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Sadio MANÉ raconte sa fugue pour Dakar à 16 ans : « J’ai caché mon sac dans les herbes hautes »

Lundi 24 Juin 2019

La CAN 2019 : « Prêt à échanger une Ligue des champions contre une CAN » 

« C’est à nous de réussir quelque chose de grandiose. Bien sûr que l’on fait partie des favoris, on ne va pas se le cacher. Mais ce statut ne suffit pas pour aller au bout. […] Gagner pour son pays, qui n’a encore jamais remporté une CAN, ça doit être magnifique. Je suis même prêt à échanger une Ligue des champions contre une CAN. Le retour à Dakar serait extraordinaire. Ce serait mon rêve le plus fou. » 

Sa fugue pour Dakar à 16 ans : « J’ai caché mon sac dans les herbes hautes » 

« J’ai tout préparé minutieusement, en sachant que je n’avais pas du tout d’argent. La veille, j’ai caché dans les herbes hautes, devant la maison, mon sac de sport avec des affaires pour ne pas me faire surprendre en partant. Et tôt le lendemain matin, vers 6H, je me suis brossé les dents et n’ai même pas pris ma douche. J’ai filé sans prévenir personne, sauf mon meilleur ami. J’ai marché pendant longtemps avant de retrouver un ami qui m’a prêté un peu d’argent pour prendre un car en direction de Dakar. Là-bas, j’ai été accueilli par une famille que je ne connaissais pas. J’ai aussi tout de suite participé à des entraînements au sein d’équipes confirmées. Mais mes parents me cherchaient partout. Ils étaient persuadés que mon meilleur ami savait. Il a tenu, il n’a rien dit. Comme ma famille, et la sienne, lui ont mis une pression terrible, il a fini par avouer. Mes parents m’ont alors appelé pour me demander de rentrer. Je ne voulais pas car j’avais honte de revenir mais j’ai fini par céder en leur faisant promettre de me laisser tenter ma chance une fois mon année scolaire finie. » 

Sa première détection : « Mes chaussures étaient toutes déchirées » 

« Il y avait deux-trois cents jeunes qui attendaient en file pour tenter leur chance. Ça partait mal pour moi car quand je me suis présenté, on m’a un peu ri au nez. Je ne ressemblais pas trop à un footballeur. J’avais une culotte qui ne ressemblait en rien à un short de foot. Et mes chaussures de foot étaient toutes déchirées sur le côté et réparées comme j’avais pu avec du fil. Ceux qui faisaient passer les tests me regardaient bizarrement. « Tu veux vraiment devenir footballeur ? » Je les comprenais mais je n’avais pas le choix… Comme je n’étais pas trop mal, j’ai été pris. C’était le début de mon aventure. » 

Son statut à part : « Je suis peut-être le seul pro au monde à ne pas savoir jouer à la PlayStation » 

« Après avoir passé toute mon enfance à entendre les adultes inciter à toujours mettre l’autre en avant, là, je me suis rendu compte que c’était un peu du chacun pour soi. Il y a aussi tout cet argent, la médiatisation… Moi, ça, ça ne me touche pas du tout. Vraiment. Je ne me sens pas concerné. Bien sûr, je fais partie de ce milieu. Mais je m’en méfie un peu. Je reste à l’écart, évite les réseaux sociaux et retourne le plus souvent possible au village pour garder les pieds sur terre. Je n’aime pas me faire voir. Je suis quelqu’un de discret qui voulais être footballeur, pas une vedette. Je ne triche pas. Et surtout, j’aime bien tout le monde et ne fais pas trop attention à ce qu’il se passe à côté de moi. […] Je suis peut-être le seul footballeur professionnel au monde à ne pas savoir jouer à la PlayStation. Vraiment. Je n’ai jamais essayé et ça ne m’intéresse pas du tout. Pourtant, que ce soit en club ou en sélection, je suis entouré de joueurs qui y passent leur temps. Mais ça ne me passionne pas. J’avoue que je ne sais même pas comment me servir d’une manette. Je préfère jouer au Uno. » 

Sa mère : « J’ai été tapé pas mal de fois » 

« Personne n’aimait le foot dans ma famille. Ma mère me chassait à chaque fois qu’elle me voyait jouer au foot. Je devais quitter l’ombre de l’arbre à palabres pour me retrouver en plein soleil. C’était dur pour moi car je me sentais un peu seul. Je ne comprenais pas pourquoi on ne m’autorisait pas à vivre mon rêve. […] Au village, quand je faisais quelque chose de mal, ma maman ou mon oncle me frappait. J’ai été tapé pas mal de fois parce que, par exemple, je n’allais pas à l’école. Parfois je rentrais accompagner d’un ami quand je savais que je risquais d’être battu pour ne pas être allé à l’école. Mais ça fait partie de l’éducation. Grâce à ça, je ne me suis jamais perdu. Je remercie tous les jours ma mère pour ça. »

LERAL
 


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