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Décolonisation, évitons le manichéisme. Par Jean Christophe Senghor

Samedi 20 Juin 2020

Le passé colonial du Sénégal participe à sa construction tout comme l’histoire des royaumes du Walo, du Cayor, du Baol, qui ont eu leurs heures de gloire mais aussi des heures sombres où l’esclavage était communément pratiqué


Décolonisation, évitons le manichéisme. Par Jean Christophe Senghor
La mort atroce de George Floyd aux États-Unis – dont chacun a pu voir en différé les images épouvantables – a suscité une réprobation quasi universelle. De leur côté, les bavures policières françaises ont également montré les errements injustifiables de ceux qui brutalisent sans raison au lieu de protéger.

Au Sénégal, les réseaux sociaux se sont enflammés jusqu’à la caricature – et les média ont repris en choeur – autour de l’idée de mettre à bas la statue du général Faidherbe à Saint-Louis sous prétexte qu’il avait été le gouverneur de la puissance coloniale et qu’il avait à ce titre « tué plus de 20 000 sénégalais en huit mois » ainsi que le rappelle le Professeur Iba Der Thiam. C’est donc à 83 ans que cet éminent universitaire, agrégé d’histoire et titulaire d’un doctorat, ministre de l’Éducation nationale de 1983 à 1988, semble découvrir les horreurs de la colonisation et des guerres de conquête 1 !

Toute conquête militaire pour le pouvoir qu’il soit politique ou religieux entraine la mortvd’innocents. La stratégie de la terreur fut, hélas, également pratiquée par le chef tidiane El Hadj Omar Tall dans sa conquête du royaume bambara de Ségou ou contre l’empire peul du Macina. Et ce n’est pas le colon français qui mit à mort le grand chef de l’empire toucouleur mais les Peuls qui venaient d’assiéger Hamdallahi et qui poursuivirent El Hadj Omar jusqu’à sa mort par asphyxie dans les falaises de Bandiagara. Il faut relire, à ce sujet, Amadou Hampaté Ba dont le grand-père avait été enrôlé sous la bannière du chef toucouleur.

Ces précisions apportées et au risque d’aller à contre-courant, on pourrait considérer aujourd’hui que le Sénégal moderne fonde ses bases sur trois personnages majeurs : le général Faidherbe, son ennemi El Hadj Oumar Tall dont la force et le courage ont été justement célébrés, « un grand homme parmi les grands » selon la belle formule de Samba Dieng et son autre ennemi, Lat Dior Diop, 28e damel du Cayor2, vainqueur de la célèbre bataille de Ngol Ngol en 1863.

Le passé colonial du Sénégal fait partie intégrante de son histoire et participe à la construction du pays tout comme l’histoire des royaumes du Walo, du Cayor, du Baol, du Sine et du Saloum qui ont eu leurs heures de gloire mais aussi des heures sombres où l’esclavage était communément pratiqué à l’issue de guerres fratricides 3.

Le général Faidherbe4 a protégé l’islam – contre l’avis de l’Eglise catholique – en ouvrant des écoles laïques où les jeunes africains musulmans pouvaient apprendre le français tout en étant assurés du respect de leurs convictions religieuses. A ce titre, il sera d’ailleurs accusé par la presse cléricale de « livrer le Sénégal aux marabouts ». Par ailleurs, il favorisera les « mariages à la mode du pays », lui-même donnant l’exemple en contractant une union avec une jeune fille du Khasso, Doucounda Sidibé qui sera la mère de son fils Louis, mort à 24 ans de la fièvre jaune et dont on voit encore la pierre tombale dans le cimetière de Saint-Louis.

Vouloir aujourd’hui effacer le passé colonial est un non-sens ! C’est comme si les Français décidaient de raser tous les monuments gallo-romains sous prétexte qu’ils ont été construits par la puissance coloniale romaine5 ! Faudra-t-il au Sénégal faire table rase du passé et détruire tout ce que l’administration coloniale a construit jusqu’en 1960 ? Il faut savoir raison garder !

