La ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Yassine Fall, a fait des révélations explosives ce mardi face à la presse concernant les conditions de détention de Mouhamadou Ngom, dit Farba Ngom, actuellement sous mandat de dépôt. Lors de sa déclaration publique, elle a détaillé les résultats d'investigations menées depuis plusieurs semaines qui mettent au jour un vaste réseau de communications illégales depuis sa cellule.
Le 28 décembre 2024, une fouille effectuée dans la cellule du pavillon spécial de l'établissement pénitentiaire a permis de découvrir deux téléphones portables en possession du détenu, en violation manifeste de la loi n° 87-15 et du règlement intérieur des établissements pénitentiaires. L'analyse de ces appareils révèle une activité intense et structurée : communications internationales avec le Maroc, le Mali, l'Autriche, le Bangladesh et les États-Unis, opérations financières nationales et internationales, ainsi que le suivi de chantiers en construction, a rapporté la ministre de la Justice.
Les investigations ont mis en lumière un réseau d'échanges particulièrement dense avec diverses personnalités du monde politique et médiatique sénégalais. Concernant les acteurs politiques, on dénombre 65 interactions avec un acteur politique actuellement en liberté provisoire, 400 échanges (appels et messages WhatsApp) avec un autre homme politique, des communications avec ses avocats dont trois anciens ministres, et 259 minutes de conversation avec l'un d'entre eux.
Du côté des journalistes et médias, les enquêtes révèlent 275 interactions avec une journaliste patronne de presse, 60 échanges avec un journaliste de presse en ligne et 158 communications avec un directeur de publication d'un groupe de presse connu.
Selon la ministre Yassine Fall, les autorités ont également découvert que les téléphones avaient servi à recevoir et diffuser des procès-verbaux judiciaires confidentiels concernant un co-détenu, ainsi qu'à échanger des contenus à caractère pornographique, dont certains auraient été partagés avec l'un de ses avocats. Par ailleurs, selon le ministère de la Justice, des échanges relatifs à "des manœuvres et complots à caractère politique susceptibles de troubler l'ordre public" ont été identifiés.
Face aux faits impliquant des avocats, la ministre a annoncé que le Bâtonnier de l'Ordre des avocats serait officiellement saisi du dossier. Elle rappelle que Mouhamadou Ngom fait l'objet de poursuites dans plusieurs procédures pour des faits d'ampleur transnationale : association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux, escroquerie sur deniers publics pour des montants de 31,8 milliards et 91,6 milliards de francs CFA, ainsi que complicité d'abus de biens sociaux.
Alors que certains médias ont évoqué une incompatibilité sanitaire avec la détention, la ministre de la Justice a réfuté ces allégations en soulignant que "les éléments objectifs révèlent une activité soutenue et constante" du détenu. Elle a rappelé que toute évaluation médicale relève des autorités sanitaires compétentes et ne peut faire obstacle à l'application de la loi.
Face à ces révélations, le ministère de la Justice a annoncé l'ouverture d'enquêtes approfondies. "L'État du Sénégal réaffirme sa tolérance zéro face à la criminalité organisée, aux violations des règles carcérales et à toute tentative d'instrumentalisation politique de faits judiciaires graves", a indiqué Yassine Fall, qui ajoute que "la justice suivra son cours avec fermeté, dans le strict respect de la loi et des droits".
Cette affaire, qui prend désormais une dimension politique et médiatique considérable, soulève de nombreuses questions sur les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires sénégalais et sur les possibles complicités ayant permis l'introduction de téléphones portables en milieu carcéral.
MS/NDARINFO



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