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ENVIRONNEMENT: Emergence de tortues vertes sur la Langue de Barbarie: "pas top", l'aide humaine... Par Frédéric Bacuez (ornithondar)

Mercredi 29 Avril 2015

A l'occasion d'une exposition sur les tortues marines (21-23 avril 2015)
à la Direction des parcs nationaux et réserves du nord (Saint-Louis-du-Sénégal, Lire ICI sur Ndarinfo)
Et tandis que sur l'autre rive de l'Atlantique, la saison de pontes a commencé sur les sites des trois Guyanes (française, Surinam, Guyana)...


2013-07-13,-7h05.-Tortue-olivâtre-pondant-sur-MO1,-plage-de-Montjoly.-Guyane-française.-©-Photo-par-Frédéric-Bacuez
2013-07-13,-7h05.-Tortue-olivâtre-pondant-sur-MO1,-plage-de-Montjoly.-Guyane-française.-©-Photo-par-Frédéric-Bacuez
 Au Sénégal sur la Langue de Barbarie, dans les limites du parc national du même nom (PNLB), quelques tortues marines parviennent à pondre au pied du cordon dunaire planté de filaos, on ne sait par quel miracle. Alors qu'on les pensait définitivement disparues de cette côte soumise à tant de dégradations (surpêche, braconnage, pollutions, érosion), quelques nids étaient (re)découverts à la fin des années 2000 (Voir ICI). Depuis cet heureux hasard, chaque année pendant et après la mousson, deux à trois nids sont régulièrement surveillés par les agents du parc national et le groupement d'écogardes villageois.

Un nid avec émergence*1 de tortues olivâtres (lepidochelys olivacea, cf. photo en bas de notule à d.) avait même été constaté en 2011. En octobre et novembre derniers (2014), trois nids de tortues vertes (chelonia mydas, cf. vidéo ci-dessus et photos en bas de notule) ont ainsi vu l'émergence de 135, 117 et 82 bébés*2. A l'occasion, un petit film a été réalisé par des agents du parc national... Court-métrage qui laisse un peu perplexe - nous l'avons présenté à des habitués de la sauvegarde desdites tortues en Guyane, voir plus bas- et en dit long sur les progrès qui restent à faire de ce coté-ci de l'Atlantique pour donner toutes leurs chances, s'il y en a, aux tortues marines du cru (cf. vidéo en haut de notule)...
*1 Émergence - terme qui prend sous nos latitudes très progressistes d'autres significations, souvent à tort et à travers, pour tout et n'importe quoi-, c'est ainsi qu'on doit qualifier la sortie des bébés tortues hors du sable: l'éclosion des œufs et donc la "naissance" (au fond d'un nid situé à 35-55 cm sous le sable) a lieu plusieurs heures et souvent même un à deux jours auparavant, après environ 60 jours d'incubation...

*2 La moyenne d'une ponte est de 120 à 140 œufs, ce qui permet de penser que ces nids ont connu peu de pertes - à l'exception du plus tardif, émergent de novembre.

Pas encore très pro, ici, l'accompagnement humain vers l'océan !

Si la joie, les cris et l'anarchie qui règnent autour de l'heureux événement donnent presque l'envie de partager l'allégresse des petits comme des grands, à la fête - et derrière leurs smart phones, pardi !-, on relève néanmoins quelques actes pour le moins inappropriés, dans ce souvenir filmé, des erreurs à la vérité fort dommageables pour la survie 'marine' des bébés que l'on prétend ici sauver et aider:

    Le sceau qui transporte les bébés tortues vers le bas de la plage, d'abord ! On a mal pour les tortues écrasées au fond du réceptacle... On ne manque pourtant pas de larges sacs plastiques, ici au Sénégal, qui auraient bien pu faire l'affaire sans condamner la moitié au moins des tortues à être compressées, voire déjà 'abîmées'. Et pourquoi pas des cabas végétaux fabriqués par un GIE féminin des villages participatifs du parc national , hein ?

