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Hydrocarbures : L'ITIE révèle 39,6 milliards FCFA de revenus miniers à Saint-Louis

Jeudi 11 Juin 2026

Un volume financier de 39,6 milliards de francs CFA de recettes issues des industries extractives a transité par la région de Saint-Louis au titre de l’exercice 2024, selon les chiffres communiqués par le Comité national de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-Sénégal), a appris Ndarinfo.


Le constat a été dressé au terme d’une tournée nationale destinée à restituer auprès des populations locales les données collectées dans le cadre du dernier rapport de conciliation. Pour le nord du pays, longtemps perçu comme une zone agricole et halieutique, cette manne marque un basculement économique notable. Le démarrage de la production de gaz naturel liquéfié sur le champ Grand Tortue Ahmeyim (GTA), exploité conjointement avec la Mauritanie, a profondément modifié la cartographie des flux financiers du secteur.


Saint-Louis, port d’attache de cette infrastructure offshore, capte désormais une part majeure des redevances, taxes superficiaires et autres paiements versés à l’État. Ce chiffre de 39,6 milliards de francs CFA, mis en avant par l’ITIE, reflète cette montée en puissance, même si la décomposition précise par opérateur reste à éclairer dans le détail.
 

L’enjeu dépasse la seule comptabilité publique. Pour les autorités locales, la question est désormais celle de la traçabilité des revenus et de leur retombée effective sur les territoires hôtes. Le mécanisme ITIE, auquel le Sénégal adhère depuis 2013, impose la publication des paiements effectués par les compagnies extractives et leur rapprochement avec les recettes déclarées par l’État. C’est ce travail de réconciliation rigoureux qui sous-tend les données restituées aux acteurs régionaux.
 

Transparence et acceptabilité sociale : un équilibre à construire

 

La démarche de restitution menée par le Comité national vise avant tout à combler le déficit d’information qui nourrit, dans plusieurs zones d’exploitation, des tensions latentes entre opérateurs, autorités et communautés riveraines. À Saint-Louis, les pêcheurs de la Langue de Barbarie expriment depuis plusieurs années des inquiétudes légitimes sur l’impact direct de l’activité offshore sur leurs zones de pêche traditionnelles. La publication d’agrégats financiers permet de poser un cadre objectif au débat, sans pour autant épuiser les attentes pressantes en matière d’indemnisation et de reconversion économique pour les acteurs de la mer.
 

Le gouvernement a engagé, depuis 2024, une refonte structurelle du cadre régissant le contenu local et la fiscalité extractive, avec un accent mis sur la part des recettes affectées aux collectivités territoriales. Le Fonds intergénérationnel et le Fonds de stabilisation, prévus par la loi relative à la répartition des revenus issus des hydrocarbures, doivent canaliser une fraction des ressources vers les générations futures. La diffusion des données ITIE constitue, dans cette architecture globale, un préalable à toute redevabilité crédible face aux populations.
 

Un signal fort pour les investisseurs et les bailleurs

 

Au-delà des considérations citoyennes, le chiffre avancé par l’ITIE retient l’attention des investisseurs et des partenaires financiers internationaux. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) suivent de près la mise en œuvre des engagements de transparence pris par Dakar, dans un contexte de renégociation des contrats pétroliers et gaziers initiée par le pouvoir issu de l’élection présidentielle de mars 2024. La cohérence entre les recettes publiées par les compagnies et celles enregistrées par le Trésor public conditionne en partie le maintien du statut de pays conforme à la norme ITIE.

 

Reste que la performance financière du secteur ne saurait masquer ses fragilités intrinsèques. La volatilité des prix du gaz sur les marchés mondiaux, le poids des amortissements consentis aux opérateurs lors des premières années de production et les ajustements liés au partage des recettes avec la Mauritanie peuvent peser sur les exercices à venir.


Les 39,6 milliards de francs CFA générés en 2024 dans la région de Saint-Louis constituent donc un point de départ plutôt qu’un palier définitivement acquis. La capacité du Comité national ITIE à actualiser, vulgariser et territorialiser ces données déterminera la portée concrète de l’exigence de transparence dans ce nouveau cycle extractif sénégalais.
 

MS/NI
 



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