Connectez-vous
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte

" Pape Jean était spécial ", témoigne le Bâtonnier de l’ordre des avocats

Samedi 14 Mai 2022

" Pape Jean était spécial ", témoigne le Bâtonnier de l’ordre des avocats
Maitre Pape Jean Sèye est donc parti, presque en fanfare, puisqu’il aura plaidé jusqu’au bout, jusqu’au soir qui précéda son départ, auquel il ne manquera, en définitive, que la scène de Papa Wemba. 

Il sera allé jusqu’au bout de sa peine, comme nous le suggère le courageux et controversé Jacques Isorni. 

Pape Jean était spécial : 

- un grand cœur : il partageait tellement tout, que j’avais pris le pli de toujours le chahuter sur le mode, ce que tu portes n’est pas beau. À cela, une explication triviale ; chaque fois que je lui faisais un compliment sur sa mise, il m’offrait la même chemise, le même boubou ou les mêmes chaussures…dans la journée ou dans la semaine. C’était tout lui. 

- un grand talent, un grand courage d’avocat : la longue liste des affaires fameuses ou non, qu’il a plaidées, en témoigne très amplement. 

- un grand engagement : j’ai appris très récemment qu’il a postulé pour un mandat de conseiller municipal à St-Louis, sa ville qu’il aimait viscéralement, au point, entre autres, d’en avoir présidé l’équipe de basket. 

- un grand croyant et surtout un grand musulman, comme ne l’indiquait pas son prénom : il me faisait souvent l’amitié de passer échanger quelques mots à mon bureau, quand il revenait de son khadra du vendredi soir. 

Faire le tour de Pape Jean Sèye, en quelques lignes, dans cet espace de temps très étroit que n’offre pas sa subite disparition, est une gageure. 

Pape Jean aimait la vie, les confrères, les gens. 

Nous les confrères, nous les gens, ne pleurons pas notre cher et regretté Pape Jean, prolongeons sa vie, célébrons-le, rions avec lui, rions de lui, car il aimait ça. 

À moi, il disait souvent : la cravate, plagiant ainsi une vieille blague que nous partagions, au sujet d’un personnage comique. 

Des condoléances, j’en recevrai beaucoup, vraisemblablement. 

Des condoléances, j’en dois surtout à sa famille biologique : ses parents, ses frères et sœurs, ses épouses, ses enfants, à sa famille professionnelle : ses confrères, tous ses confrères, ses associés, anciens et actuels, ses collaborateurs, les magistrats, les greffiers, tous les acteurs de cette justice qu’il a bien et loyalement servie pendant plus de trois décennies. 

À toutes et à tous, je souhaite beaucoup de courage, face à l’épreuve. 

Tous ensemble, dédions- lui  Le Rondel de l’adieu, ce poème d’Edmond Haraucourt : 

 
«Partir, c'est mourir un peu, 

C'est mourir à ce qu'on aime : 

On laisse un peu de soi-même 

En toute heure et dans tout lieu.

C'est toujours le deuil d'un vœu, 

Le dernier vers d'un poème ; 

Partir, c'est mourir un peu, 

C'est mourir à ce qu'on aime.
 
Et l'on part, et c'est un jeu, 

Et jusqu'à l'adieu suprême 

C'est son âme que l'on sème, 

Que l'on sème à chaque adieu : 

Partir, c'est mourir un peu...»

Prions tous ensemble pour que le paradis soit sa dernière demeure, la seule place qu’il mérite désormais.


Me Papa Laïty NDIAYE,
Bâtonnier de l’ordre des avocats du Sénégal