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« La France n’a pas d’ordres à donner au Mali ! »

Jeudi 13 Janvier 2022

En 2007, Tiken Jah Fakoly avait été sommé de quitter le Sénégal quand, lors d’un concert au centre culturel français de Dakar, il avait demandé au fils de l’ex[1]Président, Karim Wade, d’aller s’expliquer à l’Assemblée nationale à propos de sa gestion des fonds du sommet de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI). 13 ans après, le reggae[1]man et artiste révolutionnaire très engagé foule à nouveau le sol sénégalais pour un concert de l’association Horizons croisés de Limoges (France). Evoquant la question du 3ème mandat, le chanteur a indiqué que « je souhaite au président Sall qu’il finisse son règne comme Amadou Toumani Touré et non comme Alpha Condé ».

Le Témoin s’est entretenu avec le célèbre chanteur ivoirien aux rastas. Le Témoin – Tiken, quelle impression vous fait le Sénégal après 13 ans d’absence ? Le Sénégal est un beau pays, accueillant, très connu dans le monde à travers sa culture. Je suis très heureux d’être au Sénégal après 13 ans. Même si l’événement par lequel je suis venu n’est pas très médiatisé, je suis heureux d’être de retour au Sénégal, un pays où j’ai beaucoup de fans. Vous parlez souvent de la Côte d’Ivoire. Quel rapport avez-vous avec ses autorités ? Je compte retourner en Côte d’Ivoire et j’y vais très souvent. Il n’y a pas de problème entre moi et le gouvernement. J’ai sorti un single qui s’appelle « Gouvernement 20 ans ».

Je ne parle pas de la Côte d’Ivoire. Je pense que c’est l’Afrique. Au Congo, au Congo Brazzaville, au Sénégal, au Togo, au Bénin ou même au Rwanda. Dans tous ces pays, il y a des opposants et des gens de la société civile qui sont en prison. C’est important qu’on parle d’eux. J’ai remarqué que tous les opposants dans ces pays cités sont condamnés souvent à 20 ans. Donc, je voulais marquer cela dans l’histoire. « Ceux qui s’opposent, une fois au pouvoir, font pire que ceux qu’ils dénonçaient » Cela résume votre engagement… L’Afrique a besoin d’être réveillée. Personne ne viendra changer l’Afrique à notre place. Je fais de la musique. Je suis la branche musicale de la société civile. C’est à dire, les « Y en a marre », le « Filimbi », le « Balai citoyen » au Burkina. Eux, ils luttent sur le terrain. Nous, on fait des chansons pour les galvaniser. C’est la lutte pacifique. Nous ne voulons pas aller vers l’affrontement. Nous voulons être des gens qui surveillent de près les dirigeants politiques.

Puisque nous constatons que ceux qui s’opposent, une fois au pouvoir, font pire que ceux qu’ils dénonçaient. Je pense que le rôle de la société civile est très important. Nous nous rangeons du côté du peuple. Nous voulons juste faire passer nos messages et nos idées afin qu’on nous respecte. Parlant de « Y en a marre », premier groupe d’activistes au Sénégal, il est en train d’être affaibli par le pouvoir. Quel message pour ce groupe à qui vous avez dédié un single ? Je leur dirais de continuer. On sait que ce n’est pas facile. Le pro[1]blème en Afrique, on demande aux gens d’aller au front. Mais ils ne sont pas ravitaillés. Quand vous envoyez des militaires au front, il faut des munitions. Il faut leur donner à boire et à manger. Quand le mouvement « Black Lives Matter » a été créé aux Etats Unis, aussitôt des personnes se sont mises ensemble pour soutenir ses animateurs afin qu’ils continuent à rester debout. On demande à tous ces mouvements d’ici et d’ailleurs des sacrifices mais ils manquent de soutiens.

Souvent, ce sont des Ong d’ailleurs, établies dans des pays occidentaux, qui les financent. Mais elles ne leur laissent pas l’in[1]dépendance. « Tout ce que je souhaite au Président Sall est qu’il finisse son règne comme Amadou Toumani Touré et non comme Alpha Condé » Actuellement, la plaie du continent reste le problème du 3e mandat. Quel est votre avis sur ce sujet ? Les chefs d’Etat ne veulent pas se prononcer là-dessus. Parce que, si vous le dites, dans votre propre camp, il y aura des frictions. Ça va être une guerre dans votre camp. L’opposition pourrait en profiter pour vous fragiliser ou vous déstabiliser. Au Sénégal, il y a une so[1]ciété civile forte. Tout ce que je souhaite au Président Sall est qu’il finisse son règne comme Amadou Toumani Touré et non comme Alpha Condé. Tant qu’il y aura des 3èmes mandats, il y aura des coups d’Etat. Quel message lancez-vous à la jeunesse africaine ? Je leur dis qu’on n’a pas le choix d’être au combat. Il faut que la révolution soit menée de manière intelligente. Il ne faut pas aller faire des histoires avec ton frère ou dire que tel ou tel n’est pas Président ou autre.

Notre génération n’a pas le droit de casser. Parce que nous n’avons pas construit grand-chose. Il faut manifester sans casser. Les casses font fuir les investisseurs et des personnes peuvent perdre leur travail. Il faut respecter l’adversaire. Soutenons nos candidats et menons les combats dans l’intérêt du Sénégal et du peuple sénégalais. Vous avez chanté au Mali « France dégage ». Actuellement, entre la France et le Mali, il y a un grand coup de tonnerre. Quel est votre avis ? Le Mali est en train de se battre pour prouver son indépendance. C’est un pays souverain depuis 1960. Il a donc le droit de choisir qui peut l’aider. La France est au Mali depuis huit ans. Et il n’y a pas de résultat. Est-ce que le Mali peut prendre des décisions sans l’implication de l’ancien colon ? L’enjeu pour le Mali est de prouver son indépendance. La France n’a pas d’ordres à donner au Mali. Beaucoup de Maliens soutiennent cette transition.

Je pense qu’au bout de trois ans, ils vont devoir organiser une élection transparente pour remettre le pouvoir au peuple. Généralement, quand des militaires prennent goût au pouvoir, ils veulent continuer. Mais je ne suis pas pour une transition qui dure 5 ans. Vous avez lancé un très fort message pour l’Afrique dans un single. Quel discours pourriez vous tenir aux présidents africains ? Je conseillerais aux Présidents africains d’encourager l’intégration. Je sais que le Président Macky Sall sera bientôt le Président en exercice de l’Union africaine. Je lui demande d’en profiter pour faciliter les rapprochements et approfondir l’intégration. La seule solution pour nous, c’est les Etats Unis d’Afrique. Nous sommes 54 pays. Les gens profitent de notre division pour prendre nos ressources.

Les Etats Unis, c’est 50 ou 52 Etats ; l’Union Européenne c’est 26 Etats. Et la Chine est très grande. Mais elle n’est pas plus grande que l’Afrique. La Russie est grande aussi. Mais elle n’est pas plus grande que l’Afrique. Ces pays profitent de nos différends pour nous voler nos matières premières. Il faut que nous soyons une puissance, un seul pays. Je souhaite qu’une génération arrive un jour à concrétiser cette unité. Les Etats Unis ne vont jamais abdiquer face à une décision prise par le Sénégal, seul. Mais quand il s’agit d’une décision prise par les 54 Etats africains unis, ils seraient obligés de fléchir. Et pour y arriver, il faut que nous soyons une puissance pour développer nos économies.

Recueillis par Zaynab SANGAR