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Saint-Louis : AfricaRice pose les jalons de l'autosuffisance rizicole africaine.

Mercredi 10 Juin 2026

Le Conseil d’administration d'AfricaRice a tenu les travaux de sa 60e session ordinaire à sa station régionale du Sahel basée à Boudiouck, marquant une étape stratégique pour réorienter les programmes de recherche et consolider la gouvernance financière face à la crise de la dépendance alimentaire sur le continent, a constaté Ndarinfo.


Cette rencontre au sommet, délocalisée dans la vallée du fleuve Sénégal, réunion de compétences mondiales, intervient alors que les indicateurs de consommation du continent exigent des réponses immédiates.


Pour le directeur général d’AfricaRice, Dr Baboucar Mané, la dépendance extérieure demeure préoccupante. « En Afrique, juste pour le rappel, pour le riz seulement, on est en train d'importer 40% de la consommation. Donc, chaque année, il y a à peu près 19 millions de tonnes que les Africains sont en train d'importer, et vraiment, ça c'est un grand préjudice au continent », a-t-il en marge du conclave ce matin.


Rappelant les récentes secousses logistiques mondiales provoquées par la Covid-19, la crise en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient, il a rappelé que ces événements « nous ont montré que tu peux avoir ton argent, mais l'accès au marché sera bloqué quand il y a des problèmes sur les chaînes de ravitaillement ». C’est pourquoi il exhorte les décideurs politiques à acter que « la sécurité alimentaire, c'est égal à la sécurité nationale ».

Pour opérationnaliser cette transition sur le terrain, l'institution d'excellence mise sur le déploiement de technologies variétales adaptées.

Dr Ali Ibrahim, représentant régional d'AfricaRice au niveau de la station du Sahel et chercheur agronome, est revenu sur le saut générationnel nécessaire pour briser les barrières de rendement.


« Depuis les années 70, il y a des générations de variétés qui sont développées. Il y a une variété qu'on appelle Sahel 108 qui a été homologuée depuis les années 90, à peu près 35 ans aujourd'hui. Les structures de recherche ont développé des variétés qui sont plus performantes, les générations de variétés Iziri », a-t-on appris du chercheur. Il a par ailleurs mis en avant les nouvelles lignées « Krame », spécifiquement conçues pour les écologies de bas-fonds et de plateaux pluviaux, « beaucoup plus performantes en termes de rendement et d'adaptation aux conditions climatiques que les variétés Nerica ».
 

Au-delà des barrières techniques, l'ancrage social et l'autonomisation des communautés rurales constituent l'autre pivot de la stratégie d’AfricaRice. Maïmouna Ndour, spécialiste des questions d’inclusions sociales au sein de l'institution, a mis en exergue la légitimité historique et le potentiel des actrices locales.


« Les femmes productrices de riz au Sénégal sont des femmes qui sont nées et qui ont baigné dans l’atmosphère de la production de riz et de toutes les activités s’y afférent. Ce qui leur procure une prédestination à pouvoir s’activer dans ce sens et à les rendre plus actives », a-t-elle analysé.


Pour pallier les exclusions structurelles, elle a rappelé l'application de quotas rigoureux.  « Nous veillons toujours à AfricaRice à l’équité de genre, le genre est très impliqué dans nos programmes pour qu'elles en bénéficient. Nous cherchons à faire leur promotion en les impliquant à des pourcentages qui vont de 35 à 70 % pour qu’elles ne soient pas en reste. On cherche à les écouter, à être à leurs côtés. Parfois, on a tendance à décider sans elles ou à décider pour elles. On cherche à prendre en compte leurs besoins spécifiques », a laissé entendre la sociologue.


Tout en reconnaissant que « des pas importants ont été menés par le Gouvernement du Sénégal », l'experte a lancé un appel à « l’amélioration des acquis en termes de mécanisation, de formations adaptées et de financement ».
 

Cette dynamique d'inclusion est notamment portée par un projet d'envergure financé par la Fondation MasterCard, axé sur l'employabilité des jeunes et des femmes tout au long de la chaîne de valeur rizicole, de la sélection semencière au calibrage des récoltes.


Le président du conseil d'administration d'AfricaRice, Emmanuel Sackey, qui a conduit une visite des fermes d’expérimentation à Ndiaye (commune de Diama), a réitéré l’engagement des administrateurs à appuyer cette trajectoire. « Notre principale tâche, c'est de voir les différentes situations, passer en revue les performances financières, étudier les états financiers de notre organisation et aller dans les aspects techniques de notre travail », a-t-il confié.


Saluant l'appui logistique et foncier permanent des autorités sénégalaises, M. Sackey a conclu en formulant le vœu que d'ici la prochaine décennie, les pays du continent éliminent la dépendance aux importations afin de réinvestir ces flux financiers « sur l'emploi des jeunes pour booster le développement ».
 

CSS/MS


 



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