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Les épisodes de poussières désertiques affectant Saint-Louis, que faut-il retenir ? Par Dr Demba GAYE/UGB

Le Sahel-Sénégalais est de plus en plus marqué par une présence d’un nombre important d’épisodes de poussières dégradant fortement la qualité de l’air. Ce phénomène reste néanmoins beaucoup plus noté aux stations nord du pays (Saint-Louis, Podor, Matam) où, généralement, depuis l’avant-sécheresse des années 70, une dizaine voire plusieurs dizaines d’épisodes de concentrations élevées en particules affecte (ent) chaque année cette partie du pays.

Dimanche 11 Février 2018 - 18:56


Ces épisodes de poussières qui désormais caractérisent nos stations proviennent des zones sources localisées dans les régions Sahariennes et Sahéliennes dont la plus importante en termes d’activités et en termes de quantité de particules émises reste la dépression de Bodélé, située  au Tchad à la sortie du couloir formé par les massifs du Tibesti et de l’Ennedi.

Cependant, pour ce qui concerne spécifiquement les poussières qui affectent ces derniers jours le nord Sénégal, elles tiennent leur origine de la zone source sud-est mauritanienne. Ce constat est fortifié par la direction du vent mais aussi par la position très basse de ces panaches lithométéoriques.

Ces phénomènes de poussières ont d’énormes conséquences à la fois d’ordre physique notamment sur le climat (effets radiatifs) et sur l’environnement (réduction de la visibilité horizontale) mais aussi d’ordre socio-économique et sur la santé des populations. En effet, ces jours poussiéreux sont marqués par niveaux de concentrations en particules de loin supérieures à la moyenne journalière de 50 μg/m3, norme définie par l’Organisation mondiale de santé (OMS). Pire encore, à Saint-Louis par exemple, 71% de ces poussières qui frappent la station, sont marqués par une concentration moyenne journalière supérieure à 260 μg/m3 qui est la valeur limite définie par la norme sénégalaise sur la qualité de l’air (Norme Sénégalaise NS 05-065 d’Octobre 2003).

Ces concentrations élevées en particules réduisent fortement la visibilité horizontale du jour avec un maximum entre 09 heures et 15 heures. Cette réduction de visibilité affecte à son tour la bonne marche des activités socio-économiques dans ce nord Sénégal, dont les plus touchées restent le transport routier et les activités de commerce.

Pour ces activités de commerce, ce sont les boutiquiers et vendeuses aux marchés qui sont les acteurs le plus concernés au moment où une bonne partie des acteurs du transport routier éprouvent d’énormes difficultés de pratique de l’activité en ces jours de mauvaise visibilité.

En effet, d’un côté la forte réduction de la visibilité, du fait de la teinte jaunâtre qu’elle impose est source d’énormes difficultés et risques d’accident du côté des transporteurs dans la conduite des voitures, de l’autre elle réduit fortement le nombre de passagers qui généralement choisissent d’attendre le retour à des conditions normales pour effectuer leurs déplacements.


Le résultat général du côté des commerçants comme du côté des transporteurs routiers est la baisse de revenu en ces jours de fortes poussières, ce qui constitue alors un frein du point de vue économique.


En outre, de par leur l’inhalabilité (du fait de la taille des particules) et de leur toxicité, ces épisodes de poussières qui dégradent la qualité de l’air doivent aussi être considérés pour leurs impacts sur la santé des populations de cette région. En effet nos résultats montrent que, de ces poussières en suspension dans l’air découlent des maladies respiratoires notamment la bronchite et la pneumopathie. Si nous prenons comme exemple, le district sanitaire de Saint-Louis, ces deux pathologies y occupent respectivement les 4e et 6e places des dix maladies les plus diagnostiquées avec en moyenne plus de 600 cas par année au cours de la dernière décennie. Cependant, toutes les personnes exposées n’ont pas la même réaction face à ces agents pathogènes et n’ont donc pas la même sensibilité d’être affectées. Notre étude sur les populations à risque face à ces pathologies respiratoires révèle qu’à Saint-Louis et dans le reste de la région nord, les enfants sont beaucoup plus affectés par la bronchite alors que la pneumopathie touche plus les personnes âgées.


Pour plus de détails, au nord Sénégal, au courant de la dernière décennie (2006-2015), sur l’ensemble des patients consultés pour bronchite, toutes structures sanitaires confondues, 42% étaient âgées de 0 à 14 ans alors que pour la pneumopathie, 34% des patients étaient âgées de 60 et plus.

 
On comprend alors toute l’importance qui doit être accordée à cette question relative aux phénomènes de poussières désertiques qui, hélas, deviennent d’une année à une autre, de véritables types de temps qui caractérisent le nord-Sénégal mais qui gagnent aussi de petit à petit l’étendue du territoire national. Vu les conséquences néfastes qui en découlent notamment sur la santé des populations, de véritables mesures d’alerte, de préventions à temps réel mais aussi de sensibilisation sont à prendre par les autorités compétentes pour éviter sinon réduire au maximum le risques aux populations exposées.     

Dr Demba GAYE,
Géographe-Climatologue, spécialiste des Lithométéores et Chercheur à L’UGB
 
 




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1.Posté par Dieynaba sabaly le 15/02/2018 07:23 | Alerter
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Bravo pour l'article très riche et surtout très instructif. Il est vrai que en ces épisodes de poussières la capital nord ne fait pas beau vivre

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