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Sénégal : une démocratie à la dérive

Jeudi 4 Mars 2021

Nous avons vécu ces dernières années une série de dépossessions démocratiques et c’est ce cycle que nous devons arrêter. Il s’agit de ne pas nous laisser déposséder de la capacité de configurer notre destin collectif


Sénégal : une démocratie à la dérive
L’élimination d’opposants politiques de la course aux élections présidentielles est une constante de la scène politique ouest-africaine. Les moyens sont hélas bien connus : accusation de détournement de deniers publics ou de fraude fiscale, remise en cause de la nationalité du candidat, exils, bannissements, emprisonnements, mandats d’arrêt internationaux, instrumentalisation de la justice et du parlement. La panoplie est vaste et l’imagination de nos gouvernants en ce domaine est fertile.


Sous nos latitudes, lorsque l’on accède au pouvoir, on le garde. On révise la constitution pour rester plus de mandats que prévu ; à défaut, on ne la respecte pas, on en tort l’interprétation à l’aide de juristes vénaux ou de conseils constitutionnels aux ordres. On inféode les contre-pouvoirs. De la démocratie, on ne retient que les formes institutionnelles et l’on s’empresse d’en évacuer le sens et la substance. On achète quand on peut certains organes de presse pour museler l’expression libre, on entrave le droit à la manifestation des citoyens pourtant garanti par la constitution, on restreint l’espace publique et les libertés individuelles, on intimide les voix dissonantes. Au lendemain d’élections formelles, scrutées par des observateurs nationaux et surtout internationaux (lorsqu’on les a admis), on quête le satisfecit de la communauté internationale sur la validité et la transparence du processus. Une fois ce blanc-seing en poche, l’on s’en retourne affamer la population, entretenir ses clientèles politiques, jouir du pouvoir et de ses démesures, trahir le contrat social du bien-être partagé, d’égalité des chances et de justice sociale au nom duquel on a été élu. À quelques exceptions près, l’on ne se prête au jeu de la compétition électorale qu’une fois que l’on s’est assuré que l’on a assez maitrisé la machinerie électorale et/ou que les adversaires les plus sérieux ont été éliminés du jeu. L’adage est connu, sous nos cieux, quand on a le pouvoir, on n’organise pas les élections pour les perdre, a moins de s’être assuré d’une succession qui vous absout de la redevabilité nécessaire de l’action publique, une fois redevenu un citoyen normal.


Nous avons tous été témoins de l’évènement. Une affaire privée opposant un leader politique de l’opposition et une citoyenne sénégalaise dont le théâtre fut l’intimité d’un salon de massage est devenue une affaire d’État. Ousmane Sonko, leader de Pastef est accusé de viol par la citoyenne Adji Sarr. Cette affaire aurait pu (due) être tranchée devant les tribunaux compétents, dans le temps normal de la justice sénégalaise, en respectant les droits des deux parties, dans une sérénité qui nous aurait éloignés de tout soupçon de machination ou de non-impartialité. Au lieu de cela, le domicile du leader du Pastef fut assiégé dès les premiers jours de l’affaire par les forces de l’ordre. Ce qui d’emblée a conféré à cette affaire un caractère politique. L’on s’est empressé de mettre en branle contre lui l’appareil judiciaire avec une célérité que l’on ne connaissait pas à notre justice, tordant au passage quelques règles de droit. L’accusé, Ousmane Sonko, a vu en une dizaine de jours son immunité parlementaire levée. En dépit du fait que les procès-verbaux des auditions des gendarmes, qui ont fuité, induisent chez toute personne censée et impartiale un sérieux doute sur la qualification des faits, le procureur de la République, maître des poursuites, décida de mettre en branle la massue judiciaire, car c’est bien de cela qu’il est question, quand il s’agit d’opposants au régime en place dont on prend au sérieux les prétentions au trône. L’affaire Khalifa Sall est là pour nous édifier. L’extrême impartialité dont il a été l’objet nous a tous laissé un goût amer, mais surtout a allumé dans nos cerveaux une alerte, qui s’est mise à tinter lorsque l’on a vu s’esquisser le même scénario. Un étrange et persistant sentiment de déjà-vu nous a habités. Rappelons juste que l’accusé Ousmane Sonko a obtenu pour une première participation aux élections présidentielles de 2019, plus de 15 % des suffrages des Sénégalais, ce qui fait de lui en l’absence d’une gauche sénégalaise et d’une réelle alternative politique, un candidat sérieux aux prochaines joutes électorales. Il s’agit d’analyser ce que l’évènement nous révèle et la vérité dont il est porteur quant à la nature de notre vie politique nationale. La tournure que prend cette affaire est l’expression d’une crise profonde de notre démocratie, qui par ailleurs, se vante d’être exemplaire en se comparant toujours à moins aboutie qu’elle sur le continent.


