautés religieuses.
Dans cette cité de Médine,  quoique Mohamed ait eu beaucoup de pouvoir, la communauté  musulmane n’exerça aucune contrainte sur les autres communautés religieuses avec lesquelles elle vivait en toute bonne l’intelligence, dans un bon climat social de bien vivre ensemble. Ce qui était cultivé dans cette communauté musulmane, c’était la droiture pour l’exemplarité, et toute personne convertie à l’Islam devait le faire en toute liberté,  sans contrainte aucune.  

 Bagdad et la Maison de la Sagesse

L’Islam et le Christianisme sont véritablement deux religions de paix de par leur fondement idéologique le plus basique. Et partout où les communautés religieuses  appartenant  à  ces deux  religions, ou d’autres, ont  cohabité  ensemble dans la paix, l’humanité a su faire des bons qualitatifs extraordinaires, surtout dans le domaine des sciences et des arts.

C’est ainsi que Bagdad  est devenu, sous le règne des Abbassides, de la deuxième moitié du  VIIIème siècle au milieu du XIIIème siècle, le siège d’une intense activité intellectuelle à la quelle sont associés des savants et penseurs chrétiens, juifs et musulmans.   

C’est précisément dans ce contexte que la Maison  de la Sagesse de  Bagdad sera dotée d’une bibliothèque, d’un atelier de traductions et d’amphithéâtres qui pouvaient accueillir des savants de tous peuples, ainsi que des fabriques de papiers fonctionnant 24h/24 et des écoles d’astrologie de  grande renommée.

Bagdad, par l’esprit de paix qui habitait ses intellectuels et savants de toutes nations et religions, lesquels travaillaient de concert, faisaient de la recherche ensemble pour faire avancer la science et faire progresser l’humanité, a contribué à l’aboutissement de beaucoup de travaux scientifiques de haut niveau dont :
·      Le traité de musique d’Al-Fârâbî au Xème qui fit passer aux oubliettes, du fait de son très haut niveau d’élaboration, la conception de l’école pythagoricienne de la musique;
·      L’algèbre qui  gagna ses lettres de noblesse en Occident grâce au rôle de premier plan que Mohamed Al-Kharezmi a joué dans sa conception et sa vulgarisation au début du IXème siècle ;
·      L’astronomie, de même, ne put faire un bon extraordinaire à partir de la Renaissance que grâce à l’apport des savants de Bagdad qui l’ont débarrassée de principes mythologiques obscurs et l’a rendue à la raison.
 
Un mouvement similaire est retrouvé à Cordoue et au Caire placés respectivement sous le califat des Omeyyades et des Fatimides. Et c’est précisément  quand les Mongols ont atteint  Bagdad en 1258, dévastant   tout sur leur passage que cette collaboration entre savants de toutes religions a pris fin à Bagdad.

La rencontre entre religions différentes sous un même état pose toujours la question de la laïcité,  la quelle, dans le fond, n’est rien d’autre que l’expression d’une relation structurelle particulière entre le clergé, l’état ou ce qui en tient lieu  et les citoyens. Cette question s’est posée à travers le pacte de Médine, quand cette cité était placée sous l’autorité politique de Mohamed  ou encore en Abyssinie avec le roi chrétien An-Nadjachi , ou l’empire romain sous Constantin quand ce dernier devint empereur de Rome, alors qu’il était devenu un fervent chrétien. A cette question, des réponses tenant compte de l’histoire, de la culture sont toujours  apportées. Il en est ainsi de la laïcité française, de la laïcité américaine, etc.,  lesquelles, même si elles sont convergentes sur certains points, restent,  néanmoins, divergentes sur d’autres : la laïcité peut exclure de la sphère de l’état les clergés des religions, lesquelles demeurent une affaire privée ou, au contraire,  les y  intégrer, avec un encadrement institutionnel adéquat. Comme  il peut  bien exister des postures intermédiaires   pour les états, dans leurs relations avec les religions.  On parle alors de laïcité exclusive ; de laïcité inclusive et de laïcité  mixe ou intermédiaire.
 
