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Sans adaptation climatique, l'agriculture sénégalaise pourrait perdre 18% de sa production

Dimanche 11 Janvier 2026

Dans un rapport économique prévisionnel, la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee) modélise l'impact du changement climatique sur l'activité du pays. Les résultats sont sans appel : sans politique d'adaptation, le PIB pourrait chuter de près de 9% d'ici à 2050.


Sans adaptation climatique, l'agriculture sénégalaise pourrait perdre 18% de sa production

L'étude explore les voies de financement d'une transition verte, préconisant notamment l'instauration progressive d'une taxe carbone et des subventions ciblées pour les investissements privés.
 

Le Sénégal, à l'image de nombreux pays africains, subit de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique, et ce, malgré une contribution marginale (seulement 0,02%) aux émissions mondiales de gaz à effet de serre.
 

Les phénomènes extrêmes —inondations récurrentes, avancée de la mer érodant le littoral et sécheresses persistantes— menacent directement les fondements de son économie, notamment les secteurs clés de l'agriculture, de la pêche et du tourisme.
 

Face à cette vulnérabilité accrue, la Dpee a rendu publique une étude prospective majeure intitulée "Quelles stratégies de mobilisation des ressources pour une croissance verte au Sénégal". Elle vise à définir avec précision les leviers de financement d'une croissance à la fois verte et résiliente.
 

Scénario catastrophe sans adaptation
 

Les conclusions de ces travaux de modélisation, fondés sur un modèle économique sophistiqué dit "Megc Vert", se révèlent particulièrement alarmantes.
 

Selon le scénario de référence, en l'absence totale de politiques d'adaptation et d'atténuation, les dommages climatiques cumulés pourraient entraîner, en moyenne sur les 25 prochaines années, une baisse substantielle du PIB de 8,66%, une contraction de la consommation des ménages de 9,33% et un fléchissement de l'investissement privé de l'ordre de 11,19%.
 

Le secteur primaire, plus particulièrement l'agriculture, paierait le plus lourd tribut, avec un recul de production potentiel dépassant les 18%, en raison de la chute de la pluviométrie et du stress thermique.
 

Une taxe carbone progressive préconisée
 

Néanmoins, l'étude démontre qu'une inversion de tendance demeure possible grâce à une intervention publique volontariste. Un scénario alternatif, intégrant une politique d'adaptation rigoureuse financée par une réallocation des dépenses publiques courantes, permettrait non seulement d'annuler ces pertes à moyen terme, mais de générer également, à l'horizon 2050, une légère croissance du PIB (+1,27%) et un rebond de l'investissement privé (+2,23%).
 

La proposition phare du rapport : l'instauration progressive d'une taxe carbone. Calibrée pour atteindre, à terme, un prix de référence de 60 dollars américains la tonne de CO2 et évoluant de manière graduelle sur une période de 10 ans, cette fiscalité environnementale ciblée pourrait, à long terme, financer approximativement 7,4% des besoins climatiques totaux identifiés par le pays.
 

Les simulations économiques indiquent qu'une telle mesure peut soutenir l'activité économique globale en finançant des politiques d'adaptation efficaces tout en limitant l'impact inflationniste sur le pouvoir d'achat des ménages. Grâce aux investissements publics rendus possibles par ces nouvelles recettes, le PIB réel progresserait ainsi de 1,17% en moyenne sur la période.
 

Subventions pour l'équipement vert
 

Parallèlement, l'étude plaide en faveur de mesures incitatives directes en direction du secteur privé. Un scénario testant l'instauration d'une subvention de 10% sur l'acquisition de biens d'équipement verts dans les secteurs stratégiques des transports et de la production électrique laisse entrevoir des résultats particulièrement significatifs.
 

Une telle politique incitative pourrait réduire le taux d'émission de près de sept points de pourcentage d'ici à 2035 et dynamiser en même temps l'investissement privé de plus de 3%.
 

Le diagnostic institutionnel du rapport met en lumière les obstacles persistants entravant le développement d'une finance verte robuste au Sénégal : persistance de subventions aux énergies fossiles, coûts initiaux prohibitifs des projets d'énergies renouvelables, déficit d'expertise technique au sein des institutions financières et absence d'instruments de marché innovants.

L'étude délivre un message clair : l'inaction climatique ou une réponse trop timorée aurait un coût économique et social prohibitif, bien supérieur à celui de l'action.


Avec Le Soleil
 


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