Depuis Wade, l’affaiblissement et la corrosion des acquis de la démocratie sénégalaise est une douce pente que nous avons empruntée. N’eût été le sursaut du 23 juin 2011 et du 25 mars 2012 ; notamment le barrage des Sénégalais et des Sénégalaises à sa tentative d’installer un ticket présidentiel ne requérant que 25 % des suffrages pour être élu, et celle de briguer un troisième mandat anticonstitutionnel, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Une dévolution monarchique du pouvoir nous guettait. Le M23, Y en A Marre, Devoir de résistance, l’opposition, la société civile, les syndicats, les citoyens et les citoyennes sénégalaises, nous en ont préservé.


Les idéaux pour lesquels nous nous sommes battus en 2012 : le raffermissement de notre démocratie par des réformes institutionnelles adéquates, l’équilibre des pouvoirs, la justice sociale, la redevabilité, l’égalité des citoyens devant la loi, l’élimination de la corruption ont été continuellement érodés depuis. Nous avons vu des personnages emblématiques du régime de Wade contre lequel nous nous sommes élevés en 2012, transhumer vers la majorité présidentielle, certains reniant urbi et orbi leurs engagements précédents ; des individus soupçonnés de détournement de deniers publics, certains épinglés par les rapports des corps de contrôles de l’État, retrouver grâce aux côtés du Prince. La déliquescence morale de la vie politique a amené la plupart des citoyens de ce pays à considérer la politique comme le lieu par excellence de l’expression des cynismes et de l’affrontement des opportunités, alors qu’elle doit être cet espace où la communauté configure son destin et œuvre à réaliser ses aspirations les plus élevées. Ceci est aussi dû en partie au fait que nous avons déserté ce lieu, jugeant son air peu respirable. À quoi avons-nous assisté ces dernières semaines ? Des activistes exerçant leur droit de protestation arrêtés et jetés en prison, une chasse des partisans de Pastef, des citoyennes manifestant leur soutien à leur leader, embarquées par la police, des journalistes entravés dans l’exercice de leur profession. D’ailleurs, ces dernières années la couleur fut annoncée ; plusieurs opposants ont fait l’expérience de la prison, l’embastillement récurrent d’activistes exerçant leur liberté de critique (Guy Marius Sagna en est devenu l’emblème. Il est actuellement détenu en isolement au Cap Manuel dans des conditions indignes) ; une Sénégalaise, Oulèye Mané, ayant fait circuler dans son WhatsApp une caricature du chef de l’État, Saer Kébé, un jeune lycéen de 16 ans ayant tenu des propos contre Charlie sur les réseaux sociaux se sont retrouvés eux aussi en prison. Le Sénégal est pourtant le pays d’une liberté d’expression gagnée de haute lutte. Nous sentions bien que liy raam ci nag ba la jëm.