IV/Les facteurs explicatifs du bien vivre ensemble a Sénégal 
 
Le  vivre ensemble apaisé  entre les communautés religieuses différentes,  qui est une caractéristique  essentielle du peuple sénégalais,  est le résultat de six facteurs  convergents qu’il convient de bien citer :
-       La culture  traditionnelle, avec son système de parenté à  plaisanterie, de parenté par voisinage , etc., qui instaure des relations privilégiées de  convivialité entre des groupes ethniques, des personnes de patronymes différents ou , tout simplement, entre des voisins de longues dates[[10]]url:#_ftn10 . La violation de ces normes de relations, lesquelles ont acquis un caractère quasi sacré,  expose à des sacrilèges ou sanctions sociales,
-       L’esprit de  massla, consistant, pour chaque citoyen responsable, à toujours garder, en société,  une posture attitudinale  favorable à l’apaisement  du climat social ambiant, afin que la paix sociale puisse régner toujours[[11]]url:#_ftn11 .Cet esprit qui est un trait culturel sénégalais est partagé par tous les sénégalais, qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Il est un fond culturel puissant qui contribue dans la construction du bien vivre ensemble entre des communautés religieuses différentes,
-       L’esprit soufi [[12]]url:#_ftn12 qui habite et caractérise les grandes confréries religieuses sénégalaises, et dont le moins qu’on dire est qu’il est fait d’ouverture, de tolérance, d’humanisme spirituel et d’une grande dévotion vouée aux Saints,  etc., toutes choses  qui sont favorables à la construction d’un climat social de paix idéologiquement bien fondé et  encadré,  non seulement entre des confréries religieuses différentes, mais aussi entre la communauté  musulmane  et la communauté chrétienne ,
-       La sacralisation des liens de sang, lesquels sont placés au dessus de tout autre lien, celui –ci serait –il de l’ordre de  la même appartenance confessionnelle ; et ceci fait qu’il devient impensable que deux personnes apparentées puisse entrer dans des relations d’antagonisme sanglant,  parce que tout simplement  elles appartiendraient  à des religions différentes[[13]]url:#_ftn13  ,
-       L’existence de propos prêtés aux prophètes des deux  religions, d’écrits figurant dans les livres saints de celles-ci, ou encore de faits historiques attestés,  tous favorables au développement d’une  convivialité interreligieuse. Il s’y ajoute une idéologie soufie très prégnante, faite d’ouverture et de tolérance, portée par les différentes confréries religieuses, dont les plus importantes que sont les Tidjanes et les Mourides[[14]]url:#_ftn14 ont été fondés  par des Cheikh issus d’une même lignée de parenté,
-       La bonne déposition des leaders religieux, costumiers et politiques, quelle que soit leur appartenance confessionnelle et confrérique,  à préserver et faire préserver  cette convivialité interconfessionnelle, gage de paix sociale. D’ailleurs, la plupart des chefs religieux, toutes confessions confondues,  sont, non seulement, en de bons termes entre eux, et avec les hommes politiques, mais également insérés dans les mêmes réseaux sociaux ou de parenté[[15]]url:#_ftn15 , fonctionnant aussi comme des espaces sociaux de régulation.      
Ces facteurs  fondamentaux, en se renforçant  les uns les autres dans leurs actions multiples , ont fini par faire émerger des pratiques et normes  sociales consensuelles de   bien vivre ensemble  entre les musulmans et les chrétiens,  fonctionnant  comme un véritable pacte social pour une certaine  pratique citoyenne de la laïcité ; pratique que l’on rencontre aussi bien dans la sphère  étatique même,  que dans tous  les autres milieux de la société.

