Face à l'apparition préoccupante de criquets pèlerins dans la vallée du fleuve Sénégal, particulièrement dans le département de Dagana au nord du pays, les autorités sénégalaises ont déployé des mesures préventives et coordonnées pour contenir cette menace acridienne. Le secrétaire exécutif du Conseil national de sécurité alimentaire (CNSA), Boubacar Dramé, a rassuré mercredi sur la maîtrise de la situation malgré des dégâts constatés dans plusieurs zones de production agricole.
Péril acridien dans la vallée : une menace pour l'agriculture irriguée
La vallée du fleuve Sénégal, grenier agricole du pays et cœur de l'agriculture irriguée nationale, fait face depuis le début de l'année 2026 à des attaques répétées de criquets pèlerins (Schistocerca gregaria). Ces insectes migrateurs particulièrement voraces ont endommagé plusieurs hectares de terres emblavées dans la zone de Dagana, menaçant directement la sécurité alimentaire et les revenus des producteurs maraîchers de la région de Saint-Louis.
Les criquets pèlerins, reconnus comme l'un des ravageurs les plus destructeurs au monde par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), peuvent parcourir jusqu'à 150 kilomètres par jour et consommer quotidiennement l'équivalent de leur poids en végétation fraîche. Un essaim d'un kilomètre carré contient environ 40 millions d'insectes capables de dévorer en une journée la même quantité de nourriture que 35 000 personnes.
Réaction rapide des autorités : coordination interinstitutionnelle
"Une note technique a été transmise au Premier ministre dès les premières alertes sur la base des informations fournies par la Direction de la protection des végétaux (DPV) et les autres services déconcentrés", a indiqué Boubacar Dramé à l'issue d'une mission conjointe du Secrétariat exécutif du Conseil national de sécurité alimentaire (CNSA), du Fonds des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et des services techniques de l'État.
Cette coordination institutionnelle précoce témoigne de la volonté des autorités sénégalaises de prendre en charge rapidement cette crise acridienne avant qu'elle ne prenne des proportions incontrôlables. Le secrétaire exécutif du CNSA a précisé que la mission de terrain visait trois objectifs stratégiques : évaluer précisément l'ampleur des dégâts agricoles, apprécier l'efficacité des traitements phytosanitaires déployés et renforcer la concertation avec les acteurs locaux du monde agricole.
Situation maîtrisable mais vigilance maintenue
Selon Boubacar Dramé, la situation observée sur le terrain demeure maîtrisable malgré des dégâts notés dans certaines zones de production horticole de la région de Saint-Louis, épicentre de l'agriculture irriguée du Sénégal et principal fournisseur de produits maraîchers pour les marchés urbains du pays.
Le responsable du CNSA a salué la synergie d'actions exemplaire entre les services de l'État, les collectivités territoriales et les organisations de producteurs, ainsi que le professionnalisme remarquable des agents de la Direction de la protection des végétaux (DPV), qui ont conduit des traitements phytosanitaires ciblés dans le strict respect des normes environnementales et sanitaires en vigueur.
Cette approche coordonnée et respectueuse de l'environnement est cruciale pour préserver la biodiversité de la vallée du fleuve Sénégal tout en protégeant les cultures vivrières et commerciales qui constituent le socle économique de la région.
Zones affectées : Dasndé, Gaya, Pont-Gendarme, Fanaye et Bokhol
Abdoulaye Dieng, président de la Concertation de la filière tomate industrielle du Sénégal, a apporté des précisions géographiques sur l'étendue des infestations acridiennes. Les attaques de criquets pèlerins enregistrées au début du mois de janvier 2026 ont principalement touché des cultures de courges et d'oignons dans cinq localités stratégiques de la vallée : Dasndé, Gaya, Pont-Gendarme, Fanaye et Bokhol.
Ces zones agricoles, situées dans le département de Dagana et caractérisées par une irrigation intensive grâce aux eaux du fleuve Sénégal, constituent des bassins de production essentiels pour l'approvisionnement des marchés nationaux et sous-régionaux en produits maraîchers frais.
La filière tomate sauvée grâce à une intervention rapide
"Grâce à la réaction rapide des producteurs et à l'intervention efficace des services techniques, la tomate et une grande partie des cultures d'oignons ont été sauvées", a déclaré Abdoulaye Dieng avec satisfaction. Cette préservation de la production tomatière revêt une importance capitale pour l'économie agricole sénégalaise.
La filière tomate, considérée comme stratégique pour l'économie agricole nationale et la sécurité alimentaire du Sénégal, génère des milliers d'emplois dans la vallée du fleuve et approvisionne les usines de transformation locale en tomates industrielles. Une destruction massive des cultures de tomates aurait eu des répercussions économiques désastreuses pour les producteurs maraîchers et les industries agroalimentaires de la région de Saint-Louis.
Les cultures de courges et d'oignons, bien que partiellement endommagées par les attaques acridiennes, ont pu être protégées dans leur majorité grâce aux interventions phytosanitaires ciblées menées par les équipes de la DPV en collaboration avec les organisations de producteurs.
Appel à la poursuite des actions préventives
Abdoulaye Dieng a lancé un appel pressant à la poursuite des actions de prévention et de surveillance afin de sécuriser durablement la filière tomate et l'ensemble des productions maraîchères de la vallée du fleuve Sénégal. Le président de la Concertation de la filière tomate a insisté sur la nécessité de maintenir une vigilance constante face au risque acridien qui peut resurgir à tout moment en fonction des conditions météorologiques et environnementales favorables à la reproduction des criquets pèlerins.
La Direction de la protection des végétaux, en collaboration avec les services de la FAO et le Centre de lutte antiacridienne (CLA) basé à Dakar, continue d'assurer une surveillance rapprochée des zones à risque et dispose de stocks de pesticides biologiques et chimiques pour intervenir rapidement en cas de nouvelle invasion acridienne dans la vallée du fleuve Sénégal.
MS



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