De la multitude des faits que l’on pourrait égrener à l’infini, il s’agit cependant de passer au paradigme. Nous avons vécu ces dernières années une série de dépossessions démocratiques et c’est ce cycle que nous devons arrêter. La démocratie, plus qu’une forme d’État est une figure réelle de la vie politique. Elle nous engage à défendre ce qui fait tenir ensemble la société. Et l’un de ces piliers est la Justice. Dans notre contexte, la question est autant l’exercice du pouvoir, les normes auxquelles ce pouvoir est soumis, que les finalités qu’il se donne. Un pouvoir séparé de l’idée de justice, que rien n’équilibre plus, qu’aucune digue ne retient, ivre du monopole de l’exercice de la force publique, est exposé à toutes les dérives. Et Dieu sait que les tâches auxquelles il doit s’atteler pour les bien-être des populations sénégalaises vulnérabilisées sont nombreuses. Faut-il rappeler à ceux qui l’exercent que c’est nous qui le leur avons confié pour un temps, afin qu’ils s’attèlent aux conditions de notre plus grand bien ? Le leader de Pastef alors qu’il se rendait à la convocation de la justice été arrêté pour troubles à l’ordre public et placé en garde à vue dans les locaux de la section de recherche de la gendarmerie à Colobane.


Le sursaut auquel nous devrons notre salut est aujourd’hui dans le camp de la Justice. C’est à elle de restaurer l’État de droit et de juger les faits par une instruction impartiale. Il lui faut trancher le contentieux Ousmane Sonko et Adji Sarr par un jugement équitable, en dehors de tout agenda politique. Notre salut est aussi dans la vigilance et l’engagement des citoyens et citoyennes, à défendre l’idée que nous nous faisons de ce que la communauté doit devenir. Il s’agit pour nous de ne pas nous laisser déposséder de la capacité de configurer notre destin collectif. Au-delà de la bataille présente pour une démocratie réelle et une justice impartiale, il nous faudra sérieusement nous atteler à construire une véritable alternative sociale et politique et refonder ainsi la nation sénégalaise.

Felwine SARR

 


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1.Posté par Alassane Fall le 04/03/2021 08:28 | Alerter
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Monsieur Sarr verse lui aussi, après beaucoup d'autres, dans l'expression véhémente de lieux communs...Il serait utile de dire que la démocratie n'a jamais existé au Sénégal. Et que le droit à la libre expression autorise tout et n'importe quoi dans ce pays. Que le peuple n'a aucune maturité politique...Et que Monsieur propre Sonko est lui-même un homme du système, démagogue et pas vertueux du tout. Ces intellectuels sont tous plus décevants les uns que les autres.