    B.a.-ba de la protection des tortues marines, c'est le point de départ de toute assurance-vie des bébés tortues: on ne transporte jamais, mais jamais, des bébés émergents vers le bas de la plage, en plus par paquets entiers ! On les laisse se démerder dans leur cheminement, même en journée sous le soleil. Si d'aucunes partaient dans l'autre sens, soit, l'homme pourrait intervenir. C'est (en partie) ce qu'on fait en Guyane, l'un des principaux lieux de ponte des tortues marines au monde; ici sur la Langue de Barbarie, on ne peut pas dire que les sources lumineuses soient perturbatrices... Pourquoi ne rien faire ? Pour la seule et simple raison que les dix à cent mètres parcourus par les tortues à peine émergées sont vitaux pour leurs très petites chances de survie... en mer - on estime à 2% seulement le taux de survie des jeunes tortues marines ! Cette distance, qui à nous humains nous semble courte est pour ces tortues l'équivalent d'un marathon sans fin mais crucial: il permet avant tout aux petites bêtes de se muscler, de muscler surtout les nageoires (palmes), et donc de leur permettre, dès les premiers mètres de l'océan, les plus mortels, de se propulser correctement - et donc d'échapper aux innombrables mâchoires des poissons qui n'en font qu'une bouchée ! Le B.A.-BA !!!!!


    Idem pour les innombrables reflux vers l'estran par les déferlantes: plus les petites feront d'efforts, plus elles auront quelques chances de s'en sortir. On voit même, sur le film, un gamin se saisir d'un bébé et le balancer à l'eau !
    On ne se met pas devant une tortue: a fortiori quand c'est une pondeuse épuisée par deux heures de 'travail' ! On empêche ainsi les petites bêtes de trouver leur chemin, et l'adulte de rejoindre au plus vite l'océan  - qui est le seul endroit qui la réparera de ses efforts 'surhumains' sur terre. Il faut savoir que malgré les apparences impavides et débonnaires de la tortue, celle-ci est très sensible au stress

    La tortue adulte que l'on voit, une jeune femelle de chelonia mydas (tortue verte), semble anormalement épuisée, on ne comprend pas trop pourquoi. On imagine que celle-ci n'a pas été filmée le jour de cette mise à l'eau documentée des bébés tortues. On aimerait d'ailleurs être certain qu'il s'agit bien des suites immédiates d'une émergence (pas d'images ?!) et bien d'une adulte reprenant le chemin océanique dans la foulée d'une ponte ?! On voit tellement de choses, de nos jours...

    La seule chose utile que peut faire un Homme, après avoir identifié et surveillé un nid afin que des braconniers ou des animaux domestiques ne le pillent, c'est de se faire discret, et de... veiller: afin que les chiens errants, nombreux, et les crabes-fantômes qui au Sénégal pullulent ne consomment ces délicieux en-cas. C'est tout, et c'est déjà beaucoup. Pour le reste, Dame-Nature fera son boulot.


On ajoutera, afin que l'édification des masses par les journalistes locaux-qui-se-documentent se fasse avec le plus de précision dans l'info, qu'il serait préférable de nommer ou, à défaut, de se faire identifier l'espèce par ceux qui savent afin de ne pas écrire au hasard: en l'occurrence ici une jeune adulte et des bébés de tortue verte (chelonia mydas), l'une des 5 espèces de "tortues marines" susceptibles d’atterrir (c'est comme ça qu'on dit aussi, quand elles viennent sur l'estran pour aller pondre) au Sénégal, inch'Allah... Reconnaissable à sa carapace et à sa couleur verdâtre (mouchetée de tâches marron), mais surtout à sa marche asymétrique caractéristique de l'espèce - on le voit bien sur la vidéo.

" (...) ça fait mal au coeur [de voir]
comment elles sont manipulées... ça change de Kwata* !
(...) Ramasser les bébés qui sont à 1 mètre de l'eau
et les jeter comme pour faire des ricochets (garçon habillé en orange),
c'est pas top du tout... "

- Erica L., deux ans de volontariat chez Kwata*...

Lire sur Ornithondar

 


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