Le Pr Iba Der Thiam se souviendra qu’on a débaptisé le lycée Van Vollenhoven qui rappelait trop la puissance coloniale pour lui donner le nom – mérité – de Lamine Gueye. Mais sait-on que ce gouverneur général de l’A.O.F. oeuvra plus en faveur des tirailleurs sénégalais que le député Blaise Diagne ? Lorsque Clémenceau réclama en 1917 un second contingent de tirailleurs, il s’y opposa fortement d’abord en juillet puis dans une seconde lettre en septembre dans laquelle il écrivit : « Je vous supplie, Monsieur le ministre, de ne pas donner l'ordre de procéder à de nouveaux recrutements de troupes noires. Vous mettriez ce pays à feu et à sang. Vous le ruineriez complètement et ce, sans aucun résultat. Nous sommes allés non seulement au-delà de ce qui était sage, mais au-delà de ce qu'il était possible de demander à ce pays ». Clémenceau n’en tint pas compte et chargea le député Blaise Diagne de la sale besogne. Outré, Van Vollenhoven démissionna le 17 janvier 1918 et alla se faire tuer sur le champ de bataille le 20
juillet. Aujourd’hui, on a donné le nom de Blaise Diagne au nouvel aéroport et on a complètement oublié Van Vollenhoven aux qualités humaines avérées !

Dans son ouvrage récent, Sortir de l’impasse coloniale, Philippe San Marco nous appelle à la sagesse : « Pour s’apaiser et construire un avenir commun, mieux vaudrait ne rien oublier mais ne rien caricaturer non plus. Comprendre, non pour rejouer un passé qui doit nous laisser passer si l’on veut avancer. »

1 On peut se demander d’ailleurs aujourd’hui pourquoi il n’a pas usé de sa qualité de ministre pour mettre à bas cette « vilaine » statue !

2 Comme tout chef guerrier, Lat Dior « ne fait pas dans la dentelle » lorsqu’il attaque et détruit le village de Mbacké en 1862. Il se convertira à l’Islam quelque temps plus tard à la demande de l’almamy Maba Diakhou, marabout toucouleur, chef des musulmans de la région du Rip.

3 Le 1er février 1861, Macodou Fall, damel du Cayor, s’engage à ne plus vendre comme esclaves aucun étranger ni aucun de ses sujets.

4 S’il tue – nul ne peut le nier – le général Faidherbe signe et respecte des accords avec les rois vaincus ; tel Dioukha Samballa, roi de Kayes, qui reçoit 5 000 francs pour l’achat du terrain qui servira à construire le fort de Médine et 1 200 francs de cadeaux par an.

5 Imagine-t-on détruire le magnifique arc de Germanicus à Saintes (Charente-Maritime) sous le prétexte qu’il a été construit à la gloire de l’empereur Tibère sous l’occupation romaine ?

Jean Christophe Senghor


 


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1.Posté par Tintin le 20/06/2020 20:48 | Alerter
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Enfin un texte intelligent....!

2.Posté par Ndar Saint-Louis le 21/06/2020 03:02 | Alerter
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Jean Christophe Senghor, le boulon utile des francs-maçons. Avec tout ces déboulonnages en cours, toi tu viens pour nous ajouter encore de l'ouvrage. Non vraiment, tu n'es pas sérieux. D'accord, on va déboulonner ; quand tu auras ta statue, on va déboulonner ça aussi ;o)

3.Posté par Abdoulaye Mamessine BA le 21/06/2020 11:53 | Alerter
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La rénovation du pont Faidherbe de Saint-Louis
Un bel exemple de coopération franco- sénégalaise. Fruit de la volonté politique éprouvée et agissante de deux chefs d’état, le pont Faidherbe est l’expression vivante du rôle que joue la ville de Saint- Louis dans les relations entre la France et le Sénégal. C’est un trait d’union chargé d’histoires, de coopération et de vécu de l’ex Afrique occidentale française (AOF).
Sa réhabilitation est allée dans le sens de l’écho fait au cri de cœur des populations qui, impuissantes, voyaient s’user ce qui est le symbole même de la ville, le cordon ombilical entre le faubourg de Sor et l’île. Ceci rend la traversée quotidienne de 19 000 véhicules et plus de 21 000 piétons qui entretiennent le pouls économique palpitant des affaires et de l’administration de la vieille ville

4.Posté par Abdou Karim SALAM le 21/06/2020 13:18 | Alerter
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NB: Monsieur Senghor n'a pas honte de défendre l'oeuvre morbide de faidherbe dans beaucoup de sites internet, nous lui répondrons partout où u il publiera son texte infâme.