2.Posté par Non Felwine le 04/03/2021 11:22 | Alerter
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Non Felwine, votre rang ne vous autorise pas certaines légèretés et les mélanges de choux et de chats, dans un texte comprenant faits concrets interprétés (de façon partisane ?) et sentiments personnels. S’il est possible de comprendre les sentiments personnels et de ne pas les commenter, il n’en est pas ainsi des faits interprétés abusivement ou étudiés d’un seul œil.
Je vous cite Felwine : "une affaire privée opposant un leader politique de l’opposition et une citoyenne sénégalaise dont le théâtre fut l’intimité d’un salon de massage est devenue une affaire d’État. Ousmane Sonko, leader de Pastef est accusé de viol par la citoyenne Adji Sarr. Cette affaire aurait pu (due) être tranchée devant les tribunaux compétents, dans le temps normal de la justice sénégalaise, en respectant les droits des deux parties, dans une sérénité qui nous aurait éloignés de tout soupçon de machination ou de non-impartialité ».
Mes questions :
• Qui a fait de cette affaire privée une affaire politique?
• Qui a refusé de déférer à la convocation de la gendarmerie, évoquant une immunité parlementaire?
• Qui a crié à hue et dia sur tous les toits que l'affaire qui s'est déroulée dans l'intimité d'un salon de massage n'était pas une affaire privée mais une affaire politique, un complot politique orchestré par le chef de l'Etat lui-même?
• Qui a harangué ses troupes qui ont provoqué des casses?
• Qui a dit que cette affaire était un mortel combat?
Alors Professeur, quelle sentence contre cette posture de Ousmane Sonko ?
Vous poursuivez : l’on s’est empressé de mettre en branle contre lui l’appareil judiciaire avec une célérité que l’on ne connaissait pas à notre justice, tordant au passage quelques règles de droit.
De quelles règles de droit parlez-vous ?
Je rappelle que d’affaires de mœurs, qui ont été porté à la connaissance du grand public, et qui ont impliqué des personnes célèbres, ici au Sénégal, ont été beaucoup plus expéditives. Cette affaire, datant du 02 ou 03 février, son traitement a d’ailleurs tiré en longueur, parce que le concerné est un député. Il a fallu presque 2 semaines pour boucler la levée de son immunité et permettre une manifestation de la justice. Alors j’aimerais vraiment cher Felwine, savoir de quel empressement vous parlez.
Si tant est qu'un intellectuel, n'est pas celui-là qui, avec un alphabet soigné, est très prompt à tirer sur l'Etat et est très compatissant avec les opposants et activistes même s'ils sont fautifs, alors, cher Felwine, j'aimerais vraiment avoir votre lecture impartiale de cette situation.
Le cas de Ouleye Mané que vous évoquez cher Felwine, qui n'a pas été indigné de cette histoire de photomontage? C’est derrière nous, et je dois rappeler qu’elle-même, la principale concernée, a présenté ses excuses. Je voudrais juste savoir si à la place du chef de l’Etat, un grand marabout était caricaturé quelle serait la réaction populaire ? Quelle serez votre avis sur l’emprisonnement de l’auteur ?
Le cas du jeune Saer Kébé dont vous parlez, nous avons tous été peinés de voir ce jeune en prison. Mais permettez-moi de vous corriger chef Felwine. Il n'avait pas 16 ans au moment des faits, mais 20 ou 21 ans. Il faisait la terminale. Il a été arrêté pour menaces car il aurait écrit sur la page Facebook de l'ambassade des USA, des messages que vous, Felwine, ne tiendrez pas. Alors, au lieu de vous limiter à critiquer notre justice, pourquoi ne sensibiliseriez-vous pas les jeunes sur les bonnes manières d'utiliser internet. Le jeune a été détenu pendant 04 ans, et condamné à 03 mois avec sursis. Je crois que c'est effectivement un prétexte de dire que notre justice doit être plus humanisée, mais je ne mettrais pas cela en rapport avec notre démocratie.
Pour en venir à ce qui s'est passé hier, vous dites : "Le leader de Pastef alors qu’il se rendait à la convocation de la justice été arrêté pour troubles à l’ordre public et placé en garde à vue dans les locaux de la section de recherche de la gendarmerie à Colobane."
Je crois Felwine que vous occultez beaucoup de détails qui pourraient être très utiles à la compréhension de la situation. Il faudrait rappeler qu'on est dans un contexte de catastrophe sanitaire et que les rassemblements sont interdits. Je sais que vous ne faites pas partie de ceux-là qui cautionnement le fait de transgresser des lois. Le préfet de Dakar, garant de l’ordre public, a demandé au cortège d’emprunter une route, pour éviter de troubler l’ordre public. Le cortège de Sonko (plusieurs voitures, plusieurs motos et plusieurs centaines de piétons), a voulu faire fi de cette prescription du préfet et a voulu emprunter l’avenue cheikh Anta Diop, qui est exiguë, et qui comprend, je dois le rappeler, la plus grande université du Sénégal, une école de formation en santé (ENDSS), une école des travailleurs sociaux (ENTSS), deux hopitaux (hopital Fan, hopital Abass Ndao), deux marchés. Pendant ce temps, des confrontations entre des partisans de Sonko et les forces de l’ordre ont commencé à éclater. Après moult échanges entre le préfet, les forces de l’ordre et Sonko, échanges dont vous et moi ignorons complètement la teneur et la substance, Sonko a été arrêté pour les motifs que vous avez présentés. Il serait très imprudent pour quelqu’un comme vous, de tirer une conclusion hâtive.
Mes respects, cher Felwine.

3.Posté par ISSAKHA le 04/03/2021 11:42 | Alerter
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Toi aussi Monsieur SARR. Tu cautionnes que les hommes politiques (surtout un opposant) peuvent forniquer, vio...., faire du faux et que l'on classe leurs dossiers en perte et profit, sans aucune suite ni conséquence
En plus ce Sonko appel tous les jours à la violence, à la rébellion, au non-respect des lois et institutions
Franchement, pour l'amour de Dieu, continuez à etre cet intellectuel non partisan

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