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Pourquoi le Burkina, le Niger et le Mali tournent-ils le dos à la Cedeao ?

Lundi 29 Janvier 2024

L’annonce conjointe de la sortie de la Cedeao des trois États du Sahel, dirigés par des militaires, apparaît comme l’épilogue des tensions avec cette organisation. Le retour à des régimes civils pourrait prendre du retard.

Les régimes militaires au pouvoir au Mali, Burkina Faso et au Niger ont annoncé dimanche leur retrait conjoint et "sans délai" de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Une première depuis 49 ans!

En réaction, la Cedeao a affirmé dans un communiqué que les trois pays sont "des membres importants de la Communauté", soulignant qu’elle "reste engagée à trouver une solution négociée à l'impasse politique" créée par l'annonce de leur retrait. Elle dit attendre encore "la notification formelle et directe" de cette décision.

Agenda politique

Passée la surprise, beaucoup s’interrogent encore sur les motivations profondes d’une telle décision aussi brusque qu’inattendue, au-delà des explications officielles.

Cette mesure lourde de conséquences, serait aussi liée au contexte socio-politique de chaque pays.

“Ces régimes politiques veulent exercer le pouvoir aussi longtemps que possible”, résume le politologue béninois Romaric Adoussi.

En se mettant en marge de la Cedeao, a ajouté Adoussi, ces pays se soustraient à toute contrainte extérieure pouvant les obliger à aller vers une transition. “Ce qui signifie que s’ils doivent désormais s’astreindre à un calendrier de transition démocratique, cela serait du fait des forces politiques qui, au bout d’un moment, seraient lassées de la gestion de ces régimes militaires et réclameraient un retour à un régime civil.”, a-t-il noté.

Au Niger, le général Abdourahamane Tiani a récemment déclaré que la période de transition avant le retour des civils n’excéderait pas trois ans. La durée exacte de la transition doit être fixée lors d’un "dialogue national" qui n’a pas encore débuté.

Au Mali, les militaires en place depuis bientôt quatre ans sous la conduite du colonel Assimi Goïta s'étaient engagés à organiser des élections en février 2024. Mais ils ont repoussé l'échéance à une date inconnue.

Au Burkina, le capitaine Ibrahim Traoré avait affirmé après sa prise de pouvoir le 30 septembre 2022 qu’il tiendrait les engagements pris auprès de la Cedeao par son prédécesseur, le lieutenant-colonel Paul Henri Damiba, de tenir des élections à l’été 2024.

Depuis, le régime a indiqué que la lutte contre les groupes jihadistes était la priorité.

Le poids des sanctions

À la suite des coups d’État dans ces pays, et conformément aux statuts de l’organisation, la Cedeao a pris de lourdes “sanctions économiques” contre le Mali et le Niger. Outre le gel des avoirs de ces Etats à la Banque centrale des États d’Afrique de l'Ouest (BCEAO), un embargo économique a été décrété contre ces deux pays.

Un véritable goulot pour ces pays enclavés, sans littoral, soumis à des pénuries des produits de première nécessité, des médicaments et à une inflation galopante.

Pire le Niger qui se ravitaille principalement à partir du Nigeria a été déconnecté par son voisin.

Des centaines de personnes se sont rassemblées à Niamey pour apporter leur soutien à la décision de retrait, brandissant des pancartes anti-Cedeao, ainsi que des drapeaux des trois pays et de la Russie, nouvel allié des régimes militaires du Sahel après le départ forcé de la France, ex-puissance coloniale.

"Nous sommes ici pour manifester notre joie après l'annonce de la sortie des trois pays de la Cédéao, nous saluons le courage de nos trois dirigeants qui montrent de quoi ils sont capables face à la Cédéao", s’est réjoui Hassane Gado, jeune manifestant.

Cette décision pourrait entraver l’une des mesures phares à l’origine de la création de la Cedeao à savoir: la libre circulation des biens et des personnes.

“ Cette mesure impactera beaucoup les citoyens de l’espace Cedeao et des États du Sahel. En vertu des textes de la Cedeao de 1979, les citoyens circulent dans la zone sans solliciter un visa. À terme, tel ne sera plus le cas”, déplore le politologue Romaric Adoussi.

Il a, à ce titre, noté qu’en sortant de la Cedeao, les trois États du Sahel se privent aussi des avantages de la zone de libre échange créée par la Cedeao. “Les opérateurs économiques de ces trois pays ne pourront plus à terme bénéficier des avantages de cette zone et vice versa”, a-t-il affirmé. En perspective, exit donc les exemptions de visa et les exonérations de taxe qui induiront des retombées sur les prix.

L’implémentation de ces mesures suscite des questions. Sans littoral, comment est-ce que ces États procèderont ? Misent-ils sur le nouveau partenariat économique et stratégique récemment conclu avec le Maroc pour accéder à la mer ?

Quid des problèmes juridiques ? “Il y a violation de l’article 71 du traité révisé de la Cedeao, fait remarquer Romaric Badoussi. Il dispose que tout État désirant sortir de la communauté doit prévenir celle-ci, un mois à l’avance. Tel n’est pas le cas. En principe, on pourrait dire que leur décision est nulle. En pratique, que peut faire la Cedeao pour les retenir ?”

La Cedeao qui risque de passer de 15 membres à 12, a déclaré qu’elle "reste engagée à trouver une solution négociée à l'impasse politique".

 


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