 Voici quelques exemples de ce pacte citoyen de la pratique de la laïcité au Sénégal:
 
-       Les Vendredis de 13 h 30 à 14h 30,  les artères aux alentours des grands mosquées dans les villes sont occupées par les musulmans en prières, mais les chrétiens acceptent de faire de grands détours à pied ou avec leur véhicule sans jamais faire une quelconque récrimination publique, alors qu’il y a une occupation et un encombrement illégaux de la voie publique[[16]]url:#_ftn16 ,
-       Les chants religieux nocturnes organisés dans les quartiers par des musulmans, et qui se déroulent jusqu’au petit matin avec des hauts parleurs qui produisent une grande intensité sonore, source de nuisance pour les habitants,  n’ont jamais fait élever la voix   aux chrétiens, lesquels dans un esprit de tolérance et afin d’assurer la préservation de la paix sociale entre les deux communautés religieuses  acceptent une telle situation d’inconfort pour eux,
-       Dans  les établissements publics, les chrétiens comme les musulmans peuvent arborer des signes d’appartenance religieuse  tant que cela ne s’accompagne pas dans d’une discrimination  manifeste à l’égard des usagers.  Mais, mieux encore,  montrer son identité religieuse par un signe quelconque est perçu,  non seulement, comme un acte de foi,  mais aussi comme   un gage de bonne moralité[[17]]url:#_ftn17 ,
-       L’Etat finance  directement la réfection ou la construction de lieux de culte musulmans ou chrétiens et assure un service public destiné à  assurer la commodité des fideles pendant les périodes  de pèlerinages dans les lieux saints musulmans, comme Touba, Tivaouane, ou chrétiens comme   Popenguine [[18]]url:#_ftn18 .   
 
Cette pratique citoyenne de la laïcité au Sénégal  mérite d’être analysée pour en faire  ressortir les fondements théoriques, car la constitution  sénégalaise est, à bien des égards, redevable de la constitution française, même s’il faut le dire elle reste aussi fortement marquée, dans beaucoup d’aspects de son application réelle,  par le contexte culturel, social et religieux sénégalais. Ce hiatus découle de l’histoire même du Sénégal qui est une  ancienne colonie française  et qui, quoique  fortement islamisée  baigne depuis l’époque précoloniale dans un climat culturel et social de grand tolérance intercommunautaire : les hommes politiques, comme Blaise Diagne et Léopold Sèdar Senghor étaient de confession chrétienne,  mais bénéficiaient  de la confiance du peuple sénégalais  qui étaient majoritairement musulman.  
 
Cette laïcité  qui est théoriquement fondée sur les principes de la séparation de l’église et de l’Etat,  de la liberté de pensée , de culte et de critique,  se pose comme un mode de gouvernance étatique susceptible de se situer sur un continuum comportant deux extrémités : d’un coté,  l’Etat se confond avec  le religieux, et on a alors affaire à   un état théocratique ; de l’autre  coté,  l’Etat est une négation absolue du religieux, et on a affaire alors à un état communiste, répressif par rapport à la liberté de culte, de pensée et de critique. Dans ces deux cas extrêmes, l’état n’est pas laïc, car un état laïc, tout en se séparant du religieux (ce qui est une possibilité) dont il est indépendant,  reconnait et garantit la liberté de culte, de pensée et de critique, absolument. 

Entre ces deux cas  extrêmes qui sont le tout religieux et la négation absolue du religieux, la laïcité peut  prendre des visages multiples : elle peut être constitutionnelle et inclusive, l’état intégrant le clergé et ses préoccupations,  ou constitutionnelle et exclusive, le clergé et ses préoccupations étant hors du champ d’action de l’état,  ou encore prendre des formes qui se rapprochent de l’une ou de l’autre, ou des deux  à la fois.

