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La difficile lutte contre le "péril plastique"

Samedi 1 Mai 2021

Un an après l’interdiction des plastiques jetables et à usage unique, seules 9 000 tonnes de déchets sont retraitées sur les 200 000 produites chaque année.


La difficile lutte contre le "péril plastique"
Un attroupement se forme autour de Modou Fall, habillé d’une centaine de sachets multicolores. Chacun veut prendre en photo « l’homme plastique », ce militant qui se bat depuis quinze ans contre la pollution au Sénégal. A Guédiawaye, un quartier populaire de la banlieue de Dakar, il est venu sensibiliser les populations. Un an après l’entrée en vigueur de la « loi contre le péril plastique », « les gobelets qui traînaient dans la rue ont disparu mais il n’existe toujours pas de recyclage industriel des sacs », constate le militant. Le Sénégal produit toujours 200 000 tonnes de déchets plastiques par an, dont seulement 9 000 tonnes sont retraitées. Le reste est déversé dans la nature et les océans.


Une première loi avait été votée en 2015 pour interdire les sachets dits de « faible micronnage », peu épais, pas très résistants et donc difficilement réutilisables. Mal appliqué, le texte a été abrogé et remplacé par la loi de 2020. Cette dernière proscrit les plastiques à usage unique ou jetables, comme les gobelets, les couverts, les pailles ou les sachets. Des produits qu’on trouve encore en abondance sur les marchés… Pourtant, des efforts ont été faits : 182 opérations de contrôle ont été effectuées par les forces de l’ordre au cours de l’année 2020 et 70 tonnes de plastiques prohibés ont été interceptées, dont plus de la moitié dans la région de Dakar. D’autres saisies ont également eu lieu au niveau des douanes, selon le ministère de l’environnement, qui n’avance pas de chiffres.

« Les tasses pour servir le café dans la rue commencent à être remplacées par des gobelets en papier et les supermarchés ont banni les sachets plastiques à la sortie de caisse. Mais nous avons un problème de disponibilité de matériel alternatif », reconnaît Baba Dramé, directeur de l’environnement au ministère.

Une liste de treize recommandations

Alors que 5 millions de sachets plastiques sont encore utilisés quotidiennement, seules 15 millions d’unités en papier sont produites industriellement chaque année. « Des décrets doivent encore être pris pour certaines dispositions, notamment sur les prix des déchets plastiques, sur la taxe concernant les produits non recyclables ou sur l’organisation du système de consigne des bouteilles », liste M. Dramé, qui précise que du retard a été pris à cause du Covid-19.


Pour accélérer la transition, la coalition de la société civile Andandoo Bayyi Plastique a adressé une liste de treize recommandations aux autorités – des dispositions inspirées par une étude de la fondation allemande Heinrich-Böll. Aisha Conté, porte-parole de la coalition et présidente de l’association Zéro déchet Sénégal, pointe par exemple les sachets d’eau, toujours distribués sur le territoire.

« C’est interdit, mais il y a tellement d’unités de production, qui emploient de nombreux jeunes, qu’il faut un accompagnement étatique et la mise en place de mesures incitatives à la reconversion », estime la militante, qui plaide pour que la loi soit vulgarisée et expliquée en langues locales.

A plus petite échelle, Modou Fall organise des formations gratuites pour apprendre à recycler des pneus et les transformer en mobilier de jardin. D’autres se lancent dans l’entrepreneuriat, comme Banda Ngom, directeur général de Recup Plastik Utile, qui recycle et valorise les déchets. Il lui faut 275 kg de plastique pour construire un banc public et 80 bouteilles de 1,5 litre pour fabriquer une brique.

L’entrepreneur a déjà installé plusieurs bancs dans la ville de Saint-Louis et utilisé ses pavés écologiques dans des cours d’école. « Chaque élève ramène une bouteille toutes les semaines pendant deux à quatre mois. Je les recycle ensuite en pavés qui seront utilisés dans leur école », explique l’entrepreneur, qui s’attache à faire participer les enfants pour les sensibiliser à trier leurs déchets. Ambitieux, il rêve maintenant que son projet crée des emplois verts, pour un tournant progressif vers un Sénégal propre.

LE MONDE