Faut-il rappeler les nombreux problèmes qui gangrènent nos universités ? Nous pouvons répondre par l’affirmative. En effet, l’université sénégalaise souffre aujourd’hui de nombreuses maladies et se trouve dans une situation d’urgence qui, si elle n’est pas solutionnée, ne fera qu’empirer l’érosion progressive compromettant sa paix et sa stabilité.
Parmi ces multiples problèmes, nous pouvons identifier l’insuffisance des infrastructures universitaires, tant sur le plan social que pédagogique. Le manque d’infrastructures est très visible, car chaque année le nombre d’étudiants augmente et les infrastructures ne suivent pas.
En guise d’exemple, nous pouvons citer l’Université Gaston Berger de Saint-Louis qui, depuis 2021, ne cesse de connaître une augmentation du nombre de nouveaux bacheliers dans un contexte où il y a une absence totale de construction de villages universitaires (logements sociaux). Sur le plan pédagogique, il n’y a pas eu de construction de nouvelles salles de classe, si ce n’est les deux chapiteaux de l’UFR SJP. Cette situation est encore plus apparente lorsqu’on va plus loin. En effet, si l'on prend l'exemple du Département de la Communication, on constate que de la Licence 1 au Master 2, ce département ne dispose que d’une grande salle de cent (100) places et d’une petite, avec chaque année une augmentation du nombre de nouveaux bacheliers qui, cette année, dépasse les six cents (600).
Pour solutionner ce problème, il urge de construire de nouveaux logements sociaux ainsi que de nouvelles salles d’études modernes, tout en veillant à la qualité des équipements, qui reste un problème majeur que nous n’avons pas encore évoqué mais qui se manifeste par un manque accru de tables-bancs, de vidéoprojecteurs, de lampes, pour ne citer que cela.
L’insuffisance notoire des infrastructures entraîne un autre problème : celui des effectifs. En effet, aujourd’hui, les universités sénégalaises reçoivent un nombre important d’étudiants qui n’ont pas toujours des objectifs de recherche. Face à l’augmentation du nombre d’étudiants au sein des universités, l’État doit prendre des décisions idoines, notamment le renforcement des ISEP afin de pouvoir accueillir plus d’effectifs, ainsi que la mise en place de nouvelles formations professionnalisantes dans les secteurs prometteurs du pays et en adéquation avec la Vision 2050 du Sénégal.
L’université doit être réservée aux étudiants qui ont des objectifs de recherche. En réalité, la façon dont on oriente aujourd’hui les nouveaux bacheliers ne fera qu’aggraver le problème du chômage, car les universités formeront en grande partie des diplômés sans emploi. En effet, pour travailler dans certains domaines, il faut faire des études poussées, ce qui n’est pas possible pour tout le monde, d’autant plus que l’effectif des étudiants en Master est très restreint.
En guise d’exemple, nous pouvons prendre le cas de l’UFR SJP de l’UGB, qui reçoit plus de mille étudiants en Licence 1 et en admet moins de cent en Master. Un nombre qui n’atteint même pas 10 % de l’effectif initial, alors que pour exercer dans les métiers juridiques et politiques, un Master 2 est requis dans la plupart des cas. Orienter un nombre pléthorique d’étudiants dans ces filières revient donc à former des diplômés sans emploi ni compétences pratiques.
Parmi les problèmes identifiés, nous avons également noté le déficit d’enseignants-chercheurs. Selon le Dr Abdou Rahman Diouf, le gap en 2025 est estimé à 1 500 professeurs. Cette année, le ministre a annoncé le recrutement de 500 enseignants-chercheurs, une initiative que nous saluons. Toutefois, nous exhortons l’État, en collaboration avec les rectorats, à faire preuve de plus de pragmatisme et d’efficacité dans le recrutement, car les besoins en enseignants chercheurs doivent être considérés en fonction des flux massifs de milliers de nouveaux bacheliers que l’université reçoit.