Au Sénégal, la laïcité qui est constitutionnelle, parce qu’inscrite expressément dans la constitution,  est manifestée,  dans la pratique, par des mesures politico-administratives d’intervention de l’état dans le champ religieux : l’état finance la construction de  lieux de culte, participe à l’organisation matérielle des pèlerinages dans les lieux saints de l’Islam et de la Chrétienté, et dans les gouvernements  sont nommés des ministres ou des conseillés chargés des affaires religieuses , etc., toutes choses  qui peuvent faire dire qu‘il pratique, dans les faits, une laïcité institutionnelle inclusive.

Cette  de laïcité étatique, manifestée à travers l’intervention contrôlée de l’état dans la sphère religieuse,  est d’ailleurs un reflet  du bien vivre ensemble populaire déjà décrit, lequel a permis de créer le bon climat social  qui a  favorisé  la convivialité  heureuse qui existe entre les différentes communautés religieuses.

Ceci  constitue un atout considérable  pour la stabilité civile et politique du Sénégal, lequel est, ainsi, épargné  des risques d’exacerbation de tensions intercommunautaires susceptibles de donner lieu à des conflits ouverts  entre parties au sein de la nation. Mais combien de temps cela va-t-elle durer, cette culture du bien vivre ensemble, patiemment construite par les générations passées et généreusement  léguée aux générations futures pour la sauvegarde de la paix et de la concorde  nationales ? Cette question, tout sénégalais doit se la poser avec sérieux, car sa réponse sera déterminante sur le court ou le long terme  pour l’histoire prochaine du Sénégal.   
 
Conclusion
 
L Islam et le Christianise sont incontestablement des religions de paix  et de tolérance, car dans leurs livres saints il existe beaucoup de versets dont le sens l’atteste. Mais ce sont les hommes qui construisent  la culture de la paix et de la tolérance, et il  faut qu’ils soient disposés, voire prédisposés pour le faire, pour que les valeurs que doivent manifester la paix et la tolérance  s’incorporent dans les cœurs et les esprits et se traduisent par des actes concrets de paix et de tolérance .Or au Sénégal, la culture traditionnelle, déjà là bien avant l’introduction de l’Islam et du Christianise, était un chef d’œuvre d’ingénierie culturelle dans la construction de la paix sociale et de la tolérance intercommunautaire (parenté à plaisanterie, parenté par voisinage, etc.) . Une telle situation  a pu faire qu’au Sénégal, très vite, une synergie pour la paix et la tolérance a pu rapidement se construire entre  Islam, le Christianise et la culture traditionnelle ; synergie d’autant plus facilitée, d’ailleurs, que la culture traditionnelle est un patrimoine commun à tous, musulmans et chrétiens.

Bibliographie  
 
Harkat .A,  Essai de traduction du Coran, 3ème  Ed., Beyrouth, Dar Al Coran Al Karim, 2011.
Jean Soler, L’invention du monothéisme. Aux origines du Dieu unique, T1, Paris, Hachette . 2002.
La bible : Evangile selon Matthieu : https : www .info-bible.org /Isg/40. Matthieu. Html.
 
Mordillat G. et  Prieur J,  Jésus selon Mahomet,  Paris, Ed. Seuil /Arte ,2015 .
 
Virgil Gheorghiu ,  La vie de Mahomet Paris, Plon, 1962.
 
