Près de deux mois après le sacre historique des Lions à la CAN 2025, les langues se délient sur le sort des supporters sénégalais interpellés au Maroc. Abdoulaye Diagne, l'un des trois fans récemment libérés, a accordé un entretien poignant au journal L’Observateur. Entre l'angoisse des cellules marocaines et l'isolement total, il raconte comment une célébration nationale s'est transformée en un calvaire de plusieurs semaines, loin des images de liesse qui ont inondé Dakar.
Un sacre vécu entre les mains de la police
L'arrestation est survenue à un moment critique du match, à la 94e minute. Alors que le stade vibrait, Abdoulaye et ses compagnons étaient déjà exfiltrés par les forces de l'ordre. « Nous avons appris le penalty manqué par le Maroc alors que nous étions déjà entre les mains des policiers », confie-t-il. Paradoxalement, la victoire finale du Sénégal a marqué la fin de leur tranquillité : « C'est là que le calme s'est terminé (ci la diam dieex). Nous sommes restés trois jours en garde à vue, sans manger ni boire, à dormir à même le sol. »
La peur face au « comité d'accueil » pénitentiaire
Le transfert vers la prison a été l'un des moments les plus intimidants pour le supporter. Abdoulaye Diagne décrit une mobilisation inhabituelle du personnel pénitentiaire, créant une atmosphère lourde et irréelle. « Ils formaient un comité d'accueil impressionnant, comme si nous étions des terroristes. Cette nuit-là, j'ai ressenti une réelle angoisse. J'ai eu très peur », avoue-t-il, évoquant également la brutalité des fouilles à l'arrivée dans une prison éloignée de la ville.
Le choc du verdict en plein Ramadan
Le calvaire a atteint son paroxysme le jour du jugement, le 19 mars, alors que les détenus observaient le jeûne. L'annonce des peines, prononcée uniquement en arabe, a plongé les supporters dans la confusion avant que la lourdeur des condamnations ne soit comprise via l'assistance. Sous le choc, l'un des codétenus surnommé « Doyen » s'est même évanoui dans la salle d'audience.
Un mois pour découvrir le but de Pape Guèye
Le détail le plus frappant de ce témoignage reste l'isolement médiatique total des prisonniers. Coupés du monde, sans téléphone ni accès aux images, les supporters n'ont découvert l'identité du héros de la finale que très tardivement. « Imaginez, nous sommes restés un mois après la finale pour savoir que c'est Pape Guèye qui a marqué le but sénégalais », s'étonne encore Abdoulaye Diagne. Malgré ces souffrances, il conclut avec patriotisme : « C’est le Sénégal d’abord, avant nos propres personnes. »
MS/NDARINFO



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