Le déficit d’enseignants-chercheurs a de graves conséquences sur la recherche, car le nombre d’encadrants disponibles est insuffisant face au nombre d’étudiants. Ce déficit compromet profondément la qualité de l’enseignement et de la recherche, d’autant plus que parmi les enseignants disponibles, beaucoup ne font pas correctement leur travail. Combien d’enseignants-chercheurs désertent aujourd’hui les salles de classe au profit d’intérêts personnels ? Combien d’étudiants ont été ajournés à cause d’un traitement injuste de leurs dossiers ou d’une mauvaise correction ? Combien d’étudiants ont abandonné la recherche à cause du manque de sérieux de certains encadrants ?
Nous ne pouvons pas tout citer, mais il nous semble important d’illustrer nos propos par un exemple parmi tant d’autres que nous gardons en mémoire. En 2024, une amie devait soutenir son mémoire en sociologie. Ce qui est écœurant, c’est qu’à quinze (15) minutes de sa soutenance, le président du jury l’a informée de l’annulation de celle-ci, sous prétexte que son encadrant n’avait pas lu le travail. Cet exemple n’est qu’un parmi tant d’autres.
De plus, nos universités sont confrontées à un chevauchement sans précédent des années académiques. En effet, le calendrier universitaire n’est pas normé : il n’existe pas de dates claires de début et de fin d’année académique, et pire encore, les années se chevauchent. Dans une même université, on peut trouver deux formations relevant de deux années académiques différentes à la même période. Parfois, la situation s’aggrave au point que, dans une même formation et une même classe, coexistent deux années académiques différentes. Cette situation est récemment survenue à l’UFR SAT, où l’on avait une Licence 1 entrante et une autre sortante. Le chevauchement des années est encore plus grave que ce que nous décrivons, mais la situation est suffisamment visible.
À ces problèmes non exhaustifs s’ajoute le récent débat autour de la réforme du décret n°2014-963 du 12 août 2014, qui fixe les conditions d’attribution des allocations d’études. Nous n’allons pas nous attarder sur la description de cette situation, mais nous souhaitons nous adresser, d’une part, à l’État et, d’autre part, à nos camarades étudiants, pour la préservation de la paix et de la stabilité au sein de nos universités.
Au gouvernement, nous admettons et affirmons que des réformes doivent s’opérer dans l’enseignement supérieur. Cependant, nous vous rappelons que c’est dans la concertation et la consultation que l’on gouverne un pays, et non par le « gatsa-gatsa » ni le jusqu’au-boutisme. Il faut privilégier le dialogue plutôt que le forcing. Les réformes dans l’enseignement supérieur ne se limitent pas à la question de la bourse, et la rationalisation des dépenses de l’État ne peut se faire uniquement par la diminution des bourses ou du nombre des ayants droit, même si cela peut constituer un moyen.
Comme le dit l’adage, « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Le Sénégal doit rationaliser ses dépenses pour faire face à la situation actuelle, mais il faut commencer par le commencement. Y a-t-il des réformes concernant la caisse noire ? Les salaires des ministres ou des agents de l’administration ont-ils été diminués ? Qui a renoncé à certains privilèges, comme les billets pour la Mecque ? Nous posons simplement ces questions. Par ailleurs, avant de réformer les bourses, il serait judicieux de trouver des solutions aux nombreux problèmes qui gangrènent les universités et de trouver des solutions, telles que les jobs étudiants et une meilleure orientation des nouveaux bacheliers vers des formations professionnalisantes, afin de désengorger les universités, sans oublier la nécessité de stabiliser l’année académique.
Il faut serrer sa ceinture avant de demander aux autres de serrer les leurs. Nous appelons également l’État à valoriser les travaux scientifiques des étudiants. De nombreux travaux ont été réalisés sur les maux qui gangrènent notre pays et ont formulé des recommandations. Qu’a fait l’État de ces travaux ? Combien de mémoires et de thèses ont porté sur la question des inondations ? Lesquels ont été mis en pratique ? Nous avons évoqué les inondations, mais il existe d’autres problématiques majeures, comme le réchauffement climatique. Malheureusement, les travaux scientifiques de nos étudiants ne sont pas valorisés.
À titre d’illustration, prenons le cas de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis : devant les restaurants universitaires, on trouve parfois plus de cinq (5) personnes mobilisées pour prendre un seul ticket, alors que l’université forme chaque année de nombreux développeurs full stack capables de digitaliser les services de restauration moyennant une note de semestre. Mais au nom de la rationalisation, on privilégie des solutions conjoncturelles plutôt que structurelles. La digitalisation des services universitaires et administratifs est pourtant un moyen efficace de rationalisation. Si l’on réfléchit davantage, on constatera que dans plusieurs domaines, nos étudiants peuvent être une véritable ressource. Nous n’aborderons même pas la question de la cybersécurité, alors que le Sénégal a subi deux attaques en une seule année, dont celle visant la DAF.
Nous rappelons également à l’État qu’aucune situation ne peut justifier la mort d’homme ni la fermeture des restaurants universitaires, lieux qui accueillent quotidiennement des milliers d’étudiants. Si nous n’investissons pas dans l’enseignement supérieur, où allons-nous investir ? Si nous ne préparons pas les cadres de demain, qui va gérer ce pays ? Fermer les restaurants universitaires est une décision inhumaine, au regard des conséquences qu’elle peut engendrer. Encore une fois, il faut dialoguer, et non imposer. Dialoguer, c’est le faire avec sincérité, et non prendre une décision unilatérale avant de venir la justifier par une mise en scène. La sincérité est indispensable pour garantir une paix et une stabilité durables.
À nos camarades étudiants, particulièrement à nos représentants, nous rappelons qu’il est légitime de revendiquer ses droits, mais que les méthodes de lutte doivent être rationalisées. Les méthodes actuelles ont montré leurs limites ; il est temps de changer d’angle d’attaque et d’adopter des moyens plus adaptés au contexte actuel. Nous rappelons également que les besoins des étudiants ne se limitent pas à la bourse. En effet, on n’entend les représentants étudiants que lorsque la bourse est menacée. Quelle grève a été organisée pour la construction de nouvelles infrastructures ? Quelle grève pour le recrutement d’enseignants-chercheurs ? Quelle grève pour la stabilité de l’année académique ? Presque toutes les grèves ont pour principal objectif l’argent, et l’on en profite pour ajouter d’autres revendications pourtant essentielles, mais reléguées au second plan.
Les besoins de l’étudiant ne se résument donc pas à la bourse. Prenons encore l’exemple du logement à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis : la coordination a-t-elle déjà revendiqué l’expulsion des non-étudiants du campus, alors qu’ils occupent de nombreuses chambres au détriment des ayants droit ? A-t-elle déjà organisé une grève pour la construction de nouvelles salles d’études ? À l’analyse, on constate que nos dirigeants étudiants sont surtout actifs lorsque l’argent est en jeu. Pourtant, les bibliothèques de nos universités sont pauvres. Quelles actions ont été menées pour y remédier ?
Pire encore, la manière dont certains camarades mènent les luttes ne fait qu’allonger l’année académique. Or, ce sont les mêmes qui dénonceront demain le chevauchement des années, alors que leurs méthodes y contribuent. Il est temps de réfléchir à d’autres formes de lutte. Nous rappelons à tous nos frères que la préservation des biens communs est une obligation. Aucune revendication ne peut légitimer leur dégradation. Il est de notre devoir de préserver l’héritage légué par nos aînés. En aucun cas nous n’avons le droit de détruire les biens communs, car ce sont nous-mêmes qui en subirons les conséquences. Demain, nous en aurons besoin, mais ils n’existeront plus. Allons-nous encore faire grève pour les réclamer après les avoir détruits ?
Notre devoir est de construire et de protéger, non de dégrader. Il est écœurant de voir sur les réseaux sociaux des étudiants saccager un restaurant universitaire alors que, quelques instants auparavant, ils réclamaient l’augmentation du nombre de restaurants, estimant que ceux existants ne pouvaient pas répondre efficacement aux besoins de tous les étudiants. Un tel acte est inhumain. Nous exhortons nos frères à privilégier le dialogue, car même les plus grandes guerres se sont terminées autour d’une table.
La construction d’un cadre d’étude digne, équitable et propice à l’excellence n’est pas impossible. Mais pour y parvenir, chacun doit accepter d’écouter l’autre, de dialoguer, de se concerter et de prendre les meilleures décisions. Cela exige du courage, de la lucidité et un sens élevé de l’intérêt général.
Vive l’université sénégalaise !
Vive la paix et la stabilité au sein de l’université sénégalaise !
Mouhamed DIA, étudiant en Master 1 de communication à l'Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis.
Responsable adjoint au Département des Sports de la Culture et des Arts de l'Association des Élèves et Étudiants Musulman du Sénégal (AEEMS)
Imam à la grande mosquée de l'UGB
Parmi ces multiples problèmes, nous pouvons identifier l’insuffisance des infrastructures universitaires, tant sur le plan social que pédagogique. Le manque d’infrastructures est très visible, car chaque année le nombre d’étudiants augmente et les infrastructures ne suivent pas.
En guise d’exemple, nous pouvons citer l’Université Gaston Berger de Saint-Louis qui, depuis 2021, ne cesse de connaître une augmentation du nombre de nouveaux bacheliers dans un contexte où il y a une absence totale de construction de villages universitaires (logements sociaux). Sur le plan pédagogique, il n’y a pas eu de construction de nouvelles salles de classe, si ce n’est les deux chapiteaux de l’UFR SJP. Cette situation est encore plus apparente lorsqu’on va plus loin. En effet, si l'on prend l'exemple du Département de la Communication, on constate que de la Licence 1 au Master 2, ce département ne dispose que d’une grande salle de cent (100) places et d’une petite, avec chaque année une augmentation du nombre de nouveaux bacheliers qui, cette année, dépasse les six cents (600).
Pour solutionner ce problème, il urge de construire de nouveaux logements sociaux ainsi que de nouvelles salles d’études modernes, tout en veillant à la qualité des équipements, qui reste un problème majeur que nous n’avons pas encore évoqué mais qui se manifeste par un manque accru de tables-bancs, de vidéoprojecteurs, de lampes, pour ne citer que cela.
L’insuffisance notoire des infrastructures entraîne un autre problème : celui des effectifs. En effet, aujourd’hui, les universités sénégalaises reçoivent un nombre important d’étudiants qui n’ont pas toujours des objectifs de recherche. Face à l’augmentation du nombre d’étudiants au sein des universités, l’État doit prendre des décisions idoines, notamment le renforcement des ISEP afin de pouvoir accueillir plus d’effectifs, ainsi que la mise en place de nouvelles formations professionnalisantes dans les secteurs prometteurs du pays et en adéquation avec la Vision 2050 du Sénégal.
L’université doit être réservée aux étudiants qui ont des objectifs de recherche. En réalité, la façon dont on oriente aujourd’hui les nouveaux bacheliers ne fera qu’aggraver le problème du chômage, car les universités formeront en grande partie des diplômés sans emploi. En effet, pour travailler dans certains domaines, il faut faire des études poussées, ce qui n’est pas possible pour tout le monde, d’autant plus que l’effectif des étudiants en Master est très restreint.
En guise d’exemple, nous pouvons prendre le cas de l’UFR SJP de l’UGB, qui reçoit plus de mille étudiants en Licence 1 et en admet moins de cent en Master. Un nombre qui n’atteint même pas 10 % de l’effectif initial, alors que pour exercer dans les métiers juridiques et politiques, un Master 2 est requis dans la plupart des cas. Orienter un nombre pléthorique d’étudiants dans ces filières revient donc à former des diplômés sans emploi ni compétences pratiques.
Parmi les problèmes identifiés, nous avons également noté le déficit d’enseignants-chercheurs. Selon le Dr Abdou Rahman Diouf, le gap en 2025 est estimé à 1 500 professeurs. Cette année, le ministre a annoncé le recrutement de 500 enseignants-chercheurs, une initiative que nous saluons. Toutefois, nous exhortons l’État, en collaboration avec les rectorats, à faire preuve de plus de pragmatisme et d’efficacité dans le recrutement, car les besoins en enseignants chercheurs doivent être considérés en fonction des flux massifs de milliers de nouveaux bacheliers que l’université reçoit.
Le déficit d’enseignants-chercheurs a de graves conséquences sur la recherche, car le nombre d’encadrants disponibles est insuffisant face au nombre d’étudiants. Ce déficit compromet profondément la qualité de l’enseignement et de la recherche, d’autant plus que parmi les enseignants disponibles, beaucoup ne font pas correctement leur travail. Combien d’enseignants-chercheurs désertent aujourd’hui les salles de classe au profit d’intérêts personnels ? Combien d’étudiants ont été ajournés à cause d’un traitement injuste de leurs dossiers ou d’une mauvaise correction ? Combien d’étudiants ont abandonné la recherche à cause du manque de sérieux de certains encadrants ?
Nous ne pouvons pas tout citer, mais il nous semble important d’illustrer nos propos par un exemple parmi tant d’autres que nous gardons en mémoire. En 2024, une amie devait soutenir son mémoire en sociologie. Ce qui est écœurant, c’est qu’à quinze (15) minutes de sa soutenance, le président du jury l’a informée de l’annulation de celle-ci, sous prétexte que son encadrant n’avait pas lu le travail. Cet exemple n’est qu’un parmi tant d’autres.
De plus, nos universités sont confrontées à un chevauchement sans précédent des années académiques. En effet, le calendrier universitaire n’est pas normé : il n’existe pas de dates claires de début et de fin d’année académique, et pire encore, les années se chevauchent. Dans une même université, on peut trouver deux formations relevant de deux années académiques différentes à la même période. Parfois, la situation s’aggrave au point que, dans une même formation et une même classe, coexistent deux années académiques différentes. Cette situation est récemment survenue à l’UFR SAT, où l’on avait une Licence 1 entrante et une autre sortante. Le chevauchement des années est encore plus grave que ce que nous décrivons, mais la situation est suffisamment visible.
À ces problèmes non exhaustifs s’ajoute le récent débat autour de la réforme du décret n°2014-963 du 12 août 2014, qui fixe les conditions d’attribution des allocations d’études. Nous n’allons pas nous attarder sur la description de cette situation, mais nous souhaitons nous adresser, d’une part, à l’État et, d’autre part, à nos camarades étudiants, pour la préservation de la paix et de la stabilité au sein de nos universités.
Au gouvernement, nous admettons et affirmons que des réformes doivent s’opérer dans l’enseignement supérieur. Cependant, nous vous rappelons que c’est dans la concertation et la consultation que l’on gouverne un pays, et non par le « gatsa-gatsa » ni le jusqu’au-boutisme. Il faut privilégier le dialogue plutôt que le forcing. Les réformes dans l’enseignement supérieur ne se limitent pas à la question de la bourse, et la rationalisation des dépenses de l’État ne peut se faire uniquement par la diminution des bourses ou du nombre des ayants droit, même si cela peut constituer un moyen.
Comme le dit l’adage, « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Le Sénégal doit rationaliser ses dépenses pour faire face à la situation actuelle, mais il faut commencer par le commencement. Y a-t-il des réformes concernant la caisse noire ? Les salaires des ministres ou des agents de l’administration ont-ils été diminués ? Qui a renoncé à certains privilèges, comme les billets pour la Mecque ? Nous posons simplement ces questions. Par ailleurs, avant de réformer les bourses, il serait judicieux de trouver des solutions aux nombreux problèmes qui gangrènent les universités et de trouver des solutions, telles que les jobs étudiants et une meilleure orientation des nouveaux bacheliers vers des formations professionnalisantes, afin de désengorger les universités, sans oublier la nécessité de stabiliser l’année académique.
Il faut serrer sa ceinture avant de demander aux autres de serrer les leurs. Nous appelons également l’État à valoriser les travaux scientifiques des étudiants. De nombreux travaux ont été réalisés sur les maux qui gangrènent notre pays et ont formulé des recommandations. Qu’a fait l’État de ces travaux ? Combien de mémoires et de thèses ont porté sur la question des inondations ? Lesquels ont été mis en pratique ? Nous avons évoqué les inondations, mais il existe d’autres problématiques majeures, comme le réchauffement climatique. Malheureusement, les travaux scientifiques de nos étudiants ne sont pas valorisés.
À titre d’illustration, prenons le cas de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis : devant les restaurants universitaires, on trouve parfois plus de cinq (5) personnes mobilisées pour prendre un seul ticket, alors que l’université forme chaque année de nombreux développeurs full stack capables de digitaliser les services de restauration moyennant une note de semestre. Mais au nom de la rationalisation, on privilégie des solutions conjoncturelles plutôt que structurelles. La digitalisation des services universitaires et administratifs est pourtant un moyen efficace de rationalisation. Si l’on réfléchit davantage, on constatera que dans plusieurs domaines, nos étudiants peuvent être une véritable ressource. Nous n’aborderons même pas la question de la cybersécurité, alors que le Sénégal a subi deux attaques en une seule année, dont celle visant la DAF.
Nous rappelons également à l’État qu’aucune situation ne peut justifier la mort d’homme ni la fermeture des restaurants universitaires, lieux qui accueillent quotidiennement des milliers d’étudiants. Si nous n’investissons pas dans l’enseignement supérieur, où allons-nous investir ? Si nous ne préparons pas les cadres de demain, qui va gérer ce pays ? Fermer les restaurants universitaires est une décision inhumaine, au regard des conséquences qu’elle peut engendrer. Encore une fois, il faut dialoguer, et non imposer. Dialoguer, c’est le faire avec sincérité, et non prendre une décision unilatérale avant de venir la justifier par une mise en scène. La sincérité est indispensable pour garantir une paix et une stabilité durables.
À nos camarades étudiants, particulièrement à nos représentants, nous rappelons qu’il est légitime de revendiquer ses droits, mais que les méthodes de lutte doivent être rationalisées. Les méthodes actuelles ont montré leurs limites ; il est temps de changer d’angle d’attaque et d’adopter des moyens plus adaptés au contexte actuel. Nous rappelons également que les besoins des étudiants ne se limitent pas à la bourse. En effet, on n’entend les représentants étudiants que lorsque la bourse est menacée. Quelle grève a été organisée pour la construction de nouvelles infrastructures ? Quelle grève pour le recrutement d’enseignants-chercheurs ? Quelle grève pour la stabilité de l’année académique ? Presque toutes les grèves ont pour principal objectif l’argent, et l’on en profite pour ajouter d’autres revendications pourtant essentielles, mais reléguées au second plan.
Les besoins de l’étudiant ne se résument donc pas à la bourse. Prenons encore l’exemple du logement à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis : la coordination a-t-elle déjà revendiqué l’expulsion des non-étudiants du campus, alors qu’ils occupent de nombreuses chambres au détriment des ayants droit ? A-t-elle déjà organisé une grève pour la construction de nouvelles salles d’études ? À l’analyse, on constate que nos dirigeants étudiants sont surtout actifs lorsque l’argent est en jeu. Pourtant, les bibliothèques de nos universités sont pauvres. Quelles actions ont été menées pour y remédier ?
Pire encore, la manière dont certains camarades mènent les luttes ne fait qu’allonger l’année académique. Or, ce sont les mêmes qui dénonceront demain le chevauchement des années, alors que leurs méthodes y contribuent. Il est temps de réfléchir à d’autres formes de lutte. Nous rappelons à tous nos frères que la préservation des biens communs est une obligation. Aucune revendication ne peut légitimer leur dégradation. Il est de notre devoir de préserver l’héritage légué par nos aînés. En aucun cas nous n’avons le droit de détruire les biens communs, car ce sont nous-mêmes qui en subirons les conséquences. Demain, nous en aurons besoin, mais ils n’existeront plus. Allons-nous encore faire grève pour les réclamer après les avoir détruits ?
Notre devoir est de construire et de protéger, non de dégrader. Il est écœurant de voir sur les réseaux sociaux des étudiants saccager un restaurant universitaire alors que, quelques instants auparavant, ils réclamaient l’augmentation du nombre de restaurants, estimant que ceux existants ne pouvaient pas répondre efficacement aux besoins de tous les étudiants. Un tel acte est inhumain. Nous exhortons nos frères à privilégier le dialogue, car même les plus grandes guerres se sont terminées autour d’une table.
La construction d’un cadre d’étude digne, équitable et propice à l’excellence n’est pas impossible. Mais pour y parvenir, chacun doit accepter d’écouter l’autre, de dialoguer, de se concerter et de prendre les meilleures décisions. Cela exige du courage, de la lucidité et un sens élevé de l’intérêt général.
Vive l’université sénégalaise !
Vive la paix et la stabilité au sein de l’université sénégalaise !
Mouhamed DIA, étudiant en Master 1 de communication à l'Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis.
Responsable adjoint au Département des Sports de la Culture et des Arts de l'Association des Élèves et Étudiants Musulman du Sénégal (AEEMS)
Imam à la grande mosquée de l'UGB





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