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Choix difficile entre un vieil autocrate finissant et un jeune dictateur commençant.

Mardi 28 Février 2012

Choix difficile entre un vieil autocrate finissant et un jeune dictateur commençant.
En cette période d’entre les deux tours des élections présidentielles 2012, le peuple sénégalais est à la croisée des chemins. Il devra nécessairement choisir entre le Président sortant Abdoulaye WADE et son ancien Premier Ministre Macky SALL.
Ce choix est d’autant plus difficile et risqué que très peu de sénégalais connaissent le côté dictateur, calculateur et machiavélique du Président de l’APR. Pour l’avoir côtoyé pendant longtemps au sein de la Cellule Initiative et Stratégie (CIS) du PDS, j’invite la classe politique sénégalaise, notamment les leaders de Benno Siggil Sénégal, à plus de retenu dans leur appréciation par rapport à la situation et à la population sénégalaise à moins d’enthousiasme dans l’expression de sa joie. Si Abdoulaye WADE est un autocrate finissant alors Macky SALL est un jeune dictateur qui commence sa vraie carrière présidentielle. Or, dans tout choix, il faut miser sur le moindre mal.

Les sénégalais oublient que Macky a été l’ancien Directeur de campagne électorale de WADE et Premier Ministre de WADE qui, entre 2004 et 2007, a « envoyé cher ARDO » toute l’opposition actuelle. Puis, il a fait emprisonner Idrissa SECK avant de se séparer de WADE, pour des raisons d’intérêt personnel et non de principe. Il est aujourd’hui comptable du bilan de la politique de l’alternance qu’il dénonce.

Son seul mérite est d’avoir invité le fils du Président à s’expliquer sur les fonds de l’ANOCI. Mais ce que les sénégalais ignorent c’est qu’en défiant ainsi le père WADE après la réduction de son mandat à la tête de l’Assemblée Nationale, il s’attendait à son limogeage. Il a donc tout orchestré et préparé minutieusement. Aussi, savait-il qu’en se faisant victime comme Idrissa SECK l’a été en 2004, il tirerait le maximum de profit en évitant les erreurs de ce dernier. C’est la raison pour laquelle, il n’a jamais voulu rencontré WADE depuis sa démission à l’Assemblée Nationale. Son coup a réussi aujourd’hui et il récolte les fruits.
Très prudent pour ne pas dire sournois qu’il est, Macky n’a jamais signé un pacte qui l’engagerait demain avec qui que ce soi. Il veut être un homme libre et non-redevable ni à un homme politique, ni à la jeunesse de M23, ni à une quelconque formation politique de ce pays. C’est la raison de sa solitude. Maintenant que les données ont changé, il va promettre ciel et terre pour capter les suffrages des sénégalais.

Il a commencé à dérouler sa stratégie depuis plus de trois ans. Le Sénégal n’a jamais connu un vote ethnique depuis des siècles mais, chers compatriotes, je vous invite à jeter un regard critique sur les résultats électoraux. Pendant toutes ces années, le Président de l’APR a posé des actes séparatistes, ségrégationnistes. Lorsqu’il a rejoint Benno, par opportunisme et non pas par conviction, chaque fois que ses intérêts personnels ont été menacés par rapport à l’intérêt général, il a abandonné ses pairs pour vaguer seul. De plus, trop imbu de sa personnalité, il n’a jamais accepté et n’acceptera, sous quelque prétexte que ce soi, de s’aligner derrière un leader politique.

Rappelons les compatriotes sénégalais que Macky a été le premier membre de Benno à rompre l’unité (benno) pour faire cavalier seul. Son attitude constante se confirmera par la suite durant la campagne électorale. En effet, le texte qui a été lu le premier jour de la campagne électorale par les candidats Moustapha NIASS, Ousmane Tanor DIENG, Ibrahima FALL, Idrissa SECK et Cheikh Bamba DIEYE a été modifié unilatéralement par Macky SALL. Le lendemain, il a abandonné ses collègues pour faire cavalier seul, sans y mettre la moindre forme de courtoisie. Curieusement, durant la courte période de la campagne électorale, il a été le seul candidat à rencontrer WADE (à deux reprises) dans ce vaste pays et à lui faire acte d’allégeance.
Cet homme là est, de très loin, beaucoup plus dangereux que Maître WADE qu’on peut l’imaginer. Je l’ai pratiqué longtemps au sein de la CIS où il était le maître à penser, le seul à détenir la vérité, l’omnipotent, un demi-dieu. Il avait TOUS les pouvoirs et se permettait de TOUT faire. Par exemple, il n’hésitait pas de remettre un membre de la CIS à sa place lorsque ce dernier prenait la liberté de s’exprimer sur une question dans le sens contraire à ses idées. Mieux, il ne se contentait pas seulement de le rabrouer mais, il le mettait au frigo carrément. C’était la fin de l’existence de ce pauvre cadre. Il ne comptait plus au sein de la CIS. Il était isolé pour de bon, car n’ayant plus droit à la parole.

Je doute bien que les sénégalais connaissent l’homme très sournois, le très jeune dictateur qu’ils vont probablement installer au palais présidentiel dans deux semaines. Derrière son semblant de calme, de timidité et de politesse se cache un vrai Tiran. Je crains que les sénégalais ne le découvrent trop tard. Je me souviens encore de tous les éloges qu’il ne cessait de tarir à Maître WADE. C’est cela qui explique, en grande partie, son ascension fulgurante en moins de dix ans.

Moustapha NIASS, par exemple, a fait ses humanités politiques avec Abdou DIOUF aux côtés de SENGHOR. Il a été Premier Ministre de DIOUF pendant que Macky était au collège. Il a ensuite occupé plusieurs postes dans les différents gouvernements socialistes jusqu’à sa démission en 1998. Rappelons aussi qu’Ousmane Tanor DIENG a suivi pratiquement la même trajectoire. Idrissa, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher, il a été formé au PDS et a contribué à l’accession de WADE à la présidence de la république. Comment pourrait-on imaginer qu’un jeune maoïste formé par les dirigeants actuels d’And Jeef, devenu un intellectuel libéral par un concours de circonstance, bénéficiant d’un coup de pouce de WADE puisse se situer à un si haut statut de Président de la République. Ça m’étonnerait que Moustapha, Idrissa et Tanor le laissent faire.


Aussi, les électeurs doivent-ils se poser la question « d’où vient la fortune de ce futur président de la république ? ». Avant son entrée dans le gouvernement de l’alternance il n’était pas riche. Ceci n’est un secret pour personne. Ceux qui s’attendent à un changement de régime politique en plaçant Macky à la tête de l’Etat du Sénégal se trompent lourdement. J’affirme que ce sera la CONTNUITE dans la durée. Ce sera LONG et TRES DUR à supporter. Ce nouveau futur jeune Chef d’Etat se donnera, à coup sûr, tous les moyens juridiques et financiers pour rester au pouvoir pendant quatorze années, et même plus. Un homme averti en vaut deux !

Je suis conscient qu’au moment où tout le monde réclame le départ immédiat et sans condition de WADE, tenir un pareil discours peut paraître insensé, à la limite, provocateur. Mais, j’estime simplement que quels que soient les erreurs commises par le régime de WADE et quel que soient les rancœurs que les leaders politiques ont gardé contre lui, ce n’est pas le moment de jeter le pays dans les mains d’un jeune dictateur déguisé. On ne jette pas le bébé et l’eau du bain. Notre pays, le Sénégal mérite un meilleur sort.

Il est plus facile, pour Moustapha NIASS par exemple, d’accompagner jusqu’à la retraite politique un vieil homme de 86 ans, déjà battu à plate couture et sans aucun danger dans l’avenir immédiat et lointain, que de se débarrasser d’un homme dangereux et ambitieux, un arriviste à la fleur de l’âge et qui, dès son installation au palais de la république, de toute évidence, enverrait à la retraite tous les leaders de Benno pour ensuite museler les reste de ses opposants. Quant à Idy, ce sera la mort programmée dès après l’installation de Macky au palais. Je me rappelle encore des propos haineux à son encontre que l’ancien Président de la CIS tenait lors d’une réunion de sa structure. Idrissa, lui-même, ne doit pas être dupe, je l’espère !

Durant ces jours-ci des négociations vont s’ouvrir, si ce n’est pas fait déjà. C’est le moment de laisser de côté l’amour-propre et l’orgueil personnel pour ne considérer que l’intérêt général et l’avenir du Sénégal. Certes, des engagements consistant à soutenir au second tour le premier opposant, avaient été pris solennellement par tous les candidats réunis au sein du M23. Mais les données ont changées au cours du jeu.

Aujourd’hui, le M23 s’est disloqué. De plus, Macky n’a jamais été un membre de ce mouvement par conviction mais un opposant de circonstance. Durant la campagne il a navigué entre la périphérie de l’opposition et les arcanes du pouvoir, empruntant les chemins de la tortuosité. Par conséquent, il pouvait s’allier avec n’importe qui, selon les circonstances du moment. Il excelle dans l’art de jouer à la RUSE POLITIQUE.
J’invite donc les responsables politiques : Moustapha NIASS, Amath DANSOKHO, Abdoulaye BATHILY, Ousmane Tanor DIENG, Momar SAMB et compagnie, à réfléchir, par deux fois, avant de donner leurs voix au candidat Macky SALL pour le second tour des élections présidentielles. Car il est un homme encagoulé.

Je préfère, de très loin, que Moustapha NIASS négocie avec un WADE KO-debout qu’avec un Macky bien assis sur ses deux jambes. En négociant avec WADE, Benno a TOUT à gagner et n’a rien à perdre. Sans trahir ses militants, sans renoncer à ses principes, sans faire du WAKH WAKHEET, il peut au contraire obtenir pour son compte les postes de Vice-président et de Premier Ministre, mettre en œuvre les conclusions des assises nationales, conduire les changements au niveau des institutions de la république et préparer les élections législatives dans un court terme et les présidentielles à moyen terme. Le Sénégal a besoin d’une seconde alternance mais pas si brutale. Il mérite une transition en douceur.


Mamadou FALL
Ex-membre de la CIS