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Mauritanie-Sénégal : exclure la presse pyromane

Samedi 10 Février 2018

Entre la Mauritanie et le Sénégal, il y a déjà tant de gaz (au propre comme au figuré) qu’une étincelle peut déclencher le feu. Et cet élément déclencheur de la conflagration peut venir de la presse, si celle-ci ne se rappelle pas le rôle qu’elle a peu ou prou joué dans les tragiques ‘’événements sénégalo-mauritaniens’’ d’avril 1989, à la suite du meurtre d’un paysan à Diawara, en Mauritanie, dans une bataille entre bergers mauritaniens et paysans sénégalais. Cette année-là, de part et d’autre, il y a eu des tueries croisées de ressortissants des deux pays.


Pourtant, le journaliste Mbaye Sidy Mbaye, dans sa chronique, en début de cette semaine, sur la Radio futurs médias, rappelle qu’Abdou Diouf, alors président de la République, demanda à la presse sénégalaise de ne pas rapporter les blessures physiques infligées aux Sénégalais rapatriés de Mauritanie. Et, elle va dans ce sens, l’initiative prise par le président du Syndicat des journalistes de la Mauritanie (Sjm), Mohamed Salem Ould Dah, d’avoir adressé à son homologue sénégalais Ibrahima Khaliloulah Ndiaye, Secrétaire général du Synpics, une correspondance dans laquelle il a mis l’accent sur ‘’la nécessité pour les médias des deux pays de faire preuve de professionnalisme pour ne pas verser de l’huile sur le feu, suite aux malheureux incidents qui ont occasionné la mort d'un pêcheur nguet-ndarien’’.
 
 Et dans sa réponse, le secrétaire général du Synpics ‘’a accepté l’idée, exhortant aussi les confrères des deux pays à plus de responsabilité et de professionnalisme dans le traitement de l'information sur cette bavure des gardes-côtes mauritaniens qui ont, de nouveau, mis les deux pays au bord de l’incident diplomatique et de la crise. L’échange de correspondances entre les deux dirigeants syndicaux mauritanien et sénégalais est venu d’autant à son heure que du côté sénégalais, un organe de presse vit, dans l’invitation faite au chef de l’Etat sénégalais Macky Sall par son homologue mauritanien, comme une ‘’convocation’’  (sic) à Nouakchott.
 
Ce n’est pas faire œuvre de pompier que de titiller les ego et les fiertés nationaux que de se livrer à des interprétations pas du tout heureuses, ni intelligentes d’une situation de crise, quand on sait ce que l’extrémisme a produit par le passé et par la presse. Le Sénégal est certes un pays pacifique, mais pas pacifiste à tout crin et il est mal venu et inexact de qualifier sa courtoisie comme une poltronnerie d’Etat.
 
Le journal en ligne https://afrique.latribune.fr  se fait fort de rappeler ‘’encore à nos frères sénégalais que les incidents graves surviennent chez eux aussi, comme en 2002, lorsque Mohamed Ould Sneid, commerçant mauritanien, a été abattu de plusieurs balles, en tentant de traverser le fleuve près de Gourel. Aucun mouvement de vendetta contre les Sénégalais n’a pourtant été noté en Mauritanie. En 2008, c’est une pirogue lancée dans une partie de pêche pirate qui ira attaquer les gardes-côtes mauritaniens’’.
 
Le journaliste n’a pas vocation à être pyromane. Servir la paix ou la vérité ? Mais quel que soit le terme de l’alternative choisi, ce choix doit être fait non point tant avec objectivité qu’avec cette responsabilité dont nous faisions état dans la dernière édition de cet  ‘’Avis d’inexpert’’  (‘’Enquête’’ n°1982 des 3 et 4 février 2018). Il n’est pas de journalisme sans journalistes responsables, capables et disposés à s’interroger sur le sens de leur mission de diffusion de l’information (mais pas n’importe quelle information), surtout quand celle-ci peut mener à la violence, à la division et à la zizanie.
 
Le journaliste informe, écrit Sabine Caze, animatrice de l’émission ‘’Vivante Église’’  sur Présence radio chrétienne. Doit-il ‘’en plus’’ servir la vérité et la paix ? Et s’il le veut, comment les décline-t-il ? En pensées, en paroles, par actions ou par omissions ?… Car il va s’y confronter tout au long du processus d’information.
 
L’appel conjoint fait aux journalistes mauritaniens et sénégalais par leurs leaders respectifs à ‘’privilégier les faits dans cette affaire’’, est alors une initiative préventive et salutaire pour que, d’un côté comme de l’autre du fleuve Sénégal, ne soit pas une réédition de ce qu’on appela avec pudeur et euphémisme ‘’les événements sénégalo-mauritaniens’. Dans une perspective africaine, l’ouverture du chef de l’Etat sénégalais à l’appel de son homologue mauritanien est une réponse d’un cadet à son aîné de cinq ans !
 
Que la presse comprenne ainsi cette situation. Les écrits et les titres ravageurs ne durent qu’une journée, attirent du lectorat, mais la résorption et la réparation de leurs dégâts peuvent nécessiter des années. Et tel journal qui attise le feu sera exclu des mérites de leur extinction.
 
Jean Meïssa Diop