Monsieur Senghor celui que vous défendez vous méprise ! Les Noirs, ces hommes "au système nerveux très peu développé ". Voilà comment Faidherbe vous voit, vous qui trouvez son oeuvre ''nécessaire'' sans jamais dire que c'est ''mal''. A moins que vous ne soyez un "faux noir" (ce qui est fort probable), prendre fait et cause pour quelqu'un qui te méprise est le summum de l'indignité.

En lisant votre texte, et les autres qui lui ressemblent, j'ai compris pourquoi faidherbe, ce brûleur de village sans âme, n'a pas eu du mal à recruter des spahis ; ces noirs de l’armée coloniale engagés pour réprimer, humilier leurs frères africains et servir de chair à canon à l’armée d’occupation. Ces victimes de la "faidherbophilie" qui tentent laborieusement de justifier l’œuvre morbide de faidherbe à coup de comparaisons superficielles et approximatives ne sont que la réincarnation 2.0 de ces soldats spahis. Pire, je crois fermement qu’ils n’hésiteraient pas à prendre les armes contre leurs frères sénégalais si le Sénégal venait encore à être envahi par les mêmes barbares.

Nous sommes le seul peuple au monde où certains de ses membres, de nouveaux spahis qui s’ignorent, atteints sans doute par le syndrome de Stockholm, pensent encore qu’un pont construit grâce au fruit de la servitude et au travail forcé des autochtones est plus important que la dignité humaine et le travail de restauration de notre mémoire historique souillés par des siècles de barbarie et de ''reconnaissance'' forcée de l'oeuvre morbide des envahisseurs.

Ces complexés n'ont pas compris que le patrimoine immatériel d'un peuple, sa dignité sont plus importants que les quelques ouvrages d'art que l'envahisseur peut se targuer d'avoir réalisé, du reste pour son propre projet de domination (sans oublier que beaucoup d'infrastructures ont été remboursées et n'ont jamais été cédées gratuitement).

C'est bien l’immatériel qui nourrit la conscience collective. Demandez-vous pourquoi la ville de Bordeaux refusa en 2019 qu’une de ses rues porte le nom de Frantz Fanon ? C'est moins par racisme que par idéologie.

Célebrer faidherbe et compagnie au Sénégal restera pour toujours un acte de lâcheté et de trahison

5.Posté par XEL le 22/06/2020 22:30 | Alerter
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Le texte est riche par ses rappels historiques mais dommage qu'il passe à côté de la question centrale: Faut-il qu'on se remémore des colonisateurs au détriment de nos illustres figures? Si c'est NON, alors le débat est clos. Nous avons suffisamment d'illustres femmes et hommes, porteurs de valeurs à commémorer.

6.Posté par Anonyme le 23/06/2020 01:16 | Alerter
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Poste 4, M. Abdou K. Salam, Débarrassez--vous d'abord de la langue de Faidherbe avec laquelle vous vous exprimez d'abord avant de vous débarrassez de cette statue.
Sinon, sachez que à chaque fois que vous parlez la langue française, vous êtes non seulement en train de célébrer Faidherbe mais aussi toute la descendance du peuple français des origines à nos jours.

Postes. 5 On ne se remémore pas de Faidherbe en tant que tel, mais de ce qu'il représentait dans l'histoire de la colonisation pour en tirer des enseignements.
Enfin, la colonisation reposait sur une logique de guerre. Une guerre, on la gagne ou on la perd! nous ancêtres l'ont perdue. Au lieu de pleurnicher sur les crimes commis, tirons-en des leçons et puis c'est tout. La colonisation est un mal, tirons-en au moins des biens, nos butins de guerre.

7.Posté par Domou Ndar le 23/06/2020 19:16 | Alerter
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M. Sall, (Poste 4) Débarrassez-vous d'abord de la langue de Faidherbe que vous manipulez si bien sans doute avec un plaisir à nul autre pareil, avant de vous débarrasser de la statue de Faidherbe. La statue n'est qu'un objet inanimé utilisé comme support pour conserver l'histoire et non pour rendre un culte quelconque à Faidherbe. Est ce que vous avez jamais vu un Sénégalais se prosterner devant cette statue, encore moins un domou Ndar ? Par contre, à chaque fois que vous articulez une consonne, une voyelle, un syllabe, un mot, une expression, une phrase, un texte en Français, sachez qu'on peut vous reprochez de commémorer quotidiennement la langue des anciens bourreaux de vos ancêtres! Voilà le paradoxe!

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