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Lettre ouverte de l’artiste et professeur Zoumba : "Le Sénégal, un Etat hors-la-loi classique"

Mardi 10 Novembre 2020

Lettre ouverte de l’artiste et professeur Zoumba
(Adressée au chef de l’Etat, à la presse nationale et aux personnalités politiques de tous bords,
Aux Ministres en charge des secteurs Education, Culture, Equité sociale, Fonction Publique et Finances)



Ce fil de vie administrative, on le constatera tout au long de la lecture, est une succession d’injustices que l’état du Sénégal fait subir à ses propres agents fonctionnaires, et ce depuis l’époque socialiste et pas seulement dans le régime du Président Sall. On constatera aussi que l’Etat, système profondément mafieux, le fait toujours de façon intelligente afin que nulle intervention ne soit possible ou efficace. Pour ce qui me concerne personnellement, on ne compte plus les anomalies qui feraient de la matière pour un corps de Prud’hommes.

Si on connaît surtout « Zoumba », l’écrivain, musicien et artiste de scène, lauréat de plusieurs prix internationaux de théâtre et de Conte dans divers pays d’Europe et d’Asie, je me nomme officiellement Papa Samba Amadou SOW, Mle 510 618/ i, vice-major de la 14e promotion des Animateurs Culturels issus du Conservatoire National de Dakar en 1989.

- 1ère ANOMALIE : Major ou Vice-major ?
En 1989, sur la liste des admis, je sortis Major de la 14e promotion des A.C. du Ministère de la Culture, mais 15 jours plus tard, un examen spécial a été organisé à notre insu pour une camarade absente, qui se retrouva Major en ayant planché toute seule sur d’autres épreuves.

- 2e ANOMALIE : Salaire de fonctionnaire ou bourse d’étude ?
Quand sous forme de rappel en 1989 je perçus mon premier salaire, je fus déçu de constater qu’il faisait à peine 50.000 francs CFA mensuels, l’équivalent d’une bourse d’étude, alors que j’étais un cadre moyen du Ministère de la culture, affecté au Centre Culturel Régional de Louga.

Pendant des années, ce salaire n’atteignit jamais 60.000 CFA, et j’avais honte de le dire à mon entourage. Quand tous mes camarades de promo avaient un salaire normal de la hiérarchie B +, équivalent Licence, d’une base d’environ 160.000 FCFA, j’engageais ma carrière professionnelle en étant dès l’entame si lourdement lésé.
Au ministère, on me rassura à l’époque, que ce n’était qu’une erreur humaine, mais que cela allait être réglé assez vite, ce qui ne fut jamais le cas. Or là, je m’approche de la retraite et on sait tous que c’est le premier bulletin de salaire qui servira alors au calcul de la pension de retraite.

- 3e ANOMALIE : M.O.S.A. pour un si jeune agent :
Au CCR de LOUGA, alors que je faisais correctement mon travail dans un cadre subissant un réel déficit de personnel, et que je venais juste d’être titularisé, mon salaire fut subitement bloqué en 1990 : je venais d’être versé dans le lot des MOSA (Maintenus par Ordre Sans Affectation). La malédiction me poursuivait et je n’avais rien fait pour le mériter. Au contraire, j’étais le Directeur adjoint du CCR de Louga dont je dirigeais la Bibliothèque avec un bel élan.

4e ANOMALIE : Départ volontaire involontaire

Je reçus quelques jours plus tard, toujours en 1990, une note officielle me plaçant dans la liste des Départs Volontaires. Où est la volonté dans cette affaire ? L’état, sous Abdou Diouf, vivait alors une difficile période d’austérité avec le Plan d’Ajustement Structurel.

Au Ministère de la Fonction Publique, je refusai fermement de prendre cet argent ponctuel que l'on me tendait, et je continuai à travailler au CCR tout en mobilisant des connaissances pour corriger ce lot d'erreurs. Ainsi je pus continuer à percevoir mon salaire, toujours minimum, trois fois plus bas que ceux du personnel subalterne que j’avais sous mes ordres.

5e ANOMALIE : Enseignant jamais formé pour enseigner.
Vers la fin de l’année 1990, le Ministère de la Fonction Publique convoqua tous les MOSA. J’appris alors que je n’étais pas seul dans ce lot de victimes de l’anarchie de l'État et nous nous vîmes tous proposer d’aller enseigner. Il y avait dans le lot des fonctionnaires de plusieurs autres ministères. Ayant l’équivalent de la Licence en Lettres, j’appris sur place que j’étais déjà affecté au Lycée Ahoune Sané de Bignona, en qualité de Professeur LHG, sans jamais avoir bénéficié de la moindre formation pédagogique, ce qui est bien grave.

Mais ne pouvant combattre l’état, structure impersonnelle, je signai comme les autres mon acte de détachement, comptant sur une imminente formation. Fier fils de deux enseignants, (faut-il préciser ici que ma maman a 11 enfants, 11 enseignants) je me disais que j’aurais vite fait de m’adapter dans cet univers de l’enseignement qui d’ailleurs n’est guère éloigné de celui de la culture, et lors je partis en Casamance, sans expérience dans ce domaine nouveau. J’y servis jusqu’en 1997 sous la houlette du proviseur Youba Sambou, enseignant le Français, pilotant les activités para et périscolaires, fondant et dirigeant au passage la Bibliothèque Publique Départementale de Bignona. Puis je fus affecté dans un collège de St-Louis ou j’exerce toujours, craie-en-main.

6e ANOMALIE : Équivoque dans les bulletins de salaire.
Sur tous mes bulletins de salaire, je suis Animateur Culturel Principal. Donc même si depuis 1991 je sers comme professeur craie en main, et malgré les missions successives du B.O.M, j’émarge toujours officiellement au corps des Animateurs Culturels. Et comme le prévoyait le décret nous détachant dans l’enseignement, je recevais toutes les indemnités du MEN, mon ministère d’accueil. Lors, mon salaire fut relevé par les seules indemnités de Logement et d’enseignement et je pus enfin commencer à vivre assez décemment.

7e ANOMALIE : Décret clandestin inique.
Mais depuis le mois de Juin 2014, nous ne recevons plus les indemnités de Logement. Après avoir saisi par écrit le médiateur de la République, des syndicats dynamiques, et des cadres du Ministère des Finances que j’ai formés, je viens d’apprendre que c’est le Chef de l’Etat qui en mai 2014 a signé un décret nous retirant ces indemnités. Au nom de quoi si nous enseignons toujours craie-en-main ? Et au nom de quoi si le décret initial qui nous détachait au MEN prévoit clairement ces charges ?

8e ANOMALIE ; Acte de détachement toujours en vigueur.
Le chef de l’état en signant ce décret de Juin 2014 devait aussi logiquement ordonner l’annulation pure et simple de nos détachements au MEN. C’est un véritable racket que de nous continuer à me faire enseigner craie-en-main sans que j’aie les mêmes droits. Une fracture dans le monde scolaire.

9e ANOMALIE : Avancement bloqué depuis 13 ans
Curieusement je n’avance plus ni en grade ni en échelon depuis 2007. Au Ministère des Finances, on me dit que c’est parce qu’ils n’ont pas reçu ma note administrative de 2009. Même avec un changement de chef de mon établissement, je m’arrangeai pour que le nouveau me fasse une note et ce fut bien acheminé, mais depuis 2007 mon grade reste toujours bloqué.

10e ANOMALIE : Amertume, frein à l’ambition
Tous mes camarades de promotion et même beaucoup d'animateurs culturels des promotions suivantes sont devenus aujourd’hui de braves Directeurs de Centres Culturels ou d’autres services du Ministère de la Culture. Tous absolument le méritent parce que la Culture forme solidement ses gens, mais Papa Samba Amadou Sow dit Zoumba n'aura jamais un poste de responsabilité, jamais dans un ministère qui officiellement n’est pas le sien.$

L’état sous Abdou Diouf, pris au collet d'une politique d'ajustements structurels, avait arbitrairement décidé de nous sacrifier dans ce contexte particulier, mais aucun des régimes qui ont suivi n’a tenté de remettre les choses à l’endroit. Pire, l’actuel régime exerce carrément du racket sur nos dos et nous retient en otage dans un secteur où nous sommes obligés de travailler sans être payés de retour et sans nulle possibilité de promotion interne.

CONCLUSION SIMPLE :

- Le Ministère de l’Education Nationale est coupable d’employer depuis 1990-1991 des enseignants non formés pour enseigner.
- Le Ministère de la Culture, qui a pourtant des sous-effectifs, est coupable d’ainsi laisser migrer ses agents bien formés et de souffrir qu’ils se fassent arnaquer.
- Même si nous y avons été contraints (MOSA, Départs Volontaires), nous sommes coupables de l’avoir accepté, peut-être attirés par le seul mirage des indemnités.
- Le Ministère des Finances est coupable de laxisme, à l’élaboration de mon premier bulletin de salaire, celui-là seul qui est déterminant à la retraite.
- Le Ministère de la Fonction Publique est coupable de ne guère correctement réajuster ses effectifs malgré toutes ses missions à travers le pays.
- Et surtout le Président de la République est coupable de signer en catimini un tel décret injuste que je dénonce ici.

.
Mon exigence est, par simple annulation du détachement longue durée, un retour à mon Ministère d’origine, celui de la Culture où mes diverses expériences sont déjà bien connues et respectées. En toute logique je peux juridiquement revendiquer de servir pour le secteur pour lequel je suis formé.
Mon souhait est, tant que je n’ai jamais arrêté d’enseigner, le juste remboursement de toutes mes indemnités suspendues depuis juin 2014, et une revalorisation de mon bulletin de salaire de base pour éviter que ma pension de retraite soit dérisoire
Alors et seulement alors, je pourrai commencer à comprendre le fonctionnement de l’Etat du Sénégal, par le traitement juste de ses propres agents.

Pape Samba A. SOW "Zoumba".
- Président.de COCONS - Compagnons-Conteurs du Nord-Sénégal
-- Poète, Romancier et Critique,
- Professeur Vacataire Univ Gaston Berger, UFR CRAC / Communication,

 


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