[[1]]url:#_ftnref1 Dans l’Ancien Testament, Dieu est exclusivement le dieu de Juifs en tant que peuple et nation .Ce verset le l’atteste sans équivoque: Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta race, aimant Iahvé , ton Élohim, écoutant sa voix, t’attachant à lui, car là est ta vie, ainsi que la longue durée de ton séjour sur la terre que Iahvé a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner .Cf. Dt 30, 19-20. Voir Jean Soler, L’invention du monothéisme. Aux origines du Dieu unique, T1, Paris, Hachette, 2002,p.183
[[2]]url:#_ftnref2 Jésus en se rendant un jour à Phénicie fut approchée par une dame, une cananéenne, dont la fille était malade et qui sollicitait auprès de lui un miracle de guérison .D’abord Jésus refusa, sa mission ne devant concerner que les Juifs, mais ensuite se ravisa devant l’insistance de la dame dont la foi en lui ne semblait souffrir d’aucune faille, et accepta de guérir la fille non juive. Cette événement  devait marquer un tournant décisif  dans la mission de Jésus  qui dès lors devait désormais  revêtir un caractère universel et concerner tous les peuples et toutes les nations du monde. Cf. Jean Soler, Ibid., p. 185 . 
[[3]]url:#_ftnref3 Exode 21
[[4]]url:#_ftnref4 Mathieu 5, Verset 39
[[5]]url:#_ftnref5 Ibid , Verset 43
[[6]]url:#_ftnref6 Ibid, Verset 44
[[7]]url:#_ftnref7 Ibid ,Verset 47
[[8]]url:#_ftnref8 Virgil Gheorghiu , La vie de Mahomet Paris, Plon, 1962, p .141
[[9]]url:#_ftnref9 Cf. Ibid. pp. 205-209
[[10]]url:#_ftnref10 Il existe un catalogue social connu de tous entre des relations privilégiées qui doivent impérativement être entretenues entre des gens d’ethnies ou de paronymes différents .C’est notamment le cas les ethnies Sérère et Alpular ou pour les paronymes  Diop et N’diaye.
[[11]]url:#_ftnref11 Cet esprit de massla est persistant, quoique de plus en plus critiqué par la nouvelle génération qui le considère comme un frein face à leur ambition  de conquête.                 
[[12]]url:#_ftnref12 Au Sénégal toutes les confréries religieuses sont marquées par le soufisme et se référent aux deux grandes écoles soufies que sont la  Quadiryya fondée au XIIème siècle à Bagdad et qui a gagné le reste de l’Afrique à partir du Maroc  et  la Tijaniyya fondée elle au XVIIIème à l’Ouest de l’Algérie d’où elle s’est propagée dans le reste de l’Afrique, surtout au Sud du Sahara .Toutes les confréries sont placées sous la direction d’un guide spirituel, le Cheikh,  et manifestent une grande dévotion aux Saints.
[[13]]url:#_ftnref13 Il est courant de voir dans une même famille certains de ces membres  appartenir à une  religion donnée et d’autres à une autre différente, sans que cela ne soit source d’aucun problème  entre eux. La culture de l’acceptation de la différence  est bien partagée au Sénégal.
[[14]]url:#_ftnref14 Ce sont les deux plus grandes confréries religieuses du Sénégal. Elles sont également les plus influentes sur les plans politique et moral, car leurs jugements sont toujours largement  appréciés.
[[15]]url:#_ftnref15 Dans le clergé catholique, il existe de nombreuses  hautes personnalités connues  qui ont des liens de parenté avec des hommes de religion de la communauté musulmane. On peut citer le Cardinal Thiandioum  et le Père Jacques  Sèck  qui d’ailleurs se fait appeler le prêtre musulman ou l’iman chrétien, pour symboliser  sa maitrise parfaite des livres saints des deux religions et la bi appartenance religieuse de sa famille d’origine.
[[16]]url:#_ftnref16 Il n’existe aucun acte formel  émanant d’une autorité quelconque pour autoriser une telle occupation des voies publiques en ces moments.
[[17]]url:#_ftnref17 Celui qui arbore le portait d’un guide religieux ou une croix publiquement est perçu  comme quelqu’un de pieux, qui craint  Dieu et suit les recommandations de sa religion. Pour cela on lui attribue une moralité fiable.  
[[18]]url:#_ftnref18 Ce sont respectivement les capitales religieuses de Tidjanes, Mourides et Catholiques du Sénégal

M. Abdoulaye NIANG
Professeur Titulaire de Sociologie
Université  Kocc Barma de Saint-Louis

 


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1.Posté par Tintin le 01/06/2020 10:49 | Alerter
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Malheureusement le Senegal est un des rares pays ou Musulmans et Chretiens vivent